Ces derniers temps, la polémique entourant les Roms a fait grand bruit, à nouveau. Toute la planète médias s’est émue, à nouveau, des déclarations des différentes personnalités politiques de premier plan. Bref, un éternel recommencement, on déclare, on s’indigne, on donne des leçons.

Les Roms sont si complexes que chacun a un avis sur la question. Chacun sait visiblement de quoi il parle lorsqu’il s’agit d’évoquer ces personnes, confondant allégrement Roms et Gens du Voyage. Ce qu’on remarque néanmoins, c’est la capacité quasi ontologique du journaliste à se mettre d’abord en avant, « se faire mousser », pour le dire trivialement, en utilisant cette communauté.  D’ailleurs, plus les médias lui sont accessibles, plus nécessairement, en vertu de la définition de ce qu’est devenu un journaliste, il se doit de nous abreuver de bêtises et autres approximations dans un gloubiboulga sociologisant.

En effet, le journalisme est un des rares secteurs, où les individus possèdent tous les outils de communication et de publicité utiles, qui sont quasi exclusivement à leur service. Quoi de plus simple pour un journaliste star de prendre le micro et donner son avis, sans aucun recul, sans aucune forme, même élémentaire, de réflexion. Ainsi, sans citer de noms, car il ne s’agit pas pointer des comportements individuels, il semble que tous tendent vers le même travers narcissique. Mais parlons de notre cher Ministre de l’intérieur, qui a fait l’objet d’une cabale assez violente dans les termes. Ainsi, Manuel Valls a été désigné par la profession comme un homme de gauche factice. On lui attribue des comportements, des phrases, des pensées, qui ne sont pas les siennes. Le simple bon sens devrait nous éloigner de ses élucubrations.

Mais les médias ne le voient pas ainsi, Valls devrait avoir honte, Valls n’est pas de gauche, Valls a le même comportement qu’Hitler (banalisant dans le même temps l’horreur la plus absolue), Valls soutient le bijoutier de Nice. Ce dernier essaie juste de faire son travail, une exception notable en politique.

Evidemment, cela permet aux auteurs de ces propos de se draper dans une vertu, tout en jetant des braises sur le feu qu’ils prétendent cyniquement éteindre, sans avoir aucune responsabilité sur les paroles qu’ils prononcent. On a même entendu cette phrase gigantesque : « A Mediapart, nous avons des amis Roms ». Qu’en est-il de nos amis Noirs, Arabes, Kurdes ou Syriens ? Pas assez vendeurs me direz-vous, pas assez dans le coup. Comme si ces évocations vous mettaient automatiquement au sommet de la pyramide de la vertu, dans une sorte d’Olympe de la morale.

Manipulation médiatique et politique

Car à la fin, plus on dit n’importe quoi, plus on vous écoute. Certains appellent cela la démocratie.

A l’autre bout du prisme médiatique, nous sommes bien entendu dans l’excès inverse, visant à faire des Roms les plus grands criminels que la Terre ait jamais portés.

Car à la fin, plus on dit n’importe quoi, plus on vous écoute. Certains appellent cela la démocratie.

Là est la principale contradiction du journaliste. Car dans sa logique de contre-pouvoir, il devient un anti-pouvoir, alors même qu’il n’apporte rien au débat, se contentant de jeter l’opprobre sur tel ou tel homme politique, participant au populisme ambiant du « tous pourris ». Car dès que le politique tente quelque chose, il faut toujours s’attendre à une logique de rejet pavlovien, avec une absence totale de modération. Le problème est que les Français se laissent prendre à cette illusion. Cioran nous disait si bien à ce propos « le Français préfère un mensonge bien dit à une vérité mal formulée ».

Les Français, à l’instar de nos journalistes, semblent préférer réagir au lieu de réfléchir. Ainsi, la temporalité quasi instantanée de l’information et l’enchaînement des déclarations annihilent toute forme de réflexion. Obligé de réagir à chacune, on cesse de formuler des propositions intelligibles. On critique sans fond.

Lorsqu’on dit vouloir dire la vérité au peuple, cela signifie qu’on le considère comme adulte, on est dans l’hypothèse qu’il est apte à comprendre, donc à décider. Mais nous sommes sous la loi du plus offrant démagogique, faisant abstraction de la réalité de millions de Français.

 Le Rom, en bon marronnier qu’il est devenu, permet de vendre du papier, des reportages, des espaces pub ; et dire qu’ils ne touchent pas un euro de toutes ces invectives médiatiques absurdes.

Prenant modestement le RER B depuis 15 ans comme 800 000 de nos coreligionnaires, entre Vert-Galant et Gare du Nord, nous nous sommes peu à peu habitués à cette population hétéroclite, faisant joyeusement la manche dans les rames de cette épave magnifique.

Petit à petit, nous nous sommes surpris à l’empathie pour ces gens, finissant par discuter le bout de gras avec un enfant 5 ans. Il nous dit qu’il habite avec sa mère et sa sœur, qui elle est de corvée, alpaguant les passants sur le quai dans un français approximatif. Ils ne sont ni nos amis, ni nos ennemis, ni nos collègues, ni des êtres exceptionnels. Des gens, simplement, qui ont un mode de vie si différent du nôtre, si difficilement compatible, qu’on doit s’intéresser à eux, et pas seulement pour faire des accroches et autres titres vendeurs. Mais les médias, à de trop rares exceptions, préfèrent les utiliser, les jetant en pâture aux Français, dans des reportages simplistes, avec une voix off monocorde, répétant sans âme les mêmes poncifs.  Le Rom, en bon marronnier qu’il est devenu, permet de vendre du papier, des reportages, des espaces pub ; et dire qu’ils ne touchent pas un euro de toutes ces invectives médiatiques absurdes.

Or, on n’utilise pas les gens pour son confort moral, politique ou financier, on leur parle, comme à des égaux.

 

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.

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