Qualifié d' »officine » par Alain Juppé, qui en a subi les foudres, lors du débat du second tour de la primaire des Républicains, Riposte Laïque a trouvé un nouveau punching ball en la personne de François Fillon. Focus sur un site majeur de la « fachosphère ».

Six ans après l' »apéro saucisson-pinard », réponse franchouillarde aux prières de rue et au fumet de couscous qui se répand dans le quartier de la Goutte-d’Or (XVIIIe arrondissement de Paris) comme une traînée de poudre, Riposte Laïque est revenu récemment sous le feu des projecteurs. Site à l’audience non négligeable, notoirement islamophobe par-delà son intitulé trompeur et sa posture officielle très culottée de défendeur des « principes de tolérance mutuelle », il a en effet été cité par Alain Juppé himself devant des millions de téléspectateurs quelques jours avant la fin de la primaire de droite.

Largement distancé par François Fillon, coupable de ne pas avoir véritablement fait campagne, endormi sans doute qu’il était par des sondages trop tôt trop favorables, le maire de Bordeaux était pour ainsi dire contraint de sortir les griffes. Ce qu’il se résolut à faire, après des semaines de mutisme dans une posture quasi-monarchique, à distance de ces petites querelles inhérentes aux joutes électorales qui polluent tout, en « chargeant » Riposte Laïque. Et pour cause : sa rédaction a mené contre lui une intense campagne de dénigrement, d’aucuns parleraient de cabale, l’afflublant du surnom d' »Ali Juppé », lui imputant l’intention de construire une gigantesque mosquée dans son fief girondin et l’accusant de connivences coupables avec les Frères Musulmans.

Régulièrement attaqué sur ce terrain très glissant, l’ancien Premier ministre n’a certes pas perdu uniquement à cause de ces attaques. Le fait qu’il a, en plein débat, lâché le nom de l’un de ses plus vifs pourfendeurs en dit toutefois long sur le pouvoir de nuisance suppposé de Riposte Laïque, lequel s’est ensuite gargarisé et a remercié Alain Juppé avec un cynisme non feint pour ce coup de publicité.

« Riposte Laïque a par ailleurs prévenu qu’il s’occupera aussi du cas de Manuel Valls« .

L’ancien sherpa de Jacques Chirac désormais hors course, le site a décidé de s’en prendre à François Fillon, jugé un temps fréquentable, mais surnommé depuis peu « Farid Fillon« . Caricaturé à outrance lui aussi désormais, le vainqueur de la primaire des Républicains est vilipendé entre autres pour avoir pris part à l’inauguration de la mosquée d’Argenteuil lorsqu’il était chef du gouvernement et pour avoir choisi comme porte-parole l’ex-juppéiste Benoist Apparu. Un peu court, mais suffisant aux yeux de ces laudateurs de la France gauloise pour légitimer une nouvelle entreprise de démolition.

Riposte Laïque a par ailleurs prévenu qu’il s’occupera aussi du cas de Manuel Valls : « Dans le même esprit, nous allons, dans le mois qui va venir, avant la primaire de gauche, démasquer cette imposture et prouver que, loin de la France de Voltaire dont il ose se réclamer, il concourt à l’installation progressive de la charia dans notre pays, avec une conception de la liberté d’expression plus proche de celle des pays totalitaires que de celle qui, longtemps, a fait honneur à notre France. »

Entre courroux et victimisation

Habitué des rodomontades, profondément manichéen, Riposte Laïque est, depuis sa création en septembre 2007, obnubilé par l’islam et regarde la société contemporaine uniquement à travers le prisme de cette religion, jugée par essence incompatible avec les préceptes républicains et accusée de tous les maux. De son point de vue, islam et islamisme ne font qu’un. Une thèse simpliste, à l’exact opposé du tout aussi peu constructif « pas d’amalgame » répété à l’envi par la masse populaire et des dénis des chantres du vivre ensemble, mais qui fait son chemin dans les esprits étant donné les ambiguïtés objectives du message coranique et alors que les attentats commis par la doublette Daesh/Al-Qaïda se multiplient sur le territoire européen.

« Suprême subversion, l’action de Charles de Gaulle est, elle, vilipendée, à tout le moins par pléthore de lecteurs ».

Dans ce contexte, on devine que Charles Martel est déifié. Donald Trump est également applaudi, en premier lieu parce qu’il s’est prononcé pour l’interruption de l’arrivée d’immigrants musulmans sur le territoire américain. Riposte Laïque a vu dans son élection un bras d’honneur à cet establishment qu’il déteste, une victoire éclatante de ces sans-grades que décideurs et autres intelligentsias n’écoutent plus, mais ne pipe plus mot sur le nouveau président américain depuis qu’il a commencé à remettre en cause plusieurs de ses promesses de campagne, redoutant sans doute que son islamophobie déclarée n’ait été qu’un leurre.

Suprême subversion, l’action de Charles de Gaulle est, elle, vilipendée, à tout le moins par pléthore de lecteurs. Parce que le général a eu l’outrecuidance de quitter le pays en pleine débâcle et a, 22 ans plus tard, osé brader l’Algérie.

Sans surprise, Riposte Laïque ne ménage pas non plus Bernard Cazeneuve, ce lèche-babouches dont la prétendue lâcheté face à la religion guerrière est aussi symbolisée par une photographie, celle d’un ministre de l’Intérieur qui réprime une larme après les obsèques d’Hervé Cornara, chef d’entreprise décapité en juin 2015 en Isère par Yassin Salhi, lequel avait prêté allégeance à l’Etat islamique. La marque d’un faible aux yeux de Riposte Laïque, pour qui un homme, surtout au pouvoir, ne saurait pleurer.

D’une manière plus générale, le site est très remonté contre le pouvoir socialiste, pour des raisons idéologiques évidentes, mais aussi parce qu’il subit « un véritable harcèlement judiciaire depuis 2012 », avec « une vingtaine de procédures diligentées à notre encontre, venant toutes de la gauche ou d’associations musulmanes ». Partant, sa situation financière serait exsangue et les lecteurs sont régulièrement sollicités pour mettre la main à la pâte. Ce fut encore le cas il y a quelques jours, quand Riposte Laïque a annoncé craindre pour sa survie en 2017, sauf si Marine Le Pen devait succéder à François Hollande à l’Elysée.

Plus proche toutefois de la ligne de Jean-Marie Le Pen que de celle de sa fille, trop « light » et complaisante à son sens, Riposte Laïque poste quotidiennement des argumentaires catastrophistes et d’une violence rare, grossissant le trait face à ceux qui ont le tort irréparable de ne pas penser comme lui, tous traités régulièrement de « collabos ». Ceux-là, imbéciles endormis, coupables Bisounours, félons pour ceux qui sont au pouvoir, n’ont pas compris que les Musulmans dans leur ensemble aspirent à renverser l’ordre établi et à instaurer une charia mondiale.

« Devant les plaintes et les actions en justice, pour incitation à la haine ou diffamation, la rhétorique victimaire ne se dément pas davantage ».

Tenant d’un repli identitaire, d’un retour aux valeurs traditionnelles, en péril dans ce beau pays qui prend l’eau de toutes parts, le site souscrit à la thèse du grand remplacement. Il ne dissimule pas non plus sa sympathie pour Henry de Lesquen, le sinistre président de Radio Courtoisie, et a en commun avec ce dernier une propension indiscutable à propager une haine viscérale, quasi-reptilienne, à ceci près que celle de Riposte Laïque se focalise exclusivement sur les Musulmans.

Riposte Laïque, c’est aussi la conviction solidement ancrée d’être seul contre tous et de détenir la vérité face aux médias sycophantes. Contre cette presse aux ordres, face à la gangrène islamique et à son supplétif, les partis traditionnels qui ont tour à tour eu la responsabilité de l’Etat et ont largement failli, le site s’imagine en résistant et en réinformateur. Face aux critiques forcément injustes, à ce système corrompu et malgré les attaques en justice qui s’accumulent, on admettra qu’il ne perd ni son fil d’Ariane, ni sa trivialité, ni sa pugnacité.

Devant les plaintes et les actions en justice, pour incitation à la haine ou diffamation, la rhétorique victimaire ne se dément pas davantage. Pour citer un exemple récent, Riposte Laïque n’a pas caché son étonnement après que sa co-fondatrice a comparu après la rédaction d’un article appelant pour le moins virulent à l’égard des migrants de l’ex-jungle de Calais. « Seule solution que nos péteux refuseront, bien plus à l’aise pour mettre hors d’état d’écrire un inoffensif Abbé Pagès, que des barbares même pas français qui violent NOTRE loi, agressent camionneurs et forces de l’ordre et mettent la vie de tous en danger. Les vermines?  Il faut les neutraliser par n’importe quel moyen, voire les exterminer, s’il n’y a pas moyen de faire autrement. Ils ne veulent pas obtempérer aux ordres ? Ils ne veulent pas admettre qu’en France, dura lex sed lex ? Alors la seule solution, c’est le rapport de force. Et un rapport de force autrement plus efficace que des lacrymos« , a estimé Christine Tasin il y a quelques mois. 

Le fait qu’elle ait ensuite été attaquée en justice atteste de son point de vue et de celui de la rédaction tout entière – constituée de contributeurs réguliers, parfois cachés derrière un pseudonyme – d’un aveuglement au plus haut niveau de l’Etat. Un Etat qui se fourvoie, un Etat qui se trompe de cible, un Etat à la probité perdue, un Etat acquis à la cause musulmane, un Etat qui fait la courte échelle à des migrants faisant peser une grave menace sur la survie même de notre vénérable civilisation.

Ces migrants qui seraient autant de djihadistes en puissance – même s’il semble hautement probable que l’Etat islamique s’est servi de leur afflux pour disséminer des éléments terroristes sur le Vieux Continent -, Riposte Laïque est allé jusqu’à les répertorier, ayant conçu une carte détaillée et régulièrement mise à jour dans le but de connaître précisément leur nombre et leur répartition sur le territoire national. Le ver prospérant dans le fruit, il convenait certes d’être zélé et aussi précis que possible.

Allergique à la nuance et au débat d’idées, aux antipodes de l’irénisme, totalement manichéen, adepte de la diffamation et des croquis criards, prisonnier de ses certitudes, Riposte Laïque n’a au bout du compte rien du sauveur de la patrie qu’il prétend incarner. Opposant au miel « socialope » un fiel qui se répand par hectolitres, il est in fine un site trop excessif pour être vraiment signifiant, et dont le propos est par trop caricatural et outrancier pour amener une vraie réflexion de fond et proposer des réponses crédibles à l’épineuse question de l’islam en France.

Le fait que ses contributeurs manient habilement le verbe, tel le journal de l’Action française avant lui, n’y change rien.

 

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.