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 « La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. » – Mallarmé

« Tout se conquiert, tout se mérite.

Si rien est sacrifié, rien est obtenu. » – Hélie Denoix de Saint-Marc

« L’avenir se confond en chacun de nous avec l’acte même de vivre. ». » – Paul Valéry

Je suis nostalgique d’une époque que je n’ai pas connue et qui n’a sans doute jamais existé. Une époque où les principaux partis politiques français n’organisaient pas de primaires, ce succédané pseudo-démocratique. Ils n’organisaient pas de primaires pour la simple et bonne raison qu’ils portaient une vision de la France, un vrai projet politique, ce qui ne laissait pas de place aux querelles d’ego. La France d’abord, avec un projet à son service naturellement porté par le chef de parti, qu’il soit président ou premier secrétaire. Aujourd’hui nous assistons à un simulacre de démocratie interne aux partis censé redonner la parole à la base. Une cour de récréation de primaires dans laquelle s’ébattent les politiciens primates, rivalités de coqs de basse-cour dont le seul projet se résume à bouffer les graines des concurrents. De vision de la France il n’est plus question. Ni à gauche, ni à droite. Il n’est plus question que de sujets racoleurs avec une vision court-termiste affligeante, sans réflexion globale. La populace veut entendre parler d’immigration, de sécurité, de pouvoir d’achat, de préservation de modèle social français (conçu en 1945 pour la situation de 1945, qui comme chacun le sait, n’a pas évolué…), eh bien, on va lui en donner ! Elle va en bouffer de la rétention administrative de fichés S, de la baisse des impôts, de la culpabilité de Bruxelles pour toutes les fautes commises par nos dirigeants eux-mêmes (souvent non mandatés pour le faire) ! Les primaires de la droite aujourd’hui, de la gauche hier et demain, illustrent la déchéance de la politique française, aux ailes rognées, moraliste à défaut d’être puissante, égocentrique par abandon de la France et de son peuple.

Une France sans destin ?

C’est une impérieuse nécessité pour la France de retrouver sa force, son sens, sa direction. Cette lourde tâche revient aux jeunes générations, qui sont aussi celles qui ont le plus subi les folies des déconstructeurs.

Mais brisons là, les primaires ne sont qu’un symptôme, pas le cœur du problème. Ce qui caractérise la France sans estomac, c’est l’absence de vision, de projet politique, de destin commun pour la France. Sans doute aussi l’ignorance de la France. Ignorance de son peuple par le mépris de sa parole (référendum de 2005) avec pour conséquence un fossé toujours plus large entre les élites et le peuple (or un pays ne peut pas vivre sans une élite honnête, visionnaire, motrice et compétente). Ignorance de l’histoire, de la géographie, des traditions, des terroirs, des populations qui sont la France (en tenir compte est un frein objectif au business, c’est donc estampillé réac, raciste, fasciste…). C’est une impérieuse nécessité pour la France de retrouver sa force, son sens, sa direction. Cette lourde tâche revient aux jeunes générations, qui sont aussi celles qui ont le plus subi les folies des déconstructeurs. Il ne s’agit pas bien entendu de revenir au passé sur l’air rayé du « c’était mieux avant ». Ce n’était pas mieux avant, c’était un autre contexte, une autre époque ; ce qui n’empêche nullement de regretter la disparition des humanités ou du sens de l’intérêt général en politique…

Connaître le passé permet de bien vivre le présent et de construire l’avenir. Connaître la géographie des lieux et des Hommes, se connaître, permet d’affronter sereinement les épreuves collectives de la vie et d’acquérir la stabilité préalable à toute ouverture à l’autre. C’est ce qu’ont voulu nier et oublier la génération 68 et ses continuateurs avec les conséquences que l’on voit en terme de crise majeure de confiance envers les politiques et les élites en général, d’atomisation de la société, de retour de la violence et de dépression économique. Mais rien est perdu, la France à l’estomac travaille quotidiennement et surement à ce retour en force du pays de Molière. Nombre d’ouvrages en librairie, d’expériences locales, d’acteurs journaliers en témoignent. Ainsi, pour terminer sur une note d’espoir, ce recueil intitulé À la jeunesse, préfacé par François-Xavier Bellamy, qui reprend les discours à la jeunesse de grandes figures de tous horizons, de Félix Éboué à Hélie Denoix de Saint-Marc en passant par Antoine de Saint-Exupéry, Jaurès, Zola, de Gaulle ou encore… Steve Jobs (!), le tout pour la modique somme de 3 euros. L’espoir est là, même si…

Comme le disait un vieux dégueulasse, « il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire.

 

 

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/