Depuis maintenant une semaine, le référendum sur l’indépendance de la Catalogne et les questions qu’il suscite prennent de l’ampleur. Si le débat se concentre de prime abord sur la notion d’autodétermination, son caractère exceptionnel brouille néanmoins le positionnement idéologique de ses partisans et opposants.

Le premier octobre prochain, les Catalans seront appelés aux urnes pour se prononcer sur l’indépendance de leur région. En France et partout en Europe, la situation est scrutée de près. Pas un seul jour ne passe sans qu’une personnalité du monde politique, économique, universitaire ou même sportif ne donne son avis sur la question. Quand certains médias affichent très nettement leur affiliation au mouvement ou leur rejet pur et simple du référendum, le plus grand nombre ne sait plus à quel saint se vouer. Et pour cause. La Catalogne ne correspond pas aux canons du nationalisme tel que nous les connaissons.

« Si aujourd’hui les Catalans, ne sont en aucun cas un peuple opprimé, l’Histoire nous rappelle qu’ils ont lutté pour la démocratie. Au nom du passé, leurs descendants ont repris le flambeau idéologique de la gauche ».

Les seules lectures des oeuvres de George Orwell, Hommage à la Catalogne et d’Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas ont suffi à forger l’image d’un peuple fidèle à la liberté et à ses idéaux de gauche, véritable symbole de la résistance face au nationalisme franquiste durant la guerre civile. Barcelone, sa « capitale », devient le dernier bastion antifasciste a avoir rendu les armes. Quant à la Castille et Madrid, elles incarnent encore de nos jours dans l’inconscient collectif la figure d’un pouvoir central, totalitaire et fasciste dirigé par le général Franco jusqu’à sa mort survenue en 1975.

Si aujourd’hui les Catalans, ne sont en aucun cas un peuple opprimé, l’Histoire nous rappelle qu’ils ont lutté pour la démocratie. Au nom du passé, leurs descendants ont repris le flambeau idéologique de la gauche. Progressistes pour la plupart, il combattent pour le droit des minorités et luttent contre le racisme. Le néo-nationaliste catalan prend racine dans le terreau philosophique et intellectuel du socialisme d’après-guerre.

Durant la seconde moitié du vingtième siècle, la volonté des peuple à disposer d’eux-mêmes s’exprimait par la revendication de pays colonisés de se départir du joug impérialiste imposé par les envahisseurs occidentaux. Ainsi, l’Inde, l’Algérie, ou encore le Tibet, luttaient pour leur indépendance au nom de  leur culture, de leur langue, et de leur frontière géographique, le tout sous le regard bienveillant des apôtres de la liberté idéologiquement situés à gauche.

De l’indépendantisme au nationalisme

Depuis 1979, la Catalogne jouit du statut de région autonome. Elle possède des frontières géographiques, son propre drapeau, le Senyera, sa propre langue, le catalan, son propre parlement, son propre hymne « Els Seguadors » et ses propres coutumes.

Mais quand Luis Llach, chanteur et auteur catalan s’exprime en faveur de l’indépendance, la presse tire désormais à boulets rouges. L’artiste est même comparé à Franco : « Indépendantiste viscéral, il témoigne d’un ressentiment contre l’Etat espagnol qui, paradoxalement, trahit un mimétisme avec ses anciens censeurs. » (Libération, 05 juillet 2017). N’est pas Aimé Césaire qui veut.

Cette même presse qui à le culé (Supporter du FC Barcelone : NDLR) entre deux chaises et ne sait plus comment penser quand elle milite activement depuis toujours contre l’état policier et qu’au-delà des Pyrénées, elle s’enorgueillit que le gouvernement espagnol, conservateur de surcroît, refuse ce référendum au nom de l’état-nation et emprisonne treize dirigeants indépendantistes afin de préserver l’ordre.

« Dès lors, au terme d’indépendantiste, on lui préfère aujourd’hui celui de nationaliste ».

De plus, elle félicite les Catalans qui interdisent la tauromachie au nom d’une tradition qu’elle juge barbare alors que ce refus catégorique de pouvoir assister à une corrida à Barcelone soulignait purement et simplement le rejet d’une culture à laquelle ils ne souhaitent plus être assimilés.

Dès lors, au terme d’indépendantiste, on lui préfère aujourd’hui celui de nationaliste. Afin de sauver la face du repli sur soi identitaire, l’on fait appel à un chercheur au CNRS, véritable caution scientifique qui aura la lourde tâche d’entamer la déconstruction sociologique et historique du militant catalan rouge , le fusil à la main durant la guerre civile :  « En lieu et place, on retrouve, répétés comme un mantra, tous les clichés du nationalisme le plus obtus, teintés de racisme, de mépris de classe, voire d’une forme de suprématisme culturel » (Maxime Fourest in Libé).

L’honneur et l’Europe sont saufs. Le Catalan indépendantiste, n’est pas mu par des idées socialistes, il souhaite simplement perpétuer la race. La Catalogne, véritable poumon économique de l’Espagne, est à présent l’ennemi libéral et égoïste qui ne souhaite plus partager ses richesses.

Ironie du sort, la souveraineté, idée généralement peu répandue à gauche, devient la seule solution possible à une non-dissolution de l’Espagne en régions plus indépendantes les unes que les autres, Catalogne et Euskadi en tête. Au nom d’une Europe soudée, ses partisans sont désormais dans l’obligation de brandir le drapeau national, et d’user de la violence légitime afin de réprimer la désintégration d’un pays.

Les mêmes principes qu’ils pourfendent depuis plus de trente ans.

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Andrés Rib

Ancien de la Sorbonne. Professeur de Lettres. Aime le Balto, et la Philo.