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Le nuage de pollution sur Paris inquiète, et à raison. Mais les solutions proposées par la mairie de Paris signifient davantage une guerre non-avouée contre le prolétariat qu’une lutte contre la concentration de particules fines.

L’homme moderne des années 2000 se résume dans sa capacité d’étonnement face au réel. Marées noires, crash aérien, terrorisme, canicule : il écarquille à chaque fois ses mêmes yeux béats face aux phénomènes naturels inéluctables qui surgissent dans un monde qu’il avait pourtant disneylandisé et vidé de toutes les négativités possibles. A l’inverse du paradigme romantique selon lequel le poète cherchait son Moi dans une nature immuable qui lui survivra, l’homo modernus, défait de son histoire comme de son passé, cherche à conformer l’universel extérieur à sa positivité.

Les machines en guerre contre les moteurs

Ainsi, depuis l’arrivée précoce du printemps, s’est-il trouvé une nouvelle obsession : la pollution dans les grands centres urbains. Bien entendu, il n’a lu ni Zola et ses descriptions des usines ni les poésies d’Emile Verhaeren sur les industries belges, et par conséquent il ignore tout de ce qu’était une ville avant, de ses tumultes, de sa saleté et de son bouillonnement. Non, son problème, c’est le réel et les conséquences logiques d’une société de consommation qu’il faut faire rentrer par tous les moyens dans l’ère du tout-positif. 

Pour préserver les bronches des quelques irrités qui ne peuvent déguster leur Frappucino tranquillement, la mairie de Paris a donc décidé d’offrir gracieusement ses Vélib en accès libre pour faire baisser le taux de pollution.

Certes, le lipdub des jeunes EELV contre le trou de la couche d’ozone se fait attendre, mais l’initiative de Bertrand Delanoë n’est pas sans mérite. Seulement, ces agents de santé publique nouvelle génération oublient que la plupart des utilisateurs de voitures viennent de banlieue pour venir travailler. Parfois, ils n’empruntent que le périphérique pour rejoindre une autre zone éloignée de Paris. Quelle est la solution ? Laisser sa voiture près d’une borne Vélib une fois arrivé dans la capitale ? Cette chasse aux banlieusards qui ne dit pas son nom est une nouvelle résurgence de cette lutte silencieuse et pernicieuse contre ceux qui n’ont que faire de Paris-Plage. Si ce prolétariat emprunte sa voiture, c’est qu’il n’a pas les moyens d’habiter à Paris ou que sa ville n’est pas desservie par les transports, et que la longue distance empêche ce dernier de se lancer dans une rando-rollers.

Anne Hidalgo vous fera aimer l’an 2000

Selon toute probabilité, Anne Hidalgo succédera à Bertrand Delanoë à la mairie de Paris. NKM, malgré ses efforts pour apparaître plus « moderne » et « cool », ne peut lutter contre cette élection jouée d’avance, tant Hidalgo n’est que le rejeton de vingt ans de Jack-Languisme. Après Paris-Plage, le Vélib et bientôt Scootlib. Dans vingt ans, l’accès à la Ville Lumière sera certainement soumise à une entrée payante pour profiter de toutes ses attractions.

Mais le réel demeure. Il est persistant. Les loyers sont chers, l’atmosphère est polluée, et Paris ne fait plus que pâlir. La starbuckisation avancée de ses quartiers n’est finalement plus qu’un chant du cygne pour cette ville contrainte à la marche forcée vers le Progrès, dépossédée de ses travailleurs comme de ses étudiants venus de trop loin et qui salissent l’appareil respiratoire des autochtones. 

Nous attendons donc avec une grande impatience de savoir si cette nouvelle entreprise de salubrité publique chassera ce vilain nuage de pollution provoqué par ces affreux salariés de banlieue qui écoutent Jean-Jacques Bourdin dans les bouchons, mais attendons et savourons avec une certaine distance ironique les prochaines initiatives de nos bobocrates.

Julien de Rubempré

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.