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Vivant à Sète, Marc Duran est une vocation tardive de la peinture puisqu’il n’a commencé à créer que depuis 2012.

Et comme beaucoup d’artistes de son époque et en particulier comme son ami Robert Combas, il a trouvé son inspiration dans les arts anciens.

Le plus surprenant c’est que son art semble également s’affranchir des limites de l’espace puisqu’il est possible d’établir certains parallèles entre sa peinture et les cultures les plus éloignées géographiquement.

Ce faisant, le miracle de l’art n’est-il pas justement de permettre de rejoindre les imaginaires les plus improbables?

D’ailleurs bientôt les amateurs d’art pourront le vérifier d’eux-mêmes à la galerie DZ de Metz où l’artiste sétois doit exposer ses toiles.

En effet dans cette galerie spécialisée en art océanien et en art aborigène, les oeuvres de ce peintre vont côtoyer celles issues des régions situées aux antipodes, à savoir le Pacifique.
Cette exposition va donc être un lieu de révélation.

Elle va mettre en lumière des rapports intimes et profonds entre des mondes différents et pourtant très similaires, comme si le travail de Marc Duran va pouvoir en quelque sorte être analysé à travers le prisme de l’art océanien.

Le « baptême » poétique de l’univers surréaliste

A l’image des peintres surréalistes, qui furent les premiers séduits par l’art océanien plus propice, selon eux, au rêve que l’art africain, Marc Duran semble être lui aussi attiré par les mondes étranges et imaginaires.

A ce titre sa peinture ressort nettement du programme surréaliste.

Ses compositions mélangent allègrement des personnages avec des têtes et des visages, le tout dans un décor paysager féérique comme si son oeuvre naissait sans projet préconçu, comme résultant d’une écriture « automatique » ?

Par ailleurs le caractère énigmatique des déformations, le mélange du conscient et d’inconscient conduisent inévitablement à ce « baptême » poétique du monde surréel dont parlait André Breton.

A cela il faut ajouter un chromatisme richement surchargé, car le peintre s’affirme comme un excellent coloriste.

On note aussi un merveilleux équilibre.

Malgré les explosions chromatiques et formelles de sa peinture, l’artiste maîtrise parfaitement son pinceau, veillant à ne jamais entraîner une destruction totale de formes.

Bien au contraire, il a toujours le souci de maintenir une certaine harmonie entre abstraction et figuration.

On est très proche du mouvement Cobra mais aussi de manière étrange de la pratique des Océaniens qui ont toujours eu tendance à limiter les représentations humaines aux visages ou aux yeux (les Iles Marquises notamment).

Pour ces populations îliennes en effet, ce qui importe avant tout c’est la parure.

Le goût pour la parure et l’ornement

C’est pourquoi on peut envisager des similitudes avec l’art des Polynésiens, puisque Marc Duran pratique et célèbre lui aussi avec beaucoup de virtuosité l’art de l’ornement et de la parure.

A l’image des ces peuples qui vouent une véritable passion pour l’aspect extérieur: « des perruques en cheveux humains jusqu’aux brassards en coquillages, des pendentifs en défenses de cochon aux spectaculaires colliers taillés dans des défenses de cachalot… » (Bérénice Geoffroy-Schneiter dans Arts Premiers, Afrique, Océanie, Insuline, Ed. Assouline, 2006, p.276)

Ainsi de manière très comparable, dans le tableau de Marc Duran, les milliers de coquillages qui ornent les pendentifs vont être en réalité ces milliers de points blancs qu’il nomme ses « apoints » .

D’ailleurs comme pour la confection d’une parure, il compare son travail à de la broderie.

Effectivement ses points blancs ainsi que les cercles inondent la toile pour aboutir à une décoration très élaborée.

Il parvient – le tout harmonieusement – à ne laisser aucun vide.

C’est pourquoi on peut trouver des parallèles évidents avec l’art de la décoration chez les Maoris de la Nouvelle-Zélande ou chez les Marquisiens.

« Qui, mieux que Paul Gauguin dans Avant et après, a su décrire cet art si complexe et si raffiné des îles Marquises, pourtant considérés à son époque comme l’un des derniers bastions du cannibalisme… » (Bérénice Geoffroy-Schneiter, op.cit., p.277)

A la manière de ces habitants qui ont su séduire Gauguin par leur art complexe et raffiné, Marc Duran peut lui aussi prétendre illustrer par son oeuvre ce « luxe barbare » dont parlait le grand peintre postimpressionniste.

Par cette formulation, en effet, le « Beau » peut également exprimer le « Terrifiant ». Les populations des Iles Marquises utilisaient souvent des cheveux mais aussi des os humains.

Vision terrifiante que l’on peut également observer dans certaines toiles de Marc Duran lorsque la beauté côtoie la réalité la plus crue. On pense notamment au spectacle des visages déformés voire complètement déstructurés que l’on découvre dans beaucoup de ses toiles .

Une esthétique qui dérange comme celle véhiculée par les populations océaniennes!

Mais au demeurant toujours une beauté intime et secrète, car la peinture joue un rôle d’exutoire pour l’artiste:

«  Elle m’évade. Peindre me régule, c’est presque de l’art thérapie. Je peins parfois frénétiquement, corps et âme », explique-t-il.

L’art du tatouage

Parmi les autres singularités de l’univers artistique de la Polynésie (de Samao à Tahiti , d’Hawaii à l’île de Pâques), c’est le mot « tatu » qui signifie « tatouage ». L’ensemble des créations maories est imprégné de cette pratique.

Rien ne résiste, en effet, au délire de la ligne et de la spirale:

« un même répertoire (envahit) aussi bien les joues scarifiées des visages de chefs, l’architecture des greniers à grain et des maisons communes, les proues des immense pirogues de guerre comme les instruments de musique, les boites à plumes ou autres objets de la vie quotidienne. » (Bérénice Geoffroy-Schneiter, op.cit., pp. 302-303)

Pareillement on retrouve cette même fièvre pour la ligne et la spirale, la courbe et la contre-courbe dans les toiles de l’artiste Marc Duran.

Et comme pour les populations maories, il existe chez cet artiste cette même « horreur du vide » avec ce remplissage intégral de la toile avec toutes sortes de formes enlacées.

Chez le peuple maori, c’est le rappel constant du sacré avec une cosmogonie foisonnante, grouillante et inquiétante.

Pour Marc Duran, c’est un travail dans lequel il se livre tout entier, comme une psychothérapie car « ce que j’écris sur les toiles est très confidentiel… » dit-il .

Finalement les deux dimensions du «tatouage » évoquées ci-dessus se rejoignent, l’une en faisant appel aux souvenirs des dieux ou d’un ancêtre défunt pour le peuple maori et l’autre aux souvenirs de l’être intérieur pour Marc Duran.

Les deux démarches nous invitent en fait dans les profondeurs de l’intime, de l’invisible et du dépassement de soi.

Tout cela démontre à l’évidence que la peinture comme toute forme d’art s’impose comme une aventure, elle est plus que décorative, plus qu’une peinture gestuelle ou une écriture ornementale.

Par delà des cultures différentes et éloignées, l’art demeure un formidable outil de communication entre tous les hommes.

Avec l’art, le regard traverse le donné pour y lire une autre réalité, celle du sens et de la vérité.

Déjà en 1912, l’idée centrale développée par Kandinsky et Franz Marc dans l’almanach Der Blaue Reiter était que les cultures et les formes d’art se rejoignent dans une même quête d’absolu, par delà le temps et l’espace.

On comprend mieux dés lors pourquoi Marc Duran indique avoir totalement changé de vie grâce à la peinture. Au delà d’une réussite matérielle, cette « bonne étoile » ,comme il l’appelle, exprime en réalité une certaine forme d’accomplissement .

Il a compris que la vraie patrie de l’artiste est ailleurs.

A l’exemple de Paul Gauguin qui à Papeete a peint ses tableaux les plus libres.

Christian Schmitt
www.espacetrevisse.com

 

VERNISSAGE LE MERCREDI 20 DECEMBRE 2017
A PARTIR DE 19H00
DZ Galerie 49, Place de Chambre 57000 METZ
www.dz-galerie.com

EXPOSITION DU 21/12/2017 au 20/01/2018

Horaires Metz: du mardi au samedi – 10h30 /13h – 14h30/19h et sur RDV
adresse mail: dzgaleriemetz@gmail.com

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Christian Schmitt

Critique d'art. Auteur de "l'univers de J.L. Trévisse, artiste peintre" (ed. Lelivredart 2008) et de trois autres ouvrages sur les vitraux réalisés par des artistes contemporains aux ed. des Paraiges: Jean Cocteau (2012), Jacques Villon (2014) et Roger Bissière (2016). A retrouver sur : http://www.espacetrevisse.com