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La polémique autour de la « ligue du LOL » n’en finit pas de gonfler et elle semble, petit MeToo franchouillard, exploser et laisser des traces sur toutes les parties (fines?) du journalisme hexagonal. 

Dans Tartuffe ou l’Imposteur Molière représentait un personnage aux intentions cachées derrière le masque de la vertu. À la scène 2 de l’acte III, Tartuffe s’ébroue dans sa pudeur en exprimant le fameux « cachez ce sein que je ne saurais voir (…) car cela fait venir de coupables pensées ».  Qu’il est comique de relire Molière, son Tartuffe ou de revoir sur scène les petits Marquis flatteurs du Misanthrope au moment de la chute des journalistes de la Ligue du LOL. Slate, Telerama, Les Inrocks, Libération, même la maison de podcasts Nouvelles Ecoutes tenue par la main experte de Lauren Bastide, tous les tenants de la bonne pensée sont éclaboussés par le phénomène. Ces garçons en mal de virilité se cachaient donc derrière le féminisme bon teint, l’ouverture à l’autre. Derrière ce masque c’est le visage de médiocres pigistes qui, par peur d’interroger réellement leur masculinité n’ont rien trouver de mieux que de se créer des faux profils sur les réseaux sociaux. « Et si nous pratiquions le harcèlement ciblé », semblent-ils s’être dit …

Le journalisme et la reproduction des élites

Depuis quarante-huit heures, les mots d’excuses de ces mauvais élèves fleurissent sur ces mêmes profils. La palme revient à David Doucet qui annonce : « Je venais de banlieue ». Tiens tiens, un banlieusard journaliste qui s’excuse, cela ne vous rappelle rien ? Medhi Meklat, le fils caché de France Inter et des Inrocks qui venaient du Bondy Blog, qui s’excusa platement pour ses tweets antisémites (entres autres). Le jeune de banlieue a donc, dans l’esprit de David Doucet des circonstances atténuantes. Heureusement des figures comme Alexandre Devecchio ou la rédaction du Nouveau Cénacle sont là pour prouver que Doucet est décidément ridicule. Prenons du recul sur cette situation. Les écoles de journalisme sont, dans leur globalité, le fruit d’une reproduction de la bourgeoisie et de l’élite. On y apprend que l’on est de la caste qui domine, on est de ceux qui ne se sentent plus de pouvoir tout analyser, de pouvoir tout comprendre. Tous les jeunes étudiants se gargarisent de stages dans des médias dont l’actionnaire majoritaire est un businessman. De fait, le journalisme ne se fait plus comme du temps d’Albert Londres.

« Twitter, où l’affaire de la Ligue du Lol semble avoir le plus fonctionné en est l’image : une pensée diminuée, limitée, où ce qui prime est l’effet plutôt que le sens, l’attaque plutôt que le dialogue. »

Les réseaux sociaux ont totalement modifié le fonctionnement des rédactions. En demandant à ses jeunes générations d’être avant tout hyperconnectées, le journalisme s’engage dans une voie de garage où l’analyse, l’intelligence, le recul disparaissent complètement. Twitter, où l’affaire de la Ligue du Lol semble avoir le plus fonctionné en est l’image : une pensée diminuée, limitée, où ce qui prime est l’effet plutôt que le sens, l’attaque plutôt que le dialogue. Si Internet a une vertu, c’est  bien d’avoir de la mémoire. Enfin, ces imposteurs prêts à tout pour sortir du lot tombent un à un comme des mouches attirés par un pot de miel. Les bons samaritains du journalisme parisien se sont fait prendre la main dans la marmite à confiture. Et c’est tant mieux.

Un noyautage généralisé ?

Qui sont les journalistes ? Qui sont les jeunes journalistes ? Qui sont ceux que l’on prend au sérieux ? Oui mon capitaine, des hommes, des hommes, des hommes. Le journalisme est une profession masculine dans sa majorité et comme dans tous les milieux majoritairement masculins, le sexisme, le harcèlement ciblé sont légions. Comme la politique, le journalisme est un lieu de pouvoir. Le pouvoir est tenu par les hommes ; ainsi il serait logique qu’après le MeToo du cinéma, les affaires politiques Tron ou Baupin, dont les lèvres ne portent plus de rouge pour lutter contre le sexisme,  il y ait un nouveau séisme journalistique. D’ailleurs il n’y a qu’à regarder du côté du podcast. Qui sont les tenants de la nouvelle forme à la mode ? Lauren Bastide et sa maison Nouvelles Écoutes, où elle anime le podcast féministe La Poudre. Victoire Tuaillon et son podcast sur la masculinité Les Couilles sur la Table  ou la sacrosainte Rokhaya Diallo et son Kiffe Ta Race, Anouk Perry et toutes les autres.  

« Ces femmes semblent se décider à s’organiser, à agir, et à œuvrer de leur côté, hélas en mettant parfois les hommes de côté, ce qui  peut se comprendre au regard de l’attitude de  certains de leurs camarades journalistes qui tombent actuellement. »

La rédaction de Mademoizelle prend de plus en plus de place sur YouTube ou sur les réseaux. Même du côté opposé, Eugénie Bastié, Charlotte d’Ornellas sont les nouvelles étoiles sur qui l’on peut compter. Ces femmes semblent décidées à s’organiser, à agir, et à œuvrer de leur côté, mettant parfois les hommes de côté, ce qui peut se comprendre au regard de l’attitude de certains de leurs camarades journalistes qui tombent actuellement. Ainsi, l’essor des rédactions presque exclusivement féminines, montrent bien le besoin d’une prise parole libérée de tout contrôle. Le contrôle existe donc bel et bien :  les rédactions touchées actuellement par la polémique ne seront sans doute pas les seules. C’est tout le journalisme et d’abord leur formation qui doit changer.

Que pouvons nous souhaiter  pour les temps à venir ? Que chaque personne souhaitant avoir une parole publique ne le fasse qu’après avoir tourné sa langue ou ses doigts sept fois. Que ceux qui cherchent à se tailler une part de célébrité dans le journalisme ne le fassent qu’après avoir saisi le ridicule de Tartuffe et des petits Marquis de Molière, que ces garçons grandissent et comprennent que le harcèlement c’est l’élégance des rats, le sommet des ridicules, l’essor des cloportes. Après avoir relu Molière, une fois licenciés, je les invite à lire Cyrano de Bergerac, pour retrouver un peu de panache, car ce n’est pas comme cela que l’on laissera une belle trace dans le monde. 

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Christophe Berurier

Christophe Berurier est professeur. Il aime les mots et le vélo.