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Sacrée championne du monde de football pour la deuxième fois de son histoire, la France a basculé hier soir dans une folie comparable à celle de 1998. Pourvu qu’elle dure le plus longtemps possible.

Ne boudons pas notre plaisir. Sachons apprécier ces très rares moments de communion nationale à leur juste valeur. Ces morceaux d’histoires qui balaient différences et divergences.

Il y aura toujours des petits chiens pour uriner sur les cathédrales, des pisse-froids et des esprits forts, et on leur accordera que cette victoire, comme n’importe quelle autre, ne saurait résoudre tous les problèmes de la France. Qu’il y a plus important que le foot et que nous en serons quittes pour une solide dose de récupération politique, même si nos gouvernants s’en défendront.

Dans quelques jours, l’actualité extra-footballistique commencera doucement à reprendre ses droits, les râles reviendront, mais dans l’immédiat, chantons, dansons, restons unis et, surtout, ne retombons pas de ce nuage. Ne relativisons plus la dimension fédératrice du football. Mordons à pleines dents dans cette parenthèse enchantée. Laissons souffler très fort ce vent d’insouciance. Sachons nous incliner devant Didier Deschamps et cette jeune équipe de France qui n’a cessé de mouiller le maillot et qui, en faisant montre d’une solidarité exceptionnelle d’un bout à l’autre de cette Coupe du Monde impitoyable avec les autres grandes nations du ballon rond, a fait honneur au pays et à ses valeurs historiques. 

Un sacre qui n’a rien à envier au précédent

La France, pays de polémistes ratés et d’intellectuels mal inspirés, ne retombera pas non plus dans l’illusion du « Black, Blanc, Beur ».

Les puristes regretteront le jeu proposé, qui n’a pas toujours été flamboyant, loin de là, mais il y avait du talent dans toutes les lignes, d’Hugo Lloris, roi des horizontales (sa boulette sur le second but croate n’enlève rien à cette réalité), à l’insaisissable Kylian Mbappé en passant par la révélation Benjamin Pavard et les inusables N’Golo Kanté et Blaise Matuidi. Les marinistes estimeront cette équipe par trop diversifiée pour être représentative de notre pays, mais sa victoire est tout sauf usurpée, elle est l’œuvre de compétiteurs bien élevés et, au bout du compte, l’exemplarité à tous les niveaux aura été sauve. Car c’est d’abord une exigence constante qui a permis ce sacre.

La France, pays de polémistes ratés et d’intellectuels mal inspirés, ne retombera pas non plus dans l’illusion du « Black, Blanc, Beur ». Elle aura surtout du pain sur la planche pour relever des défis colossaux, préserver son influence et son prestige, vaincre la menace islamiste, faire durablement baisser le taux de chômage, mener à bien des réformes aussi douloureuses que nécessaires, mais elle aura tout le temps d’y penser. 

En attendant, que vive la fête, que l’union sacrée dure aussi longtemps que possible. Que Jean-Philippe le macroniste continue de se trouver des atomes crochus avec Didier le mélenchoniste. Que dans l’euphorie Bernard l’impitoyable patron d’une PME florissante de Béziers accorde enfin à l’ouvrier Jean-Claude l’augmentation qu’il sollicitait depuis des lustres. Que les habitants de Neuilly-sur-Seine restent aussi longtemps habités par la ferveur que leurs homologues de la cité toulousaine du Mirail. Que les sourires soient les mêmes de Lille à Nice et de Brest à Strasbourg.

Il est trop tôt pour évaluer les retombées sociales, économiques et politiques de ce deuxième sacre en l’espace de vingt ans, mais une chose est d’ores et déjà certaine : il ne souffre pas de la comparaison avec celui de 1998. Hugo Lloris n’a rien à envier à Fabien Barthez, Raphaël Varane n’est pas moins décisif que Laurent Blanc ne l’a été, Blaise Matuidi n’est pas moins vaillant qu’Emmanuel Petit, Kylian Mbappé est le digne héritier de Thierry Henry et Didier Deschamps est un aussi bon meneur d’hommes qu’Aimé Jacquet.

Mieux : les Champs-Elysées ne sont pas moins remplis, les drapeaux ne sont pas moins nombreux et les cris ne sont pas moins forts. Sans doute parce que les Français se sont reconnus dans ce collectif.

Dans l’abnégation, la cohésion, le courage et les fulgurances que cette équipe a été capable de montrer au monde entier à compter d’une phase éliminatoire formidablement maîtrisée.

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.