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Ectoplasmique, la Seleçao a été pulvérisée hier soir en demi-finale de « sa » Coupe du Monde par une Mannschaft impressionnante de réalisme (1-7)…

Et qui a su profiter au maximum des largesses défensives des troupes de Luiz Felipe Scolari, orphelines de Thiago Silva, suspendu. Cette absence de marque, conjuguée à celle de Neymar, le seul « auriverde » à la hauteur depuis le début de la compétition, n’explique cependant pas seule la déculottée historique infligée par l’Allemagne, devenue après ces 90 minutes de folie la grande favorite pour le titre.

La désaffection du public pour cette équipe misérable au point de prendre quatre buts en l’espace de six minutes ira bien sûr crescendo ces prochaines semaines, voire bien davantage, mais ne date pas d’hier. Il faut en effet se souvenir de l’ampleur des troubles sociaux qui ont précédé l’ouverture de ce Mondial épique à bien des égards, entre éliminations prématurées de l’Espagne, tenante du titre, de l’Italie, sacrée en 2006, fulgurances colombiennes, sagacité costaricienne et vaillance algérienne.

Il faut aussi se rappeler le caractère pour le moins laborieux des matchs de Luiz Gustavo et consorts ayant précédé l’invraisemblable Bérézina avec notamment une qualification aux tirs au but face au Chili en huitièmes de finale. Cette fois, la suspicieuse complaisance du corps arbitral n’a pas suffi. Cette fois, les choix douteux du sélectionneur, qui s’est en particulier obstiné à titulariser un Fred désolant (en plus de condamner Maxwell au banc de touche), peut-être aussi parce qu’il manquait cruellement de solutions offensives, se sont payés « cash ».

Luiz Felipe Scolari a – c’était le strict minimum – endossé l’entière responsabilité de cet échec, lui qui n’avait pas jugé bon d’appeler Lucas, lequel aurait pu apporter un peu de folie à ce onze dépourvu d’imagination, dépourvu d’allant, dépourvu de tout en fait, Kaka, pourtant auteur d’une saison plus qu’honorable pour son retour au Milan AC, ou même Ronaldinho, dont nul ne peut objecter qu’il a encore de très beaux restes.

Brésil / Allemagne : un score impardonnable

Champion du monde en 2002, l’ancien entraîneur de Chelsea a-t-il pêché par orgueil ? Enfermé dans ses certitudes, apôtre d’un schéma de jeu antinomique de ce « football samba » qui a fait rêver des dizaines de générations, il a en tous les cas dirigé un Brésil affligeant, à des années-lumière des prodiges des Pelé, Socrates, Romario et autres Ronaldo. Un agglomérat de talents européanisés qui se sont tous liquéfiés sous le poids du onze germanique et de la pression, soixante-quatre ans après un autre cauchemar qui avait vu leurs aînés s’incliner face à l’Uruguay dans un Mondial lui aussi imperdable.

Le futur parisien David Luiz, en pleurs après ce cauchemar, peut bien demander pardon à tout un peuple, ce dernier ne pardonnera pas ni n’oubliera. Et pour cause : assurément indélébile, la trace historique de cette rouste infligée au pays du football – par ailleurs prompte à faire se multiplier les termes et expressions faisant référence à l’encombrant passé du pays des régicides – n’a d’égal que l’incommensurable faiblesse de cette formation jaune et verte.

Impériale et concentrée du début à la fin, d’une rigueur presque effrayante, la Mannschaft a de son côté eu l’élégance d’avoir le triomphe pudique, comme gênée par tant d’insolence et d’efficacité.

Décidément hors norme, ce séisme qui a largement dépassé les 9 sur l’échelle du ballon rond a aussi vu Miroslav Klose, 36 ans et quatre Coupes du Monde au compteur, devenir, avec 16 réalisations, le seul meilleur buteur de l’histoire de la compétition reine.

Peut-être plus encore que ses coéquipiers, l’ex-attaquant du Bayern Munich, cette autre machine de guerre (certes lourdement battue par le Real Madrid en demi-finale de la dernière Ligue des Champions) qui constitue l’ossature de la bande des Teutons flingueurs, mérite le plus grand respect.

Reste à soulever la récompense suprême, au terme d’une rencontre face aux Pays-Bas ou à l’Argentine dont il est d’ores et déjà acquis qu’elle n’aura rien d’une promenade de santé, elle…

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.