Publié aux éditions Perrin, Jésus de François Taillandier est une enquête à la fois personnelle et historique sur ce prophète qui n’en a pas fini de bouleverser le monde. 

Yeshoua Bar Youssef est né à Nazareth il y a 2016 années. Bientôt 2017. Et encore, nous ne sommes même pas sûrs de sa date de naissance (à en croire Jean-Christian Petitfils, il serait même né 6 ou 7 ans avant sa propre date de naissance). Né dans une étable, fils de charpentier qui a probablement travaillé lui-même de ses mains, refusant tous les honneurs ainsi que le pouvoir militaire ou politique, il n’en a pas moins changé la face du monde en prêchant l’amour du prochain avec sa cohorte d’apôtres qui le reconnaissaient comme le fils de Dieu, le prophète qu’Israël attendait depuis toujours.

Et, depuis deux millénaires, son atroce crucifixion fascine, intrigue et interroge.

Ce « Jésus des textes » que François Taillandier recherche tout au long de cet ouvrage riche en anecdotes personnelles et en détails historiques, est bien évidemment écrit à la lumière des Evangiles. Les seuls témoignages dont nous disposons (avec ceux de plusieurs historiens de l’époque, dont Flavius Josèphe), ceux-là même qu’Emmanuel Carrère analyse brillamment dans Le Royaume en se demandant à chaque page : comment cela a-t-il pu marcher ?

Jésus personnel et Jésus universel

« Laissons le peintre devant sa palette, le croyant devant sa foi, le sceptique devant son doute, l’athée devant sa raison. Il n’y a rien de plus à dire ».

La notion de témoignage est capitale dans ce livre de François Taillandier. Ce témoignage nu du Nouveau Testament, qui relate à travers quatre voix, simplement, les évènements : « Si je me refuse à y croire et que ce soit réellement arrivé, cela n’empêchera pas que ce soit réellement arrivé (…). Le réel, c’est que des gens l’ont relaté, et que d’autres y ont cru. Cela seulement est indiscutable » (p. 97). Nous pourrions même rajouter qu’étant donné le supplice de leur champion, cela aurait même pu dissuader ces hommes de continuer à en être les témoins.

Que ce soit pour en rejeter la parole ou pour la faire sienne, chacun établit un rapport individuel à Jésus qui, au fil d’une vie, se nuance, s’épaissit ou rétrécit. Il est en cela singulier et universel. Taillandier résume parfaitement cette relation : « Laissons le peintre devant sa palette, le croyant devant sa foi, le sceptique devant son doute, l’athée devant sa raison. Il n’y a rien de plus à dire ».

A l’heure du matérialisme triomphant et de son cortège d’individualistes sans héritage ni volonté de transmission, la lecture de cet ouvrage consacré à ceux qui ont « affirmé l’incroyable » est salutaire. Ni hagiographe ni sophiste édifiant, volontiers rebelle et rétif à certaines interprétations de l’Eglise, Taillandier se fait ici apôtre d’une foi sincère et débarrassée de ses oripeaux pudibonds.

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Julien De Rubempre

Fondateur du Nouveau Cénacle. Navigue entre sa bibliothèque, le Parc des Princes, Guernesey et son encrier. Pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.