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Quartier Saint-Lazare, mercredi soir. Une bataille de regards qui dégénère en pugilat. Un jeune homme, un camarade, un citoyen tombe finalement sous les assauts répétés d’un skinhead.L’enquête le confirmera sans doute, mais voici les circonstances de la mort de Clément Méric, étudiant et militant « antifaf » survenue à l’issue d’une vente privée à Paris. L’autopsie confirme d’ores et déjà que Clément serait décédé suite aux coups administrés par le membre de « Troisième voie », placé en détention provisoire et mis en examen.

 

Cette mort a provoqué une importante vague d’émotion, dans les rues ou sur les réseaux sociaux : c’est légitime. Mais elle a aussi donné lieu à une récupération politique et médiatique : c’est insupportable. Toutes et tous ont cherché à se mêler au cortège rendant hommage au jeune militant, cherchant vainement à attirer l’objectif des caméras afin de dénoncer le péril fasciste et d’appeler à la fin de la « violence politique », quitte à surjouer le côté Jean Moulin du pauvre.

Bien sûr que cet assassinat touche n’importe quel esprit ayant porté, un jour, des idéaux pour lesquels il se sentait prêt à mourir ; qu’il glace d’effroi n’importe quel parent ; qu’il rend encore plus abjects ces « skins » bien souvent illettrés et trop imbibés de 8,6 pour comprendre la débilité de leurs revendications. Mais la récupération émotionnelle et sans aucun recul de cet événement en dit long sur notre société télévisuelle. Les mêmes résistants fantoches en mal tant de notoriété que de crédibilité sont venus immédiatement sur les lieux du crime, qu’il s’agisse de la jeunesse bourgeoise de Sciences Po ou des politiques en quête de bulletins de vote. Ils ont utilisé cette tragédie pour rejouer leur incessante comédie, n’hésitant pas à piétiner la dépouille de Clément pour faire oublier une primaire interne ratée ou pour parader avec une écharpe rouge. N’est toujours pas Jaurès qui veut.

«Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme »

Au regard de l’Histoire, cette mascarade a de quoi interpeller. Un rassemblement a même eu lieu pour en appeler à la fin de la « violence politique ». Sans assimiler l’exercice du pouvoir à la pratique nécessaire de cette violence, il n’en demeure pas moins contestable d’en appeler à une pacification des luttes qui irait, chez ces Bisounours de l’an 13, dans le sens du Progrès.  Ces gens-là déclament quotidiennement sur les plateaux télévisés leur amour pour cette société apaisée et positive qui adore la Fête des voisins, mais cette harmonie prémâchée s’est heurtée à un poing américain mercredi dernier.

Parce que la politique implique des affrontements idéologiques, des confrontations et par extension des réformes – ou des révolutions – elle est, par essence, violente. En d’autres termes, nos élites partagées en deux camps majoritaires qui ont donné les clés de l’Elysée aux commissaires de Bruxelles, ont décidé de rendre les armes et de ne plus s’affronter, même symboliquement.

Par conséquent, elles n’ont de cesse de pousser les hauts cris dès qu’un tel fait divers se produit, mais qui en est la cause ? Lorsque les deux partis ultra-majoritaires à l’Assemblée et au Sénat sont d’accord sur l’essentiel et laissent donc le soin aux « extrêmes » de s’affronter, qui est responsable ? C’est bien parce que l’UMP et le PS sous-traitent les luttes idéologiques au Front de Gauche et au FN que les débats s’enveniment et que les coups peuvent se mettre à pleuvoir. Camus écrit : «Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme ». On ne saurait mieux dire. De la récupération politicienne éhontée de ce drame jusqu’aux manipulations des dirigeants, tout confine à ce mépris dénoncé par l’auteur de La PesteDont celui de la mémoire de Clément Méric.

Julien de Rubempré

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.

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