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Depuis maintenant sept ans, l’émission de France 5 animée par Thomas Hugues décrypte le monde des médias. Avec brio.

Il est des émissions pour lesquelles on se dit que, finalement, il est bon de payer une redevance audiovisuelle. Il est des émissions qui savent analyser un thème en profondeur sans toutefois endormir le téléspectateur. Il est enfin des émissions qui prennent le temps d’approfondir un sujet avec du recul. Médias le mag en fait incontestablement partie.

Le paysage médiatique est saturé de programmes soit racoleurs, soit prétendument intellectuels mais orientés de façon à créer uniquement un buzz stérile en opposant les extrêmes contraires. Et au niveau des émissions d’analyses médias, même si l’on peut saluer le travail d’un Jean-Marc Morandini sur Europe 1 (et oui), force est de constater qu’avec Touche pas à mon poste sur D8 ou Le Tube de Canal +,  le niveau d’exigence intellectuelle est moindre.

Médias le mag a le mérite de diffuser autre chose que le sempiternel portrait de Jean-Jacques Bourdin, « L’homme libre qui se lève tôt » ou un énième reportage sur les dérives de la téléréalité.

En dépit de son incontestable talent, Cyril Hanouna ne propose pas une émission axée uniquement sur la vie médiatique (il est essentiellement question de télévision, or le champ est beaucoup plus large), tandis qu’Ophélie Meunier a, depuis la rentrée, toutes les peines du monde à paraître crédible seule face à la caméra. De plus, Médias le mag a le mérite de diffuser autre chose que le sempiternel portrait de Jean-Jacques Bourdin, « L’homme libre qui se lève tôt » ou un énième reportage sur les dérives de la téléréalité.

Médias le mag, la science du recul

Depuis le début de la saison 2015, il est remarquable de constater la variété des thèmes abordés au cours de l’émission. De la stratégie de communication d’Arnaud Montebourg en passant par un débat sur ces empires médiatiques qui menacent l’indépendance des journalistes, ou en s’interrogeant sur le féminisme et la vente de magazines, tout, ou presque, y passe. Et nous pouvons compter sur le toujours impeccable Thomas Hugues pour être accrocheur sans être racoleur, intelligent sans devenir ennuyeux. La quête du clash ou du scoop n’est pas l’objectif premier de l’émission, et c’est salutaire tant cette recherche effrénée du passage qui cartonnerait sur Youtube semble être l’alpha et l’omega de la vie télévisuelle.

La multiplication des canaux, via les réseaux sociaux, change en effet l’information. La diffuse, la déforme, l’amplifie, au détriment du citoyen ultraconnecté qui cherche à tout savoir et qui au final n’apprend plus rien.

Le débat entre Laurent Guimier et Dominique Wolton du 4 octobre dernier (« Accélération de l’info, les journalistes peuvent-ils reprendre la main ? ») est à cet égard le meilleur exemple de prise de recul sur ce qu’est aujourd’hui devenu le monde de l’information et révèle, en creux, ce que Médias le mag apporte comme éclairage au débat. La multiplication des canaux, via les réseaux sociaux, change en effet l’information. La diffuse, la déforme, l’amplifie, au détriment du citoyen ultraconnecté qui cherche à tout savoir et qui au final n’apprend plus rien.

Au milieu des pushs, des notifications et des breaking news, une telle émission fait du bien. Aux yeux, aux oreilles, au cerveau. Parce qu’elle sait apporter une expertise distanciée d’un monde médiatique transfiguré par le numérique et qu’elle invite à réfléchir sur que réagir sur. Un luxe.

Alice Antheaume, l’@tout numéro 1

Médias le mag ne se cantonne pas qu’à la télévision, aux audiences et aux derniers scoops, mais également au monde du digital. Et c’est avec la chronique numérique d’Alice Antheaume que l’émission élargit le spectre et prend de la hauteur avec charme, intelligence et élégance. Également directrice adjointe de l’Ecole de journaliste de Sciences Po, elle parvient à délivrer chaque dimanche une expertise claire, variée et complète sur les nouveautés du secteur en triant à chaque fois le bon grain de l’ivraie 2.0.

Sans adopter un ton professoral, Alice Antheaume décrypte cette actualité avec sagacité. C’est la valeur ajoutée du programme tant sur le plan télévisuel (elle crève l’écran, comme on dit), que sur le plan du contenu éditorial : c’est la vitrine digitale de la télévision, qui aborde bien trop peu ce nouvel el dorado hormis pour appeler maladroitement à suivre un hashtag.

Longue vie donc à cette respiration cathodique dominicale, qui fait honneur au service public. L’animateur, les chroniqueurs, les reportages, les chroniques, les sujets abordés : tout fait sens et finalement nous invite à nous poser la même question à l’issue de chaque numéro : Comment vivons-nous avec les médias ?

 Julien de Rubempré

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.