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Le dimanche 25 mai 2014 marque un tournant historique dans la vie politique française : pour la première fois, le Front national est arrivé en tête des élections. Ces européennes symbolisent également la déconfiture tant du Parti socialiste que de l’UMP. 

Pour une fois, les sondeurs prédirent vrai. Et encore, il voyaient le PS entre 15 et 17, et non pas à ce score ridicule de 13,8 %. C’est déjà trop, diront certains, tant il paraît impensable de pouvoir de nouveau glisser un bulletin à la rose dans l’urne. Après la spoliation fiscale, les cam-to-cam avec Leonarda, les 5 à 7 rue du Cirque avec la Gayet, les errances de Duflot ou la hausse de la TVA, il est difficile aujourd’hui de faire confiance à cette majorité dépouillée de ses derniers espoirs électoraux. 

Le FN : Quand la créature s’échappe

Longtemps, le Front national a été la créature du docteur PS Frankenstein, qu’il alimentait de polémiques ou de propositions visant uniquement à la faire grossir pour dépasser la droite. Mais depuis 2002 et l’élimination de Lionel Jospin dès le premier tour, le ressort s’est cassé. Le jouet ne fonctionnait plus. La bête façonnée par François Mitterrand volait à présent de ses propres ailes et se retournait contre ses alliés objectifs. Et puis Marine Le Pen a pris la succession de son père et a imposé un virage idéologique au parti. De libéral et provocateur, ce dernier devînt étatiste et « dédiabolisé » pour mordre sur les différents électorats, et, surtout, attirer l’adhésion des ouvriers et des employés.

La stratégie du FN a donc été validée une nouvelle fois après ce scrutin européen, attirant une majorité de jeunes, d’ouvriers et de salariés, réduisant les réserves électorales du Front de gauche a peau de chagrin. Certes, le Front national a atteint son plafond qui se situerait aux alentours de 25 ou 30 %, ce qui lui aurait compliqué la tâche en cas de deuxième tour ; mais le fait est là. Le FN est arrivé en tête d’une élection et les forces de gauche sont moribondes. Pour avoir trop sous-traité les luttes idéologiques aux extrêmes, la gauche et la droite se retrouvent dans la même panade pour recouvrer un semblant de crédibilité auprès des citoyens.

La République face aux nouveaux clivages idéologiques

Si François Hollande était un véritable tacticien, nous pourrions penser qu’il aurait décidé de ne pas faire campagne afin de provoquer ce résultat, afin d’effrayer le français moyen d’un retour de la « bête immonde » qui réfléchirait davantage aux prochaines élections et voterait « utile ». Seulement Hollande n’est pas Machiavel, tout juste un vulgaire Frank Underwood de série B bon à manoeuver lors des cantonales. Et le vote FN n’est plus un vote protestataire, mais un vote de plus en plus réfléchi. 

Les jours des deux grands partis majoritaires sont comptés, car plus rien ne les différencie. De surcroît, les mêmes divisions les traversent, ce qui indique un bouleversement prochain des oppositions idéologiques. Le Parti socialiste est devenu un véritable parti libéral et européiste, aux antipodes de la gauche de Jaurès et l’UMP n’est plus qu’une vulgaire UDF dirigée par des gaullistes de pacotilles qui n’ont que le modèle allemand à la bouche. C’est bien de cette convergence, pour ne pas dire de cette entente implicite, que naît et prospère la colère contre « l’UMPS » qui se partage les places et applique des directives édictées par des commissaires sans légitimité populaire.

La gauche est morcelée entre la ligne étatiste, sociale et protectionniste comme l’UMP est divisée entre Henri Guaino et Alain Juppé. Chacun constate qu’un tel système ne peut perdurer et que deux voire trois nouveaux pôles devraient prochainement émerger, où l’on verrait s’affronter les opposants et les partisans de l’Union européenne, avec éventuellement un centre modéré pour équilibrer la balance idéologique.

La fin de la partie fine des idées est proche, et le mariage forcé entre deux conceptions de la res publica au sein des grands partis va se terminer en divorce sans gloire. « En France (…) le gouvernement change qu’à la condition d’être toujours le même », écrivait Balzac dans les Illusions perdues. Puisse l’avenir lui donner enfin tort, pour que la France retrouve une démocratie et une souveraineté.

Julien de Rubempré

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.