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Plusieurs polémiques ont eu lieu cette semaine dans les médias, notamment suite à la sortie du livre de Lorant Deutsch, Hexagone. Le néant a été atteint avec les critiques émises par Bruno Roger-Petit et Gilles Verdez.

« Le journaliste Gilles Verdez a enfin brisé le tabou Lorànt Deutsch. L’événement a eu lieu dans le cadre de l’émission de Cyril Hanouna », C’est par cette phrase grandiloquente et insignifiante que Bruno Roger-Petit débute son article sur le clash survenu entre Verdez et Deutsch dans Touche pas à mon poste, l’émission présentée par Cyril Hanouna. A en croire l’introduction de notre Toutocrâte, expert ès analyses sans recul aucun, il y aurait donc un tabou concernant Deutsch, coupable aux yeux de nos grands intellectuels de raconter l’Histoire d’une manière partiale et partielle. 

Deux faussaires passent les rattrapages

Il n’est pas question ici d’analyser le livre du comédien ni de rentrer dans les polémiques lancées par les Fouquier-Tinville de la morale officielle. Il s’agit dans un premier temps de décortiquer leur prêt-à-penser et surtout les faiblesses de leurs références. Roger-Petit écrit d’ailleurs : »Le dernier ouvrage de l’auteur Deutsch, « Hexagone », raconte une histoire de France aux antipodes de Braudel et Bloch ». Il suffit pourtant de relire L’Identité de la France pour comprendre que la méthode de Braudel est comparable – toute mesure gardée- à celle de Deutsch, à savoir partir de la géographie pour écrire l’Histoire de France pour saisir « le résultat vivant de ce que l’interminable passé a déposé patiemment par couches successives, comme le dépôt imperceptible de sédiments marins a créé, à force de durer, les puissants assises de la croûte terrestre » (Préface au premier volume « Espace et Histoire », Fernand Braudel). C’est également le point de départ de Lavisse et des manuels Belin de la IIIe République à travers lesquels deux enfants sillonnaient la France et découvraient les grandes figures du pays.

Pour ce qui est de Marc Bloch, ne s’agit-il pas de l’historien qui a écrit dans L’Etrange défaite : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération » ? Partialité, ignorance, mauvaise foi : autant de qualificatifs qui correspondraient au niveau d’analyse de l’axe Roger-Petit  / Verdez, dont les connaissances de l’histoire et des historiens ne leur permettraient même pas d’atteindre les rattrapages d’un bac pro.  

Le camp du Bien retourne vers le futur 

Du Doc, personnage de Retour vers le Futur, Gilles Verdez ne partage pas que l’air hagard et la chevelure improbable. Verdez et Roger-Petit sont des ersatz de Michelet version TNT qui grimpent dans leur Doloréane pour refaire le passé. « Je suis historien ! Je suis historien ! » s’est exclamé Verdez sur D8 face à Deutsch, comme pour se donner un semblant de légitimité avec son DEA ; sans visiblement savoir qu’un véritable historien sait éviter l’écueil de l’anachronisme et se garde de jugements moraux sur des époques révolues. 

« Vous faites de l’histoire comme on n’en fait plus depuis 1970 ! » a-t-il également déclamé. Nom de Zeus, Gilles. Le camp du Bien, imprégné des idées progressistes et persuadé que les temps modernes succèdent à la fin de l’Histoire, s’imagine détenteur du savoir absolu et tient à effacer de la mémoire collective les grandes heures d’une histoire nationale d’un coup de neurolaser. De Retour vers le futur à Men in Black, il n’y a qu’un pas que nos deux agents de la police de la pensée franchissent allègrement. 

Oui les manuels d’histoire ont changé et changent encore, pour ne plus parler des rois, ni de Napoléon, ni de la seule histoire de France, pour s’ouvrir au monde et préparer les jeunes générations au libéralisme et au melting-pot mondial. Ce dont ils n’ont visiblement pas conscience, c’est que la découverte de ces grandes figures permettent à tous les élèves de s’identifier – qu’importent leurs origines – à ces gloires nationales. Mais Doc et Marty n’ont pas l’intention de sortir de leur machine à remonter le temps, garée entre le siège du MEDEF, Bruxelles et Solférino.

La terreur des Plenel sans moustache ne fait que commencer.

 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.