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 « C’est toujours par là que commencent les partisans de l’égalité : ils établissent les catégories et se mettent dans la première. » – Boucher de Perthes

« L’égalité entre les hommes est une règle qui ne compte que des exceptions. » – Ernest Jaubert

« On vit honteux, les yeux troubles, le pas oblique,

Hébété ;

Tout à coup un clairon jette aux vents : République !

Liberté ! » – Victor Hugo, Les Châtiments, VII, 15.

Je suis nostalgique d’une époque que je n’ai pas connue et qui n’a sans doute jamais existé. Une époque pas si lointaine où la France était fière de ses valeurs, où la France affirmait et défendait sa devise Liberté – Égalité – Fraternité ! Ô France, qu’as tu fait de ta si belle devise ? De la liberté, il ne reste que le mot ; l’égalité est devenue égalitarisme repentant ; quant à la fraternité, rarement en temps de paix officielle les tensions sociales et la méfiance au sein de la population ont été si vives.

Où est la souveraineté du peuple ? Le simple et élémentaire droit des peuples à disposer d’eux-même ?

Le suicide européen de 1914-1945 s’est soldé par une remise en question permanente et agressive de nos valeurs au nom d’une prétendue culpabilité de l’Europe et de la France vis-à-vis de  leur histoire et de leur rapport au monde. Au nom aussi de l’individualisme égoïste et destructeur du toujours plus de droits, toujours plus de confort. Le résultat est là : la liberté politique a été vendue à une technostructure et au capitalisme financier. Il est quand même anormal que des agences de notation privées se permettent d’intimer des ordres aux états souverains, de les ruiner à défaut d’être obéies. Où est la souveraineté du peuple ? Le simple et élémentaire droit des peuples à disposer d’eux-même ? Peut-on objectivement encore parler de démocratie quand la classe politique est à ce point décrédibilisée et renfermée sur elle-même, si peu représentative de la population, si éloignée des intérêts du peuple et donc de l’intérêt général, si ignorante de la langue et de l’histoire de son propre pays ? Quand les élus du peuple mentent effrontément sur le réel et sur leurs promesses de campagne qu’ils mettent un point de déshonneur à ne jamais tenir quand ce n’est pas à faire le contraire…

Une République sans légitimité

Il n’y a plus de liberté quand le vote est parvenu à un tel degré d’inutilité et d’inefficacité. La majorité des Français ne s’expriment plus dans les urnes, ils s’abstiennent, votent nul ou blanc. Les résultats électoraux sont de fait faussés car il n’est pas tenu compte de cette donnée (chiffrée mais non intégrée au résultat de l’élection). Le Président de la République est depuis plusieurs années déjà élu par la majorité d’une minorité non représentative de Français, ainsi le second mandat de Chirac ou l’actuel Président. Cette liberté politique étant devenue une « coquille vide » (Malika Sorel-Sutter), les lobbys communautaristes de toutes obédiences, ultra-minoritaires par définition, s’attachent au nom du respect de leurs droits et de leurs différences, à s’imposer à la majorité silencieuse en bridant la liberté d’expression.

Ce n’est pas à la loi de dicter aux individus ce qu’il est licite ou non de penser, moral ou non de dire.

À ce titre, la loi Pleven de 1972 n’est que le début d’une série de lois liberticides. Cette loi et les suivantes sont inutiles, la loi de 1881 permettant de réguler l’expression au regard de la provocation aux crimes et aux délits[1]. Nos dirigeants, tous plus lâches les uns que les autres face au réel, ont préféré mettre ce dernier sous le boisseau, quitte à laisser les rancœurs et autres haines recuites macérer à l’ombre. Il est toujours utile de rappeler que si la loi Gayssot avait été votée 40 ans plus tôt, les massacres de Katyn seraient encore imputés aux Nazis et le chercheur qui a démontré qu’ils étaient l’œuvre de Staline aurait été exclu de l’Université, sans doute poursuivi en justice et condamné pour avoir fait son travail d’historien[2]. Par ailleurs, la liberté d’expression, je me répète et tant pis si ça grince, ne devrait être limitée qu’à trois points : l’appel à la violence ; la vie privée ; la diffamation. Ce n’est pas à la loi de dicter aux individus ce qu’il est licite ou non de penser, moral ou non de dire. Exprimer ses opinions est la première liberté d’une démocratie, aussi stupide l’opinion en question fut-elle (et Dieu sait à quel point je trouve, personnellement, profondément stupide de juger une personne sur la couleur de sa peau, son origine ethnique ou religieuse. Une personne se juge sur ses paroles et ses actes, point barre).

Le respect de la vie privée est la seconde borne à la liberté d’expression : c’est la garantie de la liberté individuelle. Sans elle, pas de démocratie, pas de liberté, juste le totalitarisme, c’est-à-dire pour reprendre l’expression de Claude Polin, la dictature de l’individu sur l’individu. La lecture d’Orwell éclaire merveilleusement le caractère fondamental de ce droit. Enfin, la diffamation : c’est une question d’honnêteté, si vous dites du mal de quelqu’un, la moindre des politesses est que ce soit exact et que vous puissiez le prouver. Donc, sauf à rétablir le duel, la diffamation constitue une borne légitime à la liberté d’expression.

L’égalité, une chimère ?

Notre liberté mise à mal, que dire alors de l’égalité, pulvérisée par la repentance, la culpabilité et les assauts des communautarismes… Rappelons à toutes fins utiles que l’égalité en 1789 était entendue au sens contemporain d’équité : tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droits. Il n’a jamais été question d’égalité réelle, peut-être simplement car elle n’existe pas. Les Hommes sont différents, gros, maigres, petits, grands, intelligents, stupides, scientifiques, littéraires, manuels…

La volonté politique d’égalité réelle aboutit nécessairement à l’indifférenciation entre les êtres et n’est possible que par un totalitarisme sauvage tel que le communisme n’a jamais réussi, malgré 100 millions de victimes, à atteindre. Il est pertinent aujourd’hui de paraphraser Mme Roland en s’écriant Égalité, que de crimes on commet en ton nom ! Nous ne sommes toutefois pas (encore) sur l’échafaud. En revanche, l’école républicaine l’est. Elle a même été débitée d’un certain nombre de tranches au nom de l’égalité, entendue par les fossoyeurs de la République et de la France comme égalitarisme. Sacrifice de la langue, de sa grammaire, de sa syntaxe, de son orthographe, de sa richesse lexicale. Sacrifice de l’histoire, relue idéologiquement pour complaire à des groupes communautaires sensés permettre la réélection des incompétents n’ayant plus que cette ressource pour se maintenir au pouvoir. Je ne vais pas ajouter d’huile sur un feu dont le caractère destructeur est difficilement niable quand on est de bonne foi. Les pages des nouveaux manuels scolaires qui sont publiés sur les réseaux dits sociaux illustrent mon propos sans besoin de commentaire supplémentaire.

La disproportion des condamnations entre certains multirécidivistes violents et des manifestants de la Manif pour Tous est à ce titre exemplaire.

Mais l’égalitarisme ne s’attaque pas qu’à l’école, il remet en cause le principe même de la démocratie, décrite par ses assaillants comme dictature de la majorité. Si les minorités ont le droit au respect de leur dignité, rien ne permet d’affirmer qu’elles doivent voir toutes leurs spécificités reconnues par la loi comme droits fondamentaux et que toute critique à leur encontre soit condamnable en justice. Leur exercice privé ne les remet pas en question[3]. Autre déni de démocratie, les juges sont formatés idéologiquement dans une seule et même école, ils ne sont pas élus (pas de pouvoir judiciaire en France, juste une autorité soumise au Parquet, c’est à dire au Ministre de la Justice) et leur liberté d’appréciation rend leurs décisions sujettes à caution quant à la subjectivité manifestée dans l’interprétation du droit au regard des qualités du prévenu. La disproportion des condamnations entre certains multirécidivistes violents et des manifestants de la Manif pour Tous est à ce titre exemplaire, quoi que nous pensions de la loi Taubira par ailleurs (ce n’est pas le sujet). Le principe d’égalité en France est non seulement galvaudé, mais plus encore dévoyé en raison de la lâcheté politique d’une caste ayant perdu la main sur l’action réelle.

Et voilà comment la fraternité affichée au fronton de nos mairies est devenue le masque d’une méfiance généralisée, quand il ne s’agit pas de haine pure et simple. Tout est fait pour entretenir ce malaise. Les politiques, parce que c’est leur intérêt, avec la complicité des grands médias, parce que sans subventions ils n’existeraient plus pour la plupart, entretiennent savamment les tensions entre privé et public, croyants et laïcs, hétéros et LGBT, riches et pauvres, tensions inter-religieuses, tensions sociales… Toutes choses qui évitent au peuple de se mêler de ce qui le regarde. La casse préméditée et systématique de l’école républicaine, c’est-à-dire du mérite, de la citoyenneté, de la Nation était un préalable nécessaire. Nous y sommes, 40 ans peu ou prou après la funeste loi Haby disposant du collège unique. Le communautarisme agressif dynamite un peu plus chaque jour la fraternité (valeur infiniment plus belle et louable que l’insipide « vivre-ensemble »), Edwy Plenel, le Parti des Musulmans de France, l’UOIF, les Indigènes de la République et quelques autres étant les bras armés de ce sabotage. À essayer de les récupérer, les politiques se sont fourvoyés, ils ont cramé leurs ailes, perdu leur petit jeu et toute crédibilité. En témoigne la violence des réactions à leur encontre.

Des réactions de défense de la France et de la République face aux attaques quotidiennes des précités sont nombreuses et commencent à s’organiser. Ainsi, récemment, la naissance du comité Orwell ou du Printemps Républicain. Retrouver la fraternité implique de regarder le réel en face, surtout quand il brûle les yeux. D’aucuns, de différents bords politiques et à titres divers, travaillent à dire le réel. Leurs interprétations leur sont propres et sont discutables, mais elles sont argumentées et donnent à réfléchir en commun sur notre devenir commun. Voilà comment recréer de la fraternité, une conscience commune d’appartenir à un pays, un peuple et une histoire, voilà comment reconstruire une démocratie mise à mal, par delà les différences légitimes d’options politiques ou religieuses…

Comme le disait un vieux dégueulasse, « il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire ».

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[1]La version en vigueur du vote de la loi jusqu’à celui de la loi Pleven dispose dans son article 23 que « Seront punis comme complices d’une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publiques, soit par des écrits, des imprimés vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publiques, soit par des placards ou affiches exposés aux regards du public, auront directement provoqué l’auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d’effet.

      Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n’aura été suivie que d’une tentative de crime prévue par l’article 2 du Code pénal. »

      [2]Il ne s’agit en aucun cas pour moi de défendre les négationnistes, juste de rappeler que l’enfer est pavé de bonnes intentions et qu’une loi, si louable soit son objectif, peut se retourner contre lui. Les travaux de l’association Liberté pour l’Histoire sont à ce titre très intéressants : http://www.lph-asso.fr

      Cf Philippe Nemo, La régression intellectuelle de la France : http://salon-litteraire.com/fr/philippe-nemo/review/1921650-constat-implacable-signe-philippe-nemo-la-regression-intellectuelle-de-la-france

[3]Cf Mathieu Bock-Côté, Le multiculturalisme comme religion politique, Les éditions du Cerf, 2016.

[4]La question de l’égalité appelle une réflexion sur la fiscalité, inéquitable et inefficace en France, moins de 50% des foyers acquittant l’impôt sur le revenu, et de multiples niches fiscales permettant de s’exonérer de tout ou partie de la contribution, fragilisant ainsi le nécessaire consentement à l’impôt en démocratie. Vaste sujet, trop vaste pour être traité ici.

 

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/