share on:

A l’heure où le Président de la République est tancé de toute part et son pouvoir contesté tant il n’est plus roi en son royaume, des voix discordantes se font davantage entendre.

Parmi elles, celles de l’humoriste et désormais homme politique sulfureux Dieudonné ou encore du journaliste et fondateur de Mediapart Edwy Plenel. Tous deux, sous des formes apparemment différentes, réclament le renversement de la cinquième république et l’émergence d’une nouvelle ère gouvernementale. Au centre de cette dernière, le citoyen français version 2.0, adepte du Web, en connexion permanente avec ces néo-révolutionnaires.

Dans son récent ouvrage Dire Non, aux éditions Don Quichotte, Edwy Plenel affirme que l’état de délabrement dans lequel gît le pays est tel qu’il est nécessaire de renverser la table. Ainsi, l’égalité serait en danger, car non respectée par des représentants politiques eux-mêmes non respectables : « Aussi la crise française est-elle d’abord une crise politique, crise de représentation, essoufflement des institutions, fin de régime. Celle d’une République épuisée, à bout de souffle, impuissante et illisible ». Qu’il s’agisse d’une crise de la politique, du racisme dans les milieux sportifs ou encore de malversations financières, le fondateur de Médiapart pointe du doigt les multiples maux dont souffrirait la France. « Allons-nous continuer à subir ou nous décider enfin à réagir ? (…) Ne nous revient-il pas de relever la France en réinventant sa République », ainsi l’ennemi est ciblé en la personne de la cinquième république. En digne successeur de la pensée de 68 et de la philosophie sartrienne de la révolution, le journaliste incite ses lecteurs et tous les Français à un sursaut citoyen, prenant ses origines dans ce qui fait le terreau de l’Histoire de France, l’insurrection. Son programme s’exprime par le refus: refus du pouvoir en place, refus d’une société dans laquelle il ne se reconnaît plus, ou encore le refus des pouvoirs financiers capitalistes. Sa récente prise de position à l’encontre des forces de police dans l’affaire Rémi Fraisse lui permet même de remettre en cause la violence légitime, celle instaurée par l’Etat.

Dieudonné est dans la même logique. Si l’ancien sympathisant d’extrême gauche affiche une séparation de façade entre ceux qui nous gouvernent et les Français, c’est pour mieux renverser la cinquième république et les pouvoirs financiers au profit d’une prise en main totale par le peuple et pour le peuple. Une première étape est déjà franchie avec la future création d’une assurance, finement nommée ananassurance. Toute souscription est possible via la signature de la non moins fine pétifion sur le site de l’humoriste. Quand ce dernier tente de faire vaciller le pouvoir monétaire en place, il rejoint dans sa tentative d’excommunication capitaliste le discours d’Edwy Plenel et de Médiapart. Prenant pour exemples toutes les polémiques qu’ils dénoncent, et celles qu’ils créent parfois eux-mêmes afin de les instrumentaliser, le journaliste et l’humoriste expriment le désir implicite d’un horizon dépassable. Certaines personnes voient en eux la figure christique du journalisme d’investigation ou encore l’incorruptible de l’humour, les derniers des Mohicans. Sous leur plume, point de favoritisme. Qu’il soit de droite ou de gauche, le politicien est sujet à scandale. Mais nul n’est dupe. C’est avant tout un coup médiatique et idéologique, l’homo politicus demeure dans la prunelle de Plenel un animal à abattre, le symbole d’une vision passéiste et chloroformée que représente l’actuel système.

L’ancien compère d’Elie Semoun et l’homme à la moustache s’imaginent en Danton et Robespierre des temps modernes, désireux de renverser la monarchie, peu importe le prix à payer et les contrevérités exprimées.

Plenel / Dieudonné : Des moyens comparables, des cibles si peu éloignées

Au nom d’une honnêteté béate, les deux néo-contestataires stigmatisent ceux qu’ils considèrent comme néfastes à leur discours.

Ainsi, pour s’attirer les faveurs de la société et l’amener à partager ses souffrances et ses peines, il convient de prendre la défense d’une cause pointée du doigt, d’être l’avocat du bouc émissaire contemporain. L’ancien rédacteur en chef du Monde se fait alors l’ardent défenseur de la cause musulmane, à qui il oppose perpétuellement les Français dit « de souche ». Le comique quant à lui, utilise l’image du musulman martyrisé pour mieux lutter contre le judaïsme en France et au Moyen-Orient. L’islam devient le fer de lance d’une révolution à venir, véritable religion des opprimés brandie tel le symbole de la déliquescence d’une société française, elle-même pervertie par des idées jugées nauséabondes causées par les pouvoirs successifs et ce, depuis l’avènement de la cinquième république. Les critiques du Popeck du journalisme rejoignent donc celles de son confrère humoriste.

Au nom d’une honnêteté béate, les deux néo-contestataires stigmatisent ceux qu’ils considèrent comme néfastes à leur discours. Qu’il s’agisse de la figure du bourgeois raciste, ou celle plus large du complot international, ils s’incarnent dans tout ce que les deux idéologues combattent au quotidien.

Ce combat est selon Dieudonné et Plenel, sincère. Et identique. Il consiste à dénoncer les agissements mensongers d’un État voyou, dans lequel l’argent et la corruption règnent en maître. Afin de faire éclater la vérité, ils estiment désormais d’utilité publique la création d’un apparatchik audiovisuel, où la seule et véritable parole serait révélée. En effet, aujourd’hui la liberté de la presse est un mythe, et seule la Pravda est présente dans les kiosques de l’hexagone. Persuadés de cela, Plenel et Dieudonné ont fondé leur propre organe de propagande, Mediapart et la chaine Iamdieudo sur Youtube. Tels des orateurs grecs, ils se drapent dans une posture de dissidents et sont désormais les seuls garants d’une vérité qu’ils jugent travestie par les hommes de pouvoir et les journaux. Qu’ils soient dans les locaux de Médiapart ou au théâtre de la main d’or, les débats s’organisent autour de participants en accord les uns avec les autres. Un seul mot d’ordre, dire non, refuser les diktats de la pensée majoritaire, et créer une société parallèle visant à terme, à remplacer celle existante.

Si le discours multiculturaliste jadis prôné par Dieudonné est aujourd’hui grandement égratigné par son rejet viscéral du Judaïsme, il n’en demeure pas moins le reflet saisissant de la parole d’Edwy Plenel de par l’utilisation des mêmes outils de diffusion et d’une dialectique semblable, le tout dans l’espoir de parvenir à un futur trouble.

mm

Andrés Rib

Ancien de la Sorbonne. Professeur de Lettres. Aime le Balto, et la Philo.