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Dans  cet article à lire ici :  Roger-Petit soutient Pastore , Bruno Roger-Petit déplore les sifflets provenant de tribunes latérales « embourgeoisées » à l’encontre de Javier Pastore, lors du match PSG-Guingamp .  Il constate à travers le joueur du PSG une scission du Parc des Princes, car celui-ci est toujours soutenu par les tribunes virages ( traditionnellement plus populaires). Peut-on prolonger les propos de l’ancien journaliste de France Télévisions ? Quels bourgeois peuplent les tribunes latérales du Parc des Princes ?

Ces bourgeois n’en sont pas. L’authentique bourgeois ne siffle pas vulgairement deux doigts à la bouche, il boude timidement. Non, nous sommes d’accord Bruno Roger-Petit, voilà des arrivistes, des incultes du sport. Ces français moyens, cadres de supermarché, commerciaux en chaussettes Tacchini, viennent siffler Pastore comme ils achètent des packs de bière.

Face à eux, deux extrêmes se rejoignent : « bourgeois » connaisseurs d’une part (bourgeois au sens noble du terme s’il en est),  supporters populaires d’autre part, historiques et fervents. Tous soutiennent un joueur talentueux, parfois en difficulté, parfois indolent, mais souvent décisif.

Ce qu’il faut transférer au PSG, assurément c’est le public. Parmi les néo-abonnés, certains nostalgiques sont venus voir jouer les grands joueurs, ceux-là même qu’ils soutenaient à 16 ans – les nouveaux Rai et Weah –  d’autres en revanche en se payant un billet, ont raté une énième occasion de combler le vide accablant de leur bibliothèque. Ces bobeaufs viennent au stade assister à la projection d’un film de série B où la règle est clairement établie : si le gentil ne gagne pas à la fin, le public jette de rage ses popcorns sur l’écran. Vulgaires, gâtés, repus de gras et de coca, les bobeaufs ont envahis le parc, et leur violence est bien pire encore que celle des « hooligans ». Ils ne se battent pas entre eux, ils se battent contre leur équipe.

Les bobeaufs ont perdu la mesure, à l’image de ces nouveaux riches qui arborent ostensiblement leur parure, ils en font trop. Tantôt excessifs, tantôt zélés, manichéens, ils font du Parc des Princes un lieu malsain. Consuméristes, impatients, drogués par les exploits de Messi sur Bein Sports, ils espèrent voir au stade ce qu’ils ont vu endimanchés la veille sur Youtube : 10 mn de vidéo des plus beaux buts de Ronaldo. Lobotomisés par les médias, fourrés aux chips, la farce est indigeste et leur réaction en tribune s’apparente aux caprices du public des cirques romains : ils scandent le nom du joueur après deux dribbles consécutifs, et au bout de 2 passes en retrait, ils le conspuent.

Le PSG n’en a pas fini avec son public, lorsqu’il en chasse un, un autre arrive, et « le mal » est cette fois bien plus pernicieux. Empêcher certaines personnes de se battre et identifier les fauteurs de troubles est relativement aisé, identifier un « beaufigan » risque d’être bien plus compliqué. Après l’interdiction de fumer et de rester debout au Parc des Princes, certains attendent avec impatience l’interdiction de siffler les joueurs – et peut-être qu’enfin le Parc des Princes ressemblera à Old Trafford –. Une règle de plus pour tailler un public sur mesure ? 

Brecht disait ironiquement « Puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple » Et qu’en est-il d’un public qui ne plait pas à son club ?

Le combat est sans doute perdu d’avance, car Paris n’est simplement pas une ville de football (à l’image de la France) et que la sociologie d’un club ne se travestit pas comme une vulgaire pâte à modeler. En effet en Italie ou en Angleterre, le football est une institution qui transcende les classes sociales, tout le monde « connait » le sport, le comprend, comme le sud-ouest comprend le jeu de rugby. Le public parisien s’il n’est pas populaire ne « sait » pas le football (et j’entends « populaire » au sens large car il ne faut pas oublier que certains supporters sont eux même issus de classes moyennes ou aisées) , il est immature, capricieux. Le PSG ne peut avoir le public de Manchester, et s’il veut un public digne de ce nom il ne peut être amputé de ses kops. Ce n’est pas une question d’authenticité, mais de pragmatisme. Les clubs soutenus par la classe moyenne ou aisée – uniquement – sont issus de pays où les bobeaufs connaissent au moins une chose, le football.

 Hugo Sampras

 

Hugo Sampras

Hugo Sampras

Cofondateur du Nouveau Cénacle. Je me rappelle au plus beau des mensonges quand j'arrive à me taire : la vérité.