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Nanti d’une très confortable avance après un éclatant succès 4-0 devant son public, le PSG est tristement entré dans l’histoire hier en devenant le premier club européen à ne pas décrocher sa qualification avec une marge aussi importante.

Il y avait quelque chose de France-Bulgarie 1993 dans le match d’hier. Même faillite collective, même tétanie face à un adversaire condamné d’avance, mais qui a eu le mérite d’y croire jusqu’au bout, même but assassin à l’ultime seconde de la rencontre.

C’était a priori insurmontable, mais le FC Barcelone, le grand FC Barcelone, l’a fait, profitant des errances d’un PSG dominé dans tous les compartiments du jeu. Plus qu’un club, ce Barça-là, piqué au vif, touché dans son orgueil, a réalisé une remontada historique. Par là-même, il a brisé le rêve de Parisiens à des années-lumières du niveau de jeu affiché il y a trois semaines au Parc des Princes, quand les Julian Draxler et autres Angel Di Maria marchaient sur l’eau et sur des Blaugranas dont on a prématurément annoncé le déclin.

Pétrifiés, les hommes d’Unai Emery, trop tôt porté aux nues lui aussi, ont balbutié leur football. Ils ont joué à l’envers, ou plutôt ils n’ont pas joué, encaissant dès les premières secondes un but qui aurait pu être évité sans une nouvelle sortie peu inspirée de Kevin Trapp. Par la suite, les Catalans, ragaillardis et portés par un public de feu, ont continué à pousser et fait logiquement le break sur un nouveau but gag, marqué contre son camp par Layvin Kurzawa, tant et si bien qu’ils avaient déjà accompli la moitié du chemin à la mi-temps.

Entre complexes et immaturité

Un authentique naufrage. Son Waterloo à lui dont on ne peut exclure qu’il conduise les investisseurs qataris à se détourner de lui.

Décidément (très) à la peine sur le plan défensif, Thiago Silva et consorts cédaient une troisième fois d’entrée de second acte sur un penalty de Lionel Messi. Il n’y avait alors jamais aussi près du Capitole à la roche tarpéienne, mais c’était sans compter la réaction d’orgueil, certes très tardive, d’un club francilien jusqu’alors on ne peut plus inoffensif.

Edinson Cavani, le seul parisien à surnager, trouvait d’abord le poteau avant, quelques minutes plus tard, de fusiller Marc-André ter Stegen. A 3-1, il était acquis que le match n’irait pas jusqu’aux prolongations, mais pour se qualifier, le Barça devait « scorer » à trois reprises, ce qui semblait mission impossible contre ce PSG qui, comme par enchantement, recouvrait une partie de cette maestria qui s’était volatilisée au coup d’envoi.

Il restait moins de dix minutes à jouer et la cause semblait entendue lorsque, d’un coup franc fulgurant, obtenu à la suite d’une énième faute évitable et symptomatique du manque de sang-froid parisien, Neymar portait le score à 4-1. Au début des arrêts de jeu, un nouveau penalty, peu évident celui-ci, rapprochait ensuite les Blaugranas à un but de l’exploit.

Irrespirable, le temps additionnel s’achevait sur une dernière réalisation de Sergi Roberto, servi magistralement d’une passe lobée et parti à la limite du hors-jeu, alors même que Ter Stegen était monté dans la surface adverse. Incapable de se dégager, le PSG payait au prix fort son immaturité et ses soudains complexes.

Trop peu entreprenant, incroyablement fébrile mentalement, ni assez concentré, ni suffisamment rigoureux, le quadruple champion de France en titre aurait pu bénéficier lui aussi d’un penalty en fin de match. De même, Gerard Piqué peut s’estimer heureux d’être resté auprès de ses partenaires, mais le fait est que ce Paris qui veut tant rêver plus grand se révèle très loin du compte.

A l’arrivée, il quitte la C1 dès les huitièmes de finale et par la toute petite porte. Un nouveau sacre national, une nouvelle Coupe de la Ligue ou une autre Coupe de France n’y changeront rien : pour cet ambitieux-là, c’est l’Europe qui prévaut et il n’existe pas la moindre chance que le PSG se console un jour de cette déculottée.

Un authentique naufrage. Son Waterloo à lui, dont on ne peut exclure qu’il conduise les investisseurs qataris à se détourner de lui.

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.