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L’œuvre de TANC fait penser à la phrase de Jean Tardieu à propos d’un titre d’une création  de Pierre Alechinsky : « Le Jardin fragile » :

« Les hommes cherchent la lumière

Dans un jardin fragile

Où frissonnent les couleurs ».

Tanc 1

Effectivement Tanc  n’a cessé de cultiver son « jardin fragile »   à la fois par  l’écriture et la peinture. Il  a cherché délibérément  la lumière aussi bien   dans la tradition orientale   que dans l’art urbain. Toujours prêt   à utiliser des couleurs fraîches et joyeuses   à côté de la mutité du noir et du blanc.

Bref cet artiste  maintient dans son œuvre tous les termes d’un dialogue. Artiste polyvalent, né en 1979, il a beaucoup voyagé   depuis son insertion en 1996 dans la famille du graff. Apposant sa signature sur les murs des plus grandes villes  de la planète, comme pour authentifier l’annonce d’une Bonne Nouvelle, car dit-il   « Le graff doit voyager pour être vu ».

Poursuivant son élan – c’est-à-dire son projet d’écriture – notamment dans ses œuvres les plus récentes.  Elles seront exposées à New York le 6 juin 2013  et   vont  étonner plus d’un.

Tanc 2

Le peintre s’essaye d’abord  par des formes circulaires qu’il affectionne particulièrement et qu’il  dénomme « Circles ». Tanc court la toile et se libère  grâce aux bombes aérosol.

Chacune  de ces toiles  laisse affleurer les reflets d’une profondeur. Zigzag incessant  de traits furtifs donnant parfois  le tournis et laissant couler une matière d’apparence sanguinolente. Le peintre met à jour des pulsions dangereusement actives. En s’inscrivant sur la toile, celles-ci rendent compte d’un monde qui s’ébranle pour nous ramener à notre origine, à celle des débuts de la vie et de notre propre  vie.

A côté de la beauté naturelle restituée par la fraîcheur des couleurs vives, éclatantes  voire irréelles apparait également le côté dramatique. Les traces de sang nous révèlent quelque part le tragique de notre existence. Le peintre ne tient  ici ni  un discours  scientifique  ni d’ordre  moral mais permet par l’image une connaissance grâce à l’illumination et l’embrasement.

C’est un savoir de l’invisible révélé par son pouvoir iconographique. Tel un chaman, le peintre   transmet un savoir par les ondes frissonnantes de sa peinture. Mais cet artiste possède aussi  le don de décoder et de  révéler d’autres mystères. Ainsi dans d’autres  créations surgissent des textes qui s’alignent, illisibles comme l’écriture des palimpsestes.

La surface picturale de la toile  semble animée d’une vie agitée (voir photo ci-dessous).

Tanc 3

L’effet de fourmillement domine comme un état de crise. Des signes bougent et apparaissent fulgurants et des formes chaotiques semblent vouées à la catastrophe. Pourtant derrière tout cela il y a un désir évident d’équilibre. La joie est restituée par le noir et le blanc qui s’interpellent tout en permettant un subtil équilibre polyphonique. L’artiste utilise un vocabulaire personnel qui permet de donner une forme émancipée à sa propre écriture, suivant en cela Henri Michaux :

« Trouver, pour [se] retrouver [son] propre bien possédé sans le savoir. »

Une écriture griffée qui est  mue par le rythme. On est très proche d’une partition musicale. Tanc, ne l’oublions pas, est aussi compositeur de musique électronique d’où ce déluge de notes sonores qu’il déverse sur sa toile ! Une improvisation émanant d’un calligraphe oriental et  d’un  DJ européen. L’un et l’autre sont inséparables. Mais parfois sa musique devient pratiquement inaudible comme cette œuvre ci-dessous.

Tanc 4

Cet assemblage de feuilles de papier qui ressemble  à des nappes colorées, pixellisées en noir et blanc à la bombe aérosol  fait penser au travail de Sol LeWitt et notamment à ses célèbres Wall Drawing. Cet artiste américain d’art conceptuel définissait lui-même son œuvre comme « muette au sens qu’elle ne vous « parle pas », mais elle est néanmoins subversive en ce sens qu’elle indique la fin de toutes les valeurs de la Renaissance. Elle est contre le confort de l’expérience esthétique […].

Et plus encore, il affirmait également : « L’art d’autrefois cherchait à rendre visible (concret) le non-visible (les mathématiques). L’invisibilité est un élément. […] Cet art particulier traite de la surface de la matière et en est le « cœur ». Il n’a aucun lien avec la vie, il n’est pas spontané, il est exclusif. […]. Il nie tout ce qu’il affirme. […] L’art n’est, tout simplement, Rien. » (Sol LeWitt, Arts Magazine, vol. 40, N°8, juin 1966, p.32-35)

Le travail de Tanc conduit à cette même forme de radicalité comme l’aboutissement ou la quintessence de toutes ses réalisations antérieures qui reposaient alors sur la couleur, la calligraphie et la typographie.  Et Il est également très  proche  de l’œuvre de Dan Van Severen très épurée et  minimaliste. Indéniablement il existe   une force énergétique commune à ces deux créateurs.

Comme le formulait Patricia De Martelaere toujours parlant de Van Severen :

« Dans l’art, la place centrale est occupée par ce qui occupe la place centrale dans la réalité entière : ni l’émotion ni la signification, mais tout simplement la force ».

Tanc termine son projet d’écriture « sonore » par une œuvre qui se présente avant tout comme une poétique qui se veut énergétique. Et donc ni émotion, ni signification, seule  compte  en définitive la puissance de cette œuvre.

 

Christian Schmitt

www.espacetrevisse.com

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Christian Schmitt

Critique d'art. Auteur de "l'univers de J.L. Trévisse, artiste peintre" (ed. Lelivredart 2008) et de trois autres ouvrages sur les vitraux réalisés par des artistes contemporains aux ed. des Paraiges: Jean Cocteau (2012), Jacques Villon (2014) et Roger Bissière (2016). A retrouver sur : http://www.espacetrevisse.com