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 Est-il possible de se désengager d’une conscience politique sous quelque forme que ce soit ?

Bien qu’il soit difficile, voire impossible de ne pas avoir d’opinion sur les différents évènements récents qui alimentent les journaux, il convient cependant, au prix d’un acte mûrement réfléchi, d’évoluer, d’effectuer une mutation idéologique : à la posture du citoyen classique glissant son bulletin de vote dans l’urne, se crée celle du citoyen penseur qui se défait de toute forme d’appartenance à une ligne politique et de tout scrutin, tant les hommes politiques de tous bords sont victimes de leur époque, celle de l’uniformisation et de la médiatisation.

 Il n’est pas rare de lire certains journalistes politiques se lamenter de la diminution de la frontière idéologique et politique des courants socialistes et libéraux.
Les deux pôles distincts du paysage politique ne sont plus que des noms collés sur des affiches de propagande destinés au citoyen, afin qu’il puisse se définir comme citoyen ancré à gauche, à droite, voire aux deux extrêmes.

Kärcher de droite VS. Kärcher de gauche

Les événements récents en Syrie ainsi que l’intervention promise par François Hollande est symptomatique de l’érosion des frontières idéologiques de notre pays. Le gouvernement s’engage à suivre les Etats-Unis dans une guerre qu’elle considère comme étant morale, au nom de l’atlantisme qui unit ces deux pays, c’est à dire l’alliance politique et militaire avec l’Amérique du Nord. Ce même atlantisme fustigé sous l’ère Sarkozy,  à qui l’on reprochait de participer aux « braquages » du gouvernement Obama, attendant patiemment dans la voiture, les clés sur le contact.

De même, les couvertures de journaux et de magasines ont fleuri cet été mettant en scène le ministre de l’intérieur Manuel Valls. Certains médias ancrés à gauche lui reprochent alors d’effectuer une politique punitive, alliant reconduite à la frontière des immigrés sans-papiers, et démantèlement des camps de Roms. Ce même Manuel Valls qui reproduit alors les méthodes de l’ancien président de la république Nicolas Sarkozy, qui consiste en de nombreux effets d’annonces et une rhétorique proche du «Kärcher », et une apathie considérée par d’autres comme étant confondantes dans les faits. Beaucoup de bruit pour par grand chose.

Le feu d’artifices intellectuels

Cependant, la standardisation et l’unification de la pensée ne sont pas l’apanage du gouvernement actuel. Ainsi, dans la lutte à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet flirte ostensiblement avec les idées proches de la socialiste Anne Hidalgo, non par volonté idéologique, mais par soucis d’attirer vers elle le fameux électorat « bobo ». La candidate estampillée UMP développe alors à qui veut l’entendre des idées progressistes saupoudrées de féminisme et de jeunisme.

Jean François Copé demande quant à lui de descendre dans les rues exprimer « notre colère » face au mariage pour tous, mariage dont il se dit lui-même favorable dans les entretiens privés.

La démarche intellectuelle du président UMP est alors aussi artificielle que celle d’NKM. Elles ne répondent à aucune démarche pensée, réfléchie, simplement à des diktats électoraux, l’intérêt ne réside pas dans leur vérité, mais dans l’aval du peuple.

Enfin, les attaques dont fait preuve l’actuelle Garde des Sceaux et ministre de la Justice Christiane Taubira nous ramènent 3 ans plus tôt. L’époque où Rachida Dati gérait d’une main de fer dans un gant de Prada le portefeuille ministériel, laissant derrière elle la loi sur la réduction de la peine plancher pour les délits mineurs. Cette même loi remise au goût du jour et tant fustigée par les opposants de droite.

Le Pen et Melenchon : Les Zola du XXIeme siècle

La signature du traité de Maastricht en 1992 ainsi que la ratification du traité de Lisbonne par Nicolas Sarkozy lors de son quinquennat mettent en exergue le non respect du vote populaire ainsi que son rejet d’une certaines idée de l’Europe, et d’une alliance franco-allemande,. Cette même alliance qui était autrefois montrée du doigt par la gauche alors dans l’opposition, qui est, aujourd’hui, entérinée sous l’ère François Hollande.

Ce non respect des élites face au peuple est un terreau fertile aux partis extrêmes, qui reprennent alors les citoyens laissés sur le bas coté de la route, afin de parler en leur nom.

Cependant là où le bât blesse, c’est qu’ils ne sont que des opposants de pacotille, des troubles fête de misère jouant avec les peurs des Français. A celles de l’immigration et l’omnipotence de l’Europe du Front National s’opposent, en parti, celles de la mondialisation, du spectre fasciste, et la haine des médias du Parti de Gauche.

Or, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ne sont que des vulgaires drapeaux agités sous les tentes des meetings de province, ou se côtoient des militants  écoeurés du paysage politique actuel  qui applaudissent au moindre effet d’annonce, la victoire du « tous les mêmes ». Car les effets d’annonce sont leur fond de commerce, des propositions de loi illégitimes, voire incongrues, qui ont pignon sur ruelle. Ces effets d’annonce sont alors semblables à des effets de réel chez les écrivains réalistes et naturalistes du XIXème siècle, ils ont la saveur du réel, la couleur du réel, mais ne restent que de la fiction. Ces deux prétendus catalyseurs de l’opinion, ne sont que des miroirs sans tain d’une société qu’ils prétendent défendre.

La médiatisation, symptôme de la bêtise politique

L’image d‘Epinal de l’homme politique gouvernant son pays dans l’ombre des médias et du peuple est révolu. A la figure statutaire d’un grand dirigeant s’oppose aujourd’hui celle d’un personnage politique fantasque, acceptant de converser avec Antoine de Caunes,  Aymeric Caron ou encore Alexandra Sublet, dignes successeurs des intellectuels du siècle dernier. Il est alors difficile pour le citoyen lambda de les considérer d’une quelconque manière que ce soit. La realpolitik jouant sur la médiatisation a de nombreux effets néfastes sur ceux qui aiment à placer nos dirigeants sur un piédestal. La pipolisation de nos élites n’en font plus une élite, mais une simple chroniqueuse de D8, telle Roselyne Bachelot essayant une combinaison en latex devant le regard jovial et complice d’Audrey Pulvar, elle même ancienne véritable journaliste politique.

La posture de Maurice Merleau-Ponty

Il serait aisé de se réjouir de la chute des barrières idéologiques, elles résulteraient alors d’une ouverture prônée naguère et ainsi de tordre le coup aux clichés qui consistent à enfermer un personnage politique dans un fonctionnement de pensée. Ne pas s’y tromper, elles ne sont que le résultat d’un appauvrissement de la matière grise des gouvernants politiques, une simplification des enjeux, tel un combat du bien contre le mal, et d’une uniformisation de la pensée.

L’uniformisation de la pensée signifie sa perte mais aussi la perte des citoyens, privilégiant alors le fameux adage du « tous pourris », par facilité, et par manque de références. Cependant une autre voie est possible. Elle consiste à nier les pouvoirs en place, à se désintéresser du marasme intellectuel de nos élites, à dessiner un sexe sur le prochain bulletin de vote, et à s’élever au dessus de ces querelles, tel un penseur désengagé.

Dès lors, le travail intellectuel s’apparente à la pensée du défunt philosophe Maurice Merleau-Ponty. Le penseur de la seconde moitié du XXème siècle ne considérait pas la figure intellectuelle comme un acteur engagé permanent à l’instar de Jean-Paul Sartre mais à l’inverse, par un truchement qu’il définissait lui comme « ambigu ». Le philosophe est « dans le monde », il intervient et le perturbe, cependant autrement que par des actions politiques directes, tel un penseur du haut de sa tour d’ivoire, mais par une pensée élaborée, affinée au cours du temps. Il convient alors d’appartenir au monde, œuvrer pour lui, mais tel un penseur « boiteux »,  ne pas s’engager publiquement sur un certain nombre de sujets, et exiger un certain recul pour conduire des analyses de fond.

Il est important de prendre de la hauteur, ne pas renier l’engagement qu’est le vote et l’acte citoyen qu’il symbolise, cependant, refuser le climat actuel, ce n’est pas prendre de la distance par rapport à ce qui nous entoure, simplement, réfléchir, en rire, en écrire un article.

Andrés Rib

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Andrés Rib

Ancien de la Sorbonne. Professeur de Lettres. Aime le Balto, et la Philo.