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La chronique hebdomadaire de Christophe Bérurier, professeur de français en ZEP.

  Lundi

Je donne mon premier cours à une classe où deux élèves sont absents jusqu’à jeudi. Ils doivent passer des épreuves sportives dans le cadre de la section football de l’établissement. Leurs camarades présents ne comprennent pas quand je dis que le français me parait plus important. Avec ma deuxième classe, ce sont les meilleurs élèves, les germanistes, qui sont en voyage pour toute la semaine. 

Classe de troisième : sept élèves arrivent dix minutes après la sonnerie. Je fais cours devant ces sept élèves ; la quinzaine d’absents est en voyage en Espagne. Sur une classe de vingt quatre, seuls cinq élèves ont eu la moyenne au brevet blanc de français.

 À chaque fois, rien ni personne ne nous a prévenu des absences.

Mardi

Pour arranger un collègue d’histoire géographie agacé de devoir faire sauter ses cours de troisième pour la passation de l’épreuve d’histoire des arts, j’accepte de le remplacer : il a fait son cours de troisième et j’ai fait passer l’épreuve d’histoire des arts sur une heure où je ne travaille pas.

Jeudi

Aujourd’hui a lieu un conseil de discipline. Dans la salle des professeurs, les enseignants prédisent le résultat de ce conseil : 

 « Il ne sera pas viré tu verras. Ils ne virent jamais un élève à la fin du mois de mai ! Surtout un troisième, lança un collègue.

— Ah c’est pas sûr, là c’est quand même détention d’arme blanche… répondit un autre.

— Attends c’est quoi l’arme en question ? je demandai.

— Une gazeuse ! Il l’a trouvée dans les couloirs et l’a ramassée… enfin c’est ce qu’il dit !

— Oui donc il n’y aucune preuve qu’il a appuyé sur le bouton et qu’il l’a apportée dans le collège. Il ne sera pas viré, je repris. Et puis rappelle toi : le dernier en date, c’était racket dans l’établissement, et il n’a pas été viré alors bon… »

Un ange passa dans la salle des professeurs.

Les élèves de troisième de la classe qui participe au voyage en Espagne me demandent de regarder un film pendant l’une des deux heures de cours que nous avons aujourd’hui.

Dans mon autre de classe de troisième, un élève exclu depuis une semaine revient aujourd’hui. Il est calme et bavarde à peine. Il joue avec un ballon gonflable durant toute l’heure.

 Le collègue de lettres classiques de l’établissement vient me voir en salle des professeurs :

 «  Dis-moi, je suis en lien avec le professeur de lettres classiques du lycée de secteur, et ils ont là-bas une jeune collègue, stagiaire, qui est quasiment certaine d’être en collège l’année prochaine, elle aimerait venir assister à des cours de collège, est-ce que ça t’intéresse de la recevoir ?

— Ah oui, avec plaisir ! j’ai dit.

— Très bien, reprit mon collègue, elle aura une bonne vision. Une quatrième avec *****, une sixième avec ***** et à 11h30 ta classe de cinquième.

— Ah toi tu ne la reçois pas ?

— Non, je lui ai dit que je n’avais pas grand-chose à lui montrer !

— Mais pourtant toi et moi, nous avons eu cette année de stage à 18h sans formation n’est-ce pas ? je demandai.

— Oui, oui, mais je ne vois pas trop ce que je pourrais lui apprendre. »

 J’ai quitté la salle des professeurs en demandant à mon collègue de me rappeler la venue de la collègue et en remerciant  le destin de m’avoir offert une tutrice qui accepta de s’occuper de moi pendant ma première année.

Vendredi

La journée se passe bien pour un vendredi ; jour assez agité. Dernière heure de cours : une rédaction avec les troisièmes pour tenter de remonter un peu les moyennes désastreuses. Les élèves ont compris la gravité de la situation, ils jouent le jeu et font tous des efforts remarquables. Nous sommes à une semaine du dernier conseil de classe.  Ils doivent raconter, ou plutôt imaginer la scène de leur naissance, du point de vue de l’enfant qu’ils étaient.

Entre confessions très privées et imagination débridée, toutes les notes sont au dessus de la moyenne sauf celles de deux élèves qui n’ont pas respecté le sujet. La semaine se clôt sur une réussite. C’est assez rare pour être mentionné. 

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Christophe Berurier

Christophe Berurier est professeur. Il aime les mots et le vélo.