Tout commence par un décollage à Roissy le lendemain du jour de l’An. La résolution de l’année est prise. Le hasthag est respecté #Barrezvous. Fini le hollandisme, la récession, et l’inversion à la baisse de la hausse de la courbe du chômage, fini les pluies diluviennes au moindre déplacement présidentiel, fini les lunettes mouillées sur les Champs-Epuisées. L’hebdo Le Point titre « Ces français qui partent pour réussir ». De bon augure.

Aucun éclair ne vient troubler le gai décollage de notre avion, un Boeing d’Air France quasi plein. 184 kilos en soute pour 40 en cabine… 2 menus adultes et 2 menus enfants. C’est avec Sam Sam au programme que mes filles me permettront de suivre plus ou moins tranquillement Ben Affleck et Justin Timberlake dans Runners runners dont je ne me souviens de rien aujourd’hui… puis Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal qui vont courir après deux fillettes disparues dans Prisoners à coup filature et de torture… Baillement de mon côté, étirement, extraction de l’avion puis du terminal après l’incontournable contrôle sanitaire, l’interminable attente des bagages et l’indéfinissable scanner des valises. Arrivée Abidjan. République de Côte d’Ivoire. Aéroport Houphouet Félix Boigny. Deux taxis, après trois tentatives d’extorsion, nous amènent sur le coup des 23h30 dans une contre allée d’une contre allée non bitumée du quartier des 2 Plateaux. Les 224 kilos de bagages sont montés tant bien quel mal sur trois étages sans ascenseur. L’hôtel résidence La Grâce n’a pour charme que son étincelant carrelage.

Trois jours durant, je m’enquiers de l’arrivée de ma voiture et de mon conteneur. 12 ans de vie commune, ça pèse 30 mètres cube. Tout est en cours j’apprends. Mais tout n’arrivera pas ensemble, je comprends. Nous prenons la décision de quitter l’hôtel au bout de 4 nuitées pour nous installer dans notre spacieuse villa 176 de la résidence Arcades 2, arrondissement d’Angré de la commune de Cocody dans la ville d’Abidjan. Pas la peine de m’envoyer du courrier à cette adresse, le système ne fonctionne qu’aux boites postales. Ce sera donc 08 BP 3357 Abidjan pour vous lire. 3 matelas, 4 chaises et 1 table en plastique, 2 ventilateurs, nous voilà aptes à la vie de Robinson entre nos 4 murs.

La vie sauvage commence. L’école des enfants se situe à 15 minutes en voiture. Seulement pour arriver à 7h45 le matin, il faut affronter les terribles et célèbres embouteillages d’Abidjan. Je soupçonne d’ailleurs la radio RFI d’avoir des actions dans le réseau routier ivoirien et de faire du lobbying pour ne rien améliorer afin de favoriser l’écoute de ses ondes. Le réveil est ainsi fixé à 6h15 le 1er jour, 6h10 le 2ème, 6h05 le 3ème… pour un départ progressivement avancé sur les coups de 7h00. A cette allure, je serai bientôt apte pour mon travail en horaires décalés. Je découvre le métier de chauffeur au volant de la Honda de mon beau-père en parcourant les mêmes routes deux fois le matin, deux fois l’après-midi.

Mes filles se tiennent à carreaux dans leur uniforme bleu et blanc et parient chaque jour sur le nombre de contrôle de police que je subirai. 4 le même jour, c’est un record personnel. Un autre jour, un contrôle a duré 20 minutes en plein soleil au prétexte que mon permis de conduire international ne serait pas valable sans passeport. Cela m’a ainsi permis de vérifier que le numéro vert 100 à utiliser en cas de racket fonctionne très bien. Quelques nouvelles de mes affaires : certaines ont voyagé dans un camion. C’est ainsi qu’on me livre la moitié de mon canapé en cuir, ma table basse en verre dont un côté me fend le cœur quand je la déballe, mon vieux clic-clac (ou B-Z selon les us), 5 chaises de bureaux, la bibliothèque de mon grand-père mais sans ses étagères, un buffet non côté chez Drouot, mon nouveau matelas king size, et mon ancien mini-size. De quoi améliorer le confort à même le sol. Enfin au lieu de se délecter à l’idée de mettre du beurre au frais, c’est la télévision qui a été choisie arbitrairement pour nous tenir compagnie dans le vide du grand salon. Au moins le clic-clac a retrouvé l’usage qu’il avait il y a 12 ans de cela.

L’abonnement à Canal + me console à l’idée que je pourrai suivre le prochain match du PSG. Mes enfants cherchent désespérément Gulli. Il faudra s’habituer à Télétoon et Tiji. J’en profite pour demander publiquement l’ajout de Gulli dans le bouquet de base de Canal Sat Afrique (et par la même occasion je sollicite BeIn Sports pour se manifester sur le continent africain). Parenthèse faite, je sors de mes gonds quand j’apprends que ma voiture est toujours en France. J’ai beau chercher à comprendre pourquoi, je perds tout mon crédit téléphonique mais surtout mon crédit auprès de mon épouse qui m’avait bien prévenu que le déménageur transitaire était un escroc. Pauvre de moi, le solde du déménagement est attendu sous 10 jours et la voiture annoncée pour début février. J’encre mes larmes de seiche, je me désespère devant un Ajaccio-PSG poussif et je m’attaque à l’abonnement ADSL, source de vie et de business. Ah Orange Côte d’Ivoire ! Si vous n’étiez pas un potentiel gros client, que n’aurais-je pas écrit sur les réseaux sociaux (à moins de ne pas avoir de connexion Internet).

Mais comme vous êtes le Tout Puissant réseau numérique du pays, je ne peux que vous remercier de mettre à ma disposition une Livebox au débit de 10 mégas pour la modique somme de 120 euros par mois. J’aurais appris pendant toute cette période d’installation que votre service clients est joignable de7h à 20h et que le 0707 touche 1 pour les clients mobiles marche mieux que le 0707 touche 2 pour les clients ADSL. Quand la touche 2 fonctionne, si l’on dit à Orange que la lumière orange qui clignote est un bon signe, Orange vous répond que non, orange ce n’est pas normal, cela doit être vert. Je leur demande pourquoi il ne s’appelle pas Vert. Suite au long blanc qui s’en est suivi, ma réclamation est enregistrée. J’aurai également appris qu’une clé 3G doit attendre l’authentification de son client, puis l’activation de sa puce, puis l’installation de son logiciel pour terminer par une lumière orange, bien loin du vert tant attendu. L’ADSL est finalement opérationnelle 48h plus tard. 6 jours après, coup de fil d’Orange Côte d’Ivoire pour connaître la nature de mon souci technique du 14 janvier. 8 jours plus tard, coup de fil d’Orange Côte d’Ivoire pour connaître mon degré de satisfaction concernant l’installation de ma ligne ADSL. C’est avec enthousiasme que je peux enfin passer à l’étape suivante : créer une SARL en Côte d’Ivoire. Mais ça, ça vaut bien un autre chapitre. 

 Fabrice Piofret 

Fabrice Piofret

Fabrice Piofret

Il paraît que ma photo traîne dans la chambre de Julien de Rubempré... 34 ans.