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Clément Garnung, ce jeune artiste de 27 ans, natif de Bordeaux, étonne par le travail qu’il vient de réaliser sur la façade d’un immeuble.

Le résultat d’une belle rencontre

Cette fresque est en réalité le résultat d’une belle rencontre, comme il aime lui-même le raconter.

« En janvier (dit-il), j’ai eu la chance de faire une grosse exposition solo au Forum des Arts et la culture de la ville de Talence, et l’architecte qui a réalisé le magnifique bâtiment à Bordeaux (sur lequel a été créée la fresque) est venu, et cette rencontre a donné envie d’aller plus loin.

Il m’a donc invité à entreprendre cette fresque sur la façade de son agence qui est en plein coeur du projet Euratlantique à quelques pas du futur MECA (FRAAC Aquitaine). »

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La fresque comme le témoin de l’acte architectural

Plus loin, l’artiste explique le sens de son oeuvre en ces termes:

« La fresque en elle-même parle de l’acte architectural et illustre une phrase écrite par François Guibert (l’architecte):

« Pierre angulaire des hommes constitués en société, l’acte architectural est d’abord une succession d’émotions désordonnées qui se transforment peu à peu en une intuition puis en une réflexion objective raisonnée pour enfin s’exprimer en une projection intuitive remise en ordre .

Le bas de la fresque illustre, effectivement, cet ensemble d’émotions désordonnées qui se transforment peu à peu pour finir par se formaliser et libérer cette projection intuitive remise en ordre ! »

Mais avant d’expliquer plus profondément le sens de son oeuvre, arrêtons nous un instant pour découvrir son travail initial.

Le travail de la ligne

Ainsi ce que l’on remarque avant toute chose  c’est d’abord  l’exécution de la ligne.

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C’est elle qui structure l’oeuvre. Elle semble échapper à tout contrôle grâce à la folle inspiration de son créateur.

Celle-ci s’élance, court, vole, occupant l’espace, toujours plus vive, plus rapide et plus surprenante.
Rien ne semble a priori l’arrêter. Et pourtant, en s’enroulant, elle termine son parcours, laissant place à des formes reconnaissables.

Les corps humains qui émergent prouvent qu’il ne s’agit pas d’une construction abstraite, même si certaines formes encore inachevées laissent planer le doute. Incontestablement, l’objet du travail s’inscrit dans la figuration.

Arrivé au stade final, le tracé de la ligne y est plus assuré, les différents anneaux se stabilisent et évoluent dans une réalisation imposante.

La mythologie grecque

On a l’impression également d’assister à un récit dionysiaque. L’artiste semble faire écho aux rythmes circulaires comme s’il s’agissait d’une oeuvre sur la danse. Il privilégie l’énergie aux dépens de motifs, car c’est tout le plaisir qu’il prend à travailler le matériau et à suivre le processus de création.

Assurément Clément Garnung restitue merveilleusement le mouvement par l’exécution énergique de l’oeuvre. Avec en plus cette vision des corps qui surgissent miraculeusement de ces entrelacs de lignes.

La représentation du corps

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Avec la représentation du corps, on est dans la continuité de tout l’art occidental.

l’incarnation correspond à la foi chrétienne, en un Dieu qui s’est fait chair. D’où ce besoin de représenter l’infigurable.

Pour ce faire, l’artiste a besoin au départ de traiter le corps de manière structurée et géométrique traçant un dialogue avec la sculpture ou l’architecture.

le corps travaillé comme une architecture, avec comme résultat une oeuvre pratiquement cubiste jouant sur la multiplication des plans, fruit de l’éclatement du point de vue et par la simplification des volumes et la dépersonnalisation de la figure.

L’artiste désacralise à sa façon l’homme, en le réduisant à des volumes. Mais l’esthétique des formes ne participe pas à une quelconque destruction ou dévalorisation. Bien au contraire, le corps est ici plutôt magnifié, il acquiert un statut emprunt d’une grande dignité.

Il est valorisé d’abord par l’évocation de la danse, déjà signalé précédemment, avec l’entrelacs des lignes. L’écriture est empreinte d’une émotivité liée au tracé évoquant le rythme, la fête et la joie !

Le jeune créateur traduit les propos de l’architecte F.Guibert parlant d’abord d’une succession d’émotions désordonnées qui se transforment peu à peu en une réflexion objective raisonnée. Mais ensuite la raison elle-même semble être aussi dépassée.

Le voyage de la transcendance

Barthes, parlant du geste de l’écriture du peintre Twombly, estimait qu’un geste est pour lui « inimitable » car « ce qui est inimitable, finalement, c’est le corps ». Ainsi ce corps ou ces corps restitués par le jeu des lignes, passent devant l’oeil telle une apparition – disparition.

L’artiste affleure les personnages aux frontières de l’abstraction enserrant ceux-ci de lignes pour les maintenir toujours à la limité de l’évanescence.

Susciter l’imaginaire, en affectionnant les limites – donner à voir l’impalpable, et la dimension du sublime. C’est par l’évocation d’un art charnel, une manière de revisiter à travers le corps toutes les formes de beauté. Gary Hume, un artiste anglais, expliquait que «  la beauté est un voyage très excitant, et c’est son caractère mortel qui est envoûtant. » Aussi dans la tradition de révéler le corps, existent à la fois le besoin de beauté et le désir de spiritualité. Déjà la démonstration d’harmonie en s’inspirant de l’acte architectural a permis de concourir à une définition possible de la beauté.

Ensuite avec la peinture, le corps devient encore plus perceptible, se métamorphosant en une véritable réalité charnelle. C’est pourquoi grâce à cette « transsubstantiation », Clément Garnung réussit en quelque sorte à illuminer notre monde confus.

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Christian Schmitt

www.espacetrevisse.com

Sur l’artiste Clément Garnung
http://www.cargo209.org

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Christian Schmitt

Critique d'art. Auteur de "l'univers de J.L. Trévisse, artiste peintre" (ed. Lelivredart 2008) et de trois autres ouvrages sur les vitraux réalisés par des artistes contemporains aux ed. des Paraiges: Jean Cocteau (2012), Jacques Villon (2014) et Roger Bissière (2016). A retrouver sur : http://www.espacetrevisse.com