Diaporama des oeuvres de Jean-Louis Trévisse

Depuis sa disparition à 49 ans le 12 décembre 1998 à Briey (Meurthe-et-Moselle), suite à une longue maladie, Trévisse est resté inconnu du grand public et ses œuvres sont restées « vieilles filles » à ce jour

Personne, à part sa famille et ses quelques amis, ne se souvient de ce peintre, de ce qu’il était, de ce qu’il voulait et de sa sensibilité torturante qui l’avait poussé sur les hautes cimes de la création. Il s’était réfugié en lui-même, évitant les visages connus, peu soucieux de plaire ou seulement d’intéresser. Ce peintre « sauvage » a souffert et on ne le sait pas. En fait Trévisse a toujours vu le monde et l’humanité comme une vérité atomique. Sa peinture des fragments, des brisures et des destructions montre cette réalité dans une approche sans concession.

C’est un peintre ontologique, son travail ne se limite pas au détail et au récit. Sa seule ambition est de plonger dans cette réalité de l’être dans « La tourbe du monde » jusque dans ses profondeurs abyssales. Son œil écoute (selon la formule de Paul Claudel) et scrute au plus profond dans cette pâte humaine faite de chair et de sang et cette recherche obsessionnelle provoque souvent le tournis et la sensation de l’effroi. Ainsi Trévisse heurte, choque parfois mais sans jamais instrumentaliser son œuvre en jouant au jeu de la provocation. Bien au contraire il séduit par la force ravageuse de ses émotions grâce à une puissance esthétique incomparable.

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Son hymne c’est souvent un cri qui devient clameur ou qui s’étrangle. Et ce cri retentit si fort qu’il rejoint ceux d’ Antonin Artaud, les plus fous, les plus beaux, les plus forts… Et comme l’avait déjà indiqué Laura Cossutta, critique d’art : « La peinture de J.L. Trévisse est une parabole vivante…(qui) révèle une richesse explosive de tensions vitales, cachées sous l’enveloppe de la matière…les dissonances chromatiques inquiétantes et corrosives traduisent de manière douloureuse l’expérience du –vécu- et l’angoisse qui étreint l’homme contemporain… ».

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Mais parallèlement à ce constat cruel, il tente de recomposer ce monde par son souci de formalisme et son goût prononcé pour relier, recoller ces morceaux éparpillés grâce à sa technique des enchevêtrements complexes.

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Perfectionniste, Trévisse souffre de cette désorganisation, il est témoin de son temps mais essaye de recoller à sa façon ces miroirs brisés. Il ne restitue pas le monde à son identique car ses compositions laissent apparaître les collures et les lignes brisées zigzagantes qui sont les témoins de ces nouveaux assemblages. Inspiré bien évidemment par Antonin Artaud mais aussi inconsciemment par la philosophie de Jaspers qui est une philosophie de l’échec, du miroir brisé…

Sa peinture va évoluer au cours de sa période parisienne passant nettement de la forme à l’informe. On ne distingue plus qu’un monde qui a l’apparence de l’unification par le jeu harmonique des couleurs mais des vibrations sourdes apparaissent comme révélant ce passage douloureux. L’écriture prend parfois la signature de l’art brut. Art de l’extrême et du dénuement, l’art brut correspond à son besoin de respiration comme une bouffée d’oxygène lui permettant d’assouvir sa quête de transcendance et de détachement face à cette société de consommation.

Il retrouve par l’art brut cette pureté originelle qui touche le fond et signe sa volonté de retourner à la nature et au cœur des choses. C’est pourquoi il ressent le besoin de retourner par intermittence à des formes plus dépouillées et plus épurées permettant le ressourcement de son esprit. Trévisse est un chercheur infatigable et toute son œuvre est marquée par cette spiritualité sous-jacente.

Son retour à la région Lorraine va le conduire à poursuivre ses recherches sur des petits formats (lavis). Penché comme sur un microscope, il va atteindre encore plus profondément cette vérité atomique. Il saisit dans la fragilité, à nu et à cœur ouvert cette humanité. Il découvre alors comme André Breton dans Nadja : «  Le cœur humain, beau comme un sismographe. ».

Ce cœur qu’il découvre c’est cette lumière qui apparaît notamment dans son dernier lavis de 1998. Les structurations complexes restent toujours présentes mais s’effacent ou s’atténuent sous l’effet de la clarté. La lumière s’est emparée de lui progressivement à travers cet assemblage de feuilles et ce jeu de la superposition permet d’intensifier sa transparence.

Comme par révélation  le peintre ressent le même phénomène que celui éprouvé par P.Klee lors de son séjour à Tunis en 1914 : « La couleur me possède. Point n’est besoin de chercher à la saisir. Elle me possède… » (Journal 9260)

Trévisse est le peintre de la lumière ! Malgré le pessimisme radical de son œuvre qui « s’origine » dans son vécu personnel, ce n’est qu’au seuil de sa vie qu’il fait l’expérience radieuse d’une transfiguration.

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Véritable créateur, traversé par ce feu intérieur, Trévisse portait en lui la misère du monde tant sa force de lucidité était trop grande. Mais pour créer  et  vivre tout simplement il  paya en retour un lourd tribut.

Et «  Ce qui n’est pas  facile d’accepter c’est de penser qu’en partant, il s’est libéré d’un fardeau insupportable pour retrouver la lumière » (son ami peintre Vincent Verdeguer de Paris le 8/12/2006)

Christian Schmitt

www.espacetrevisse.com

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NB : le texte « Trévisse, sismographe de la modernité » est tiré du livre écrit par Christian Schmitt, son frère, en 2008 aux éditions Lelivredart en collaboration avec la revue Artension.

http://espacetrevisse.e-monsite.com/medias/files/80591654bon-de-commande-pdf.pdf

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Christian Schmitt

Critique d'art. Auteur de "l'univers de J.L. Trévisse, artiste peintre" (ed. Lelivredart 2008) et de trois autres ouvrages sur les vitraux réalisés par des artistes contemporains aux ed. des Paraiges: Jean Cocteau (2012), Jacques Villon (2014) et Roger Bissière (2016). A retrouver sur : http://www.espacetrevisse.com

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