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En France, le PSG ne cesse de susciter les interrogations et les crispations depuis son rachat par QSI. Indignation sincère, griefs prévisibles dans un pays qui n’a jamais aimé que les seconds ?

C’est la victoire du petit sur le gros. Voilà la rengaine habituelle que nous servent les journalistes sportifs dès qu’une formation de haut rang passe au travers d’un match de football. Plus que l’attente de l’exploit, c’est le désir de voir la hiérarchie être bouleversée qui motive ces prétendus spécialistes du ballon rond. Surtout, cette posture témoigne d’une mentalité bien française, qui consiste à exécrer les habituels vainqueurs pour s’enticher des dauphins, et qui se situe aux antipodes de l’histoire du sport.

 

En effet, dans les premières mentions de la pratique sportive en Grèce antique, cette dernière est placée au centre d’un culte religieux où il faut se dépasser pour faire honneur à la divinité célébrée. De là découle la notion de compétition, qui voit le vainqueur être porté aux nues par le public. Cette origine explique le comportement plus tardif de chacun à vouloir que son protégé s’impose. Pourtant, ce n’est pas le cas en France, où tous les prétextes sont bons pour se démarquer.

Haro sur le PSG

Un recrutement quatre étoiles qui a pour effet d’attirer bien des regards sur la Ligue 1 à une période où l’élite française n’est plus en mesure de batailler avec ses homologues européens

L’exemple le plus frappant dans l’actualité récente concerne le Paris Saint-Germain. Racheté par un fonds d’investissements du Qatar, le club francilien jouit d’une situation financière très confortable lui permettant de s’offrir quelques-uns des joueurs les plus renommés de la planète. Un recrutement quatre étoiles qui a pour effet d’attirer bien des regards sur la Ligue 1 à une période où l’élite française n’est plus en mesure de batailler avec ses homologues européens. En résumé, cette situation devrait contenter la plupart des acteurs impliqués puisqu’il y en a vue l’exportation d’une bonne image de notre football.

Pourtant, le projet parisien ne plaît pas à grand monde. La presse spécialisée en tête. Celle-ci tient une double posture. Quand Paris est battu, on accuse ses joueurs de dilettantisme, on moque les investissements réalisés depuis un an et demi pour vanter les « valeurs » de l’équipe d’en face ; valeurs que personne n’a jamais pu identifier, hormis la fameuse solidarité qu’on met en exergue face à la suffisance et l’individualisme de la capitale. L’individualisme parlons-en. C’est ce qui est retenu après une victoire, car les Parisiens ne savent quasiment jamais vaincre ensemble. De toute façon, dans un tel cas, le seul mérite revient au carnet de chèques. Gagner devient normal, sinon banal. Dès lors, on attend avec impatience le petit grain de sable qui fera dérailler la chaine d’Anquetil, en espérant que Poulidor lui passe devant.

Les bizarreries du public

Une telle stratégie a permis à l’homme d’affaires de devenir le président préféré des amateurs de football alors qu’il était honni partout où il passait il n’y a encore que peu de temps.

Le grand public, en bon mouton de Paganelli, réagit de manière similaire. Quand le Lyon de la grande époque subtilise la première place, il n’est pas du tout populaire, au grand dam d’un Jean-Michel Aulas déconfit devant l’attrait que continue de susciter les Verts malgré leurs précédents classements. Désormais, l’OL est en retrait et est entré dans le cœur des Français, comme en témoigne le dernier sondage de L’Equipe[1]. Bien conscient de cet état de faits, le président rhodanien tente de mettre en doute l’intégrité de son homologue parisien, qui est aussi le diffuseur du championnat, s’insurgeant des horaires de programmation des rencontres, qui lui seraient défavorables. Une telle stratégie a permis à l’homme d’affaires de devenir le président préféré des amateurs de football alors qu’il était honni partout où il passait il n’y a encore que peu de temps.

La posture tricolore n’est, cependant, pas si claire. Une bonne partie du public se plaint régulièrement du manque de compétitivité et de spectacle au regard de ce qui se fait dans les grands championnats du Vieux Continent. En souhaitant du mal à ceux qui permettront peut-être de rééquilibrer les débats, ces « supporteurs » ne se rendent pas compte qu’ils se tirent une balle dans leur pied carré et contribuent à la pérennité du football hexagonal non pas en tant que citadelle imprenable, mais en vaste supermarchés de jeunes joueurs prometteurs promis à l’exil sportif.

Thierry Simoncello

 


[1] Lyon est la deuxième équipe préférée des Français derrière Marseille. A l’inverse, Paris est celle la plus détestée.
Thierry Simoncello

Thierry Simoncello

Amateur d'art et de sport à temps plein. Professeur de littérature à ses heures perdues.