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Retour sur l’interview absolument lunaire de Michel Onfray dans l’émission On n’est pas couché de ce 11 février. Pendant une heure, le philosophe anti-système (qui passe son temps à la télévision) a nié plusieurs évidences historiques pour, comme à son habitude, étayer ses thèses farfelues. Si Onfray dénonce la décadence, conseillons-lui d’aller jusqu’au bout de sa démarche et de s’inclure dans sa vindicte. 

C’est entendu : Onfray a tout vu, tout lu, tout pensé. Avant tout le monde. A son tour, notre cher penseur de province (qui demeure pourtant si Parisien pour ses diverses promotions), vient nous annoncer la décadence en faisant mine, comme à son habitude, d’avoir trouvé une vérité ignorée de tous. C’est là le génie purement commercial d’Onfray : extraire une thèse d’un programme de philosophie de terminales pour en faire un gros livre à vendre dans les médias. Bien toujours interrogé par des journalistes peu au fait de la philosophie, Onfray peut faire la leçon sans jamais être contredit. Et pourtant ! Sa nouvelle trouvaille de « Décadence » n’est rien de mieux qu’une reprise de la grande thèse de Nietzsche, qui voyait en Platon puis dans le christianisme deux métaphysiques visant à rendre esclave : de la raison (Platon) et du mépris du corps et des sensations (le christianisme, donc). Seulement Nietzsche est un grand philosophe doublé d’un savant méticuleux, jamais il n’a remis en cause l’existence de Jésus.

« Par bien des aspects, Onfray devient le Donald Trump de la philosophie ». 

Par la banalité de ses thèses déclamées sur les plateaux télévisés, Onfray constitue donc un symptôme de décadence, pour reprendre le vocabulaire de Nietzsche. Il fait partie intégrante d’une industrie de la culture. Onfray est un bandeau marketing. Onfray proclame des absurdités dans une émission pourtant phare face à des contradicteurs qui ne sont pas en mesure de lui répondre. Même si n’importe quel professeur d’histoire ou même de philosophie pourrait renvoyer notre révolutionnaire de province dans ses buts très aisément, il peut à l’envi dégoiser ses approximations, ses contradictions, ses mensonges tant que cela provoque du bruit. Par bien des aspects, Onfray devient le Donald Trump de la philosophie.

Notre anticapitaliste pourtant rompu à l’exercice promotionnel a donc une nouvelle trouvaille : « Jésus n’a pas existé ». Et tant pis si cette thèse rejoint celle de bien des hurluberlus qui prolifèrent dans certains milieux – pour le moins – conspirationnistes. Avec un certain aplomb, Onfray invoque le manque de sources (un moine aurait falsifié les écrits de Suétone et de … Flavius Joseph !) : alors, cher Michel, ce Socrate que vous invoquez sans cesse comme un primo-bachelier, peut-on remettre son existence en cause ? Et Homère, Shakespeare, Molière ? Bien des faussaires ont tenté, beaucoup ont échoué face au sérieux de la recherche universitaire. Même lorsqu’Onfray déclare que le christianisme a « inventé la marque infamante » pour les Juifs, il se trompe. Il suffit de lire le Saint Louis de Le Goff pour le savoir. Michel, vous êtes un grand lecteur et nous ne doutons pas de votre honnêteté, alors nous vous conseillons ce livre pour paraître un peu plus sérieux.

Pardonnons Onfray !

« Le christianisme est une religion d’historiens », disait Marc Bloch. Les chrétiens aiment bien être sûrs (comprendre qu’ils suivront encore moins Onfray) et c’est pourquoi seulement quatre évangiles ont été retenu : il ne s’agit pas d’un grand complot visant à vouloir imposer un culte, mais bien de conserver les textes fiables, les plus rapprochés dans le temps de l’existence de Jésus, parce que ces évangiles sont à proprement parler des témoignages. Les autres, dits apocryphes, ont été rédigés bien des siècles après : s’ils conservent un certain intérêt, ils ne sont pas fiables pour le chercheur comme pour le croyant. Onfray ira-t-il jusqu’à affirmer que saint Pierre n’a pas existé non plus ? Témoin trop gênant ? Visiblement, ces apocryphes comportent un intérêt pour les philosophes en mal de scandale médiatique.

« Le grand rabbin de Rome ne s’est-il pas converti au christianisme en 1945 ? »

Bien des livres sérieux, bien des chercheurs, bien des professeurs (même athées !) montrent l’existence du Christ. Les travaux scientifiques les plus récents concernant le Saint Suaire feraient certainement venir des larmes de honte au professeur Tournesol-Onfray … Mais nous lui pardonnons, comme nous lui pardonnons aussi son rapprochement pour le moins fallacieux entre Jésus et … Hitler. Onfray oublie un peu rapidement que Jésus était juif (et un juif très pieux), à l’image de Marie et de Joseph. De surcroît, il a été crucifié selon la loi romaine : il est acquis que la notion de « peuple déicide » ne tient pas debout un seul instant. Enfin, avec la verve (et l’inculture historique, hélas) d’un étudiant rouge de Nanterre, Onfray ne peut s’empêcher de se vautrer dans l’ornière du Vatican-collabo. Encore une fois, les témoignages, les faits, les récits. Tout contredit ses dires pseudo-révoltés : le grand rabbin de Rome ne s’est-il pas converti au christianisme en 1945 ? Il suffit de prendre le temps de lire le cardinal Lustiger à ce sujet pour essayer d’être honnête.

Navrant. Ce sera donc le mot qui résumera cet entretien lors duquel, hélas, personne n’a su le contredire. Moix a même été dans son sens, « C’est acquis » s’est-il contenté de corroborer au sujet de l’inexistence du Christ. Nous le redisons : Onfray est bien un symptôme de décadence. Soit il est ignorant, soit il dupe son monde : dans les deux cas, c’est grave. Personne n’avait su lui répondre correctement concernant Camus, Don Quichotte ou même Freud : la grande mascarade continue et profitant de l’inculture médiatique, Onfray nage de chaîne en chaîne pour lutter contre un système au final bien accommodant.

Donald Trump : Michel trompe.

Liens 

Redécouvrir Jésus avec Jean-Christian Petitfils

Le Vatican face aux totalitarismes : émission de StoriaVoce 

Michel Onfray : un Don Quichotte aux frontières du réel

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.