Napoléon, de Gaulle. Deux héros, deux « personnalités historiques préférées des Français » selon l’expression consacrée. Pourtant, cette histoire entre les deux grands hommes et le peuple n’a pas toujours été simple. Dans ce livre magistral signé Patrice Gueniffey (éditions Perrin) nous en apprenons un peu plus sur ces deux mythes que seule l’histoire de France semble pouvoir façonner. 

Napoléon et de Gaulle aux éditions Perrin
Napoléon et de Gaulle aux éditions Perrin

« Descendre c’est forcément déchoir » note astucieusement Gueniffey au début de cet ouvrage et le lecteur, marqué par les quinquennats Sarkozy puis Hollande, ne peut le contredire : parce qu’il fut un temps où les dirigeants politiques avaient du pouvoir. Il fut même un temps où leur communion avec la France leur permettait de rêver un destin plus grand, pour eux et pour leur pays. Cette époque n’est plus : depuis les années Giscard, ces premiers temps médiatiques lors desquels la seule obsession du Prince était de « désacraliser la fonction » a rongé avant de détruire cette stature du Chef. La dictature des sondages a fait le reste, depuis. Pourtant, comme le note l’historien, « Seulement 2% des Français se déclaraient en faveur du retour du Général » en janvier 1956. C’est peut-être cette capacité à briser l’ordre établi et à bousculer le cours des choses qui s’est tragiquement perdu dans les limbes de l’Histoire. 

« N’a-t-on pas vu récemment le chef d’Etat le plus médiocre de l’histoire de France contemporaine, Paul Deschanel excepté, se rendre ostensiblement à Colombey (le 13 juin 2016), dans l’espoir d’en tirer quelques improbables bénéfices ? ». 

Car depuis la tribune d’Alain Ducaux publiée dans Le Figaro Magazine en 1979 « Parents, on n’apprend plus l’histoire à vos enfants ! », tout s’est également empiré à ce niveau. Le mythe du « grand homme », corrélé à un enseignement de cette histoire glorieuse de la France, avait tout son sens à l’époque où les petits Français apprenaient la chronologie, les grandes figures et se forgeaient une citoyenneté en se confrontant aux fastes du passé. A l’heure de la repentance, de « l’ouverture aux autres cultures » et du refus de cette chronologie, il n’est pas étonnant de désespérer de notre Histoire comme elle va, aujourd’hui. Visant Hollande, l’auteur enfonce le clou : « N’a-t-on pas vu récemment le chef d’Etat le plus médiocre de l’histoire de France contemporaine, Paul Deschanel excepté, se rendre ostensiblement à Colombey (le 13 juin 2016), dans l’espoir d’en tirer quelques improbables bénéfices ? ». 

De la nostalgie des grands hommes

La question que nous nous posions en 2013 à la sortie du livre de Patrice Gueniffey sur Napoléon, demeure pertinente :  qui pourrait imaginer Napoléon aller demander à Bruxelles de valider son budget prévisionnel ? L’Empereur et le Général. Deux militaires de formation. L’un qui a passé sa vie sur les champs de bataille, l’autre qui a fait la guerre autrement mais qui par la force de son obstination a fait entrer la France dans le camp des vainqueurs à la Libération. Napoléon, après le catastrophe de Waterloo, a laissé derrière lui un empire pour le moins vacillant. 

« Deux hommes d’exil (l’île d’Elbe, Sainte-Hélène et Londres). Deux hommes du retour (Les Cent-Jours, la Libération). Deux hommes qui ont fait la France ».

En fondant la Ve République, de Gaulle a offert à la France la stabilité d’un régime, presque deux siècles après la Révolution. L’Empereur n’a pas pu, ou n’a pas su, institutionnaliser son régime : « Il excédait, par sa personnalité, par son génie, et devait à tout jamais excéder les limites dont on pouvait tenter d’entourer son pouvoir. Le régime qu’il avait fondé ne pouvait lui survivre ». L’un comme l’autre ont pourtant obéi à la même « volonté créatrice », celle qui bouscule les carcans et l’ordre établi, pour s’imposer. Deux hommes d’exil (l’île d’Elbe, Sainte-Hélène et Londres). Deux hommes du retour (Les Cent-Jours, la Libération). Deux hommes qui ont fait la France. 

Ni destins croisés ni hagiographies comparées, ce livre de Patrice Gueniffey brille par ses différentes sources bibliographiques mais aussi par un style tantôt nostalgique et tantôt mordant. En creux, nous reconnaissons cette Fin des empires qu’il avait déjà analysée, parce que la grandeur de ces deux mythes s’accompagne d’une fin de règne compliquée pour l’un comme pour l’autre. Mais tant que leur souvenir sera prégnant, rien ne peut être totalement perdu. C’est pourquoi, à l’instar de Patrice Gueniffey, nous conclurons par ces phrases tirées des Déracinés de Barrès, lorsque les personnages visitent le dôme des Invalides : « On n’entend pas ici le silence des morts, mais une rumeur héroïque ; ce puits sous le dôme, c’est le clairon épique où tournoi le souffle dont toute la jeunesse a le poil hérissé ». 

Liens

Découvrir Napoléon et de Gaulle sur le site des éditions Perrin

Relire notre article sur La Fin des empires

Relire notre article sur le Napoléon de Patrice Gueniffey 

mm

Julien De Rubempre

Fondateur du Nouveau Cénacle. Navigue entre sa bibliothèque, le Parc des Princes, Guernesey et son encrier. Pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.