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La chronique hebdomadaire de Christophe Bérurier, professeur de français en ZEP. 

Lundi

Les élèves travaillent, les heures passent vite. La semaine s’annonce ennuyeuse.

Mardi

Un élève de 5ème vient me voir pour m’annoncer qu’il a été victime de racket. Le voleur lui réclame cinq euros « Sinon je te défonce ». La victime prend des cours de boxe :

«  Vous voyez, Monsieur, j’ai pas envie que ce racket dure longtemps… Après, j’attends juste qu’il essaye de me frapper comme ça je pourrais répondre, et entraîner ma droite !

— Au moins, tu vois, c’est plus utile de faire de la boxe que du football dans cette situation, ai-je dit. »

Jeudi

Correction de contrôles de lecture sur Des souris et des hommes  de John Steinbeck. Les élèves devaient se mettre dans la peau d’un libraire qui doit conseiller ce roman à un jeune client. La plupart des copies présentent un résumé des vingt premières pages des aventures de George Milton et de Lennie Small.

Une élève mélange ses connaissances et résume les aventures de George et Lenine.

Quand je fais remarquer cette erreur à la classe, personne ne voit le problème.

Vendredi

Dernière heure de cours avec une classe de troisième. Après plusieurs demandes, une élève ne se tait toujours pas. L’explosion arrive, on ne la voit jamais venir :

  « FERME TA BOUCHE, ai-je crié, en prenant soin d’éviter toute vulgarité.

— Vous me dîtes pas ferme ta bouche, vous me dîtes pas ferme ta bouche ! vous êtes qui pour me dire ferme ta bouche ? vous êtes qui ? et moi je suis qui ? non mais oh, vous êtes ni mon père ni ma mère, vous êtes juste mon prof, si j’étais pas là on se connaitrait pas donc vous avez pas à me parler comme ça…

— Arrête c’est bon laisse tomber, ont tenté quelques élèves, en vain.

— Non j’laisse pas tomber c’est bon. À chaque fois je ferme ma bouche je ferme ma gueule, c’est bon là je rigole plus. Vous croyez quoi, que vous allez me manquer de respect ? non mais vous êtes ouf là Monsieur.

— Tu peux te calmer ? j’ai repris, que l’on puisse parler correctement. Je ne t’ai pas manqué de respect. Je t’ai parlé de manière agressive pour que tu réagisses mais je ne t’ai pas manqué de respect.

— Quoi ? ouais c’est ça vous croyez vous pouvez me parler comme ça, ça va pas non. On est égaux, vous et moi, je vous manque pas de respect, vous me manquez pas de respect.

— Je te rappelle que je suis ton professeur et que je suis ton aîné, donc non nous ne sommes pas sur un même plan d’égalité. Puisque tu n’as pas un comportement d’élève normal, j’utilise le même langage que toi : le hurlement.

Toute la scène se déroule devant le reste de la classe. J’aurai pu couper court mais ce débat a débuté par erreur de ma part, je n’ai pas souhaité recourir à l’exclusion, trop facile.

D’autres élèves vont intervenir pour tenter de me déstabiliser.

— Monsieur, a demandé un jeune garçon, je comprends pas, vous nous enseignez l’égalité entre les humains, la guerre, la négritude tout ça, et là vous venez de dire qu’on était pas tous sur le même plan.

— L’école n’est pas un système juste, à partir du moment où un professeur se retrouve seul face à vingt cinq élèves, j’ai tenté. Si vous n’acceptez pas cette inégalité hiérarchique comment ferez-vous face à votre patron ?

— Bref Monsieur, a dit un élève pour tenter de conclure, vous êtes notre prof, vous êtes plus vieux, alors on vous respecte c’est tout.

— Je suis bien d’accord, le respect de l’âge est commun à de nombreuses cultures. Mais je vous rappelle juste ce que l’on entend par respect du professeur à l’école : faire le travail demandé, écouter le professeur, ne pas lui couper la parole, ne pas parler pendant qu’il s’adresse à vous. Je peux continuer, si vous voulez je peux faire une liste de tous les manques de respect que je vois dans cette salle.

Si vous souhaitez parler de respect avec vos professeurs, commencez par regarder dans votre miroir.

 Christophe Bérurier

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Christophe Berurier

Christophe Berurier est professeur. Il aime les mots et le vélo.