share on:

 Yassine « Yaze » Mekhnache est né en 1979 à Lyon d’un père algérien et d’une mère italienne.

( L’interview de Rachid:https://youtu.be/IIwgMEKUYcE )

Autodicdate, il a toutefois bénéficié, même de manière informelle, de l’enseignement de l’Ecole des Beaux Arts de Lyon.

Depuis 2004, il vit et travaille à Paris. Très tôt ses toiles impressionnent le spectateur par « la fureur, la précision et l’économie de moyens » selon les termes utilisés par Pierre-Evariste Douaire en 2008. Plus loin, ce même critique le voit comme un peintre entièrement habité par la peinture : « il pense, mange, boit et vit peinture. »

Après de nombreuses et importantes expositions à Paris et à l’étranger (New-York, Istanbul, Marrakech, Hong Kong…) qui  ne cessent de faire grandir sa notoriété auprès du public et des amateurs d’art, celles-ci n’ont pas conduit à ralentir l’élan de ce jeune peintre. Bien au contraire, puisqu’ imperturbable, il continue toujours son cheminement, ne perdant rien de sa passion débordante de ses débuts. Il reste  le « primitif » qu’il demeure au fond de lui-même et c’est pourquoi il réussit à faire surgir des forces insoupçonnées.

Ainsi les couleurs sous l’action de son pinceau ou de sa brosse éclatent comme au premier jour : le rouge sang semble couler de ses propres veines alors que les autres matières colorées paraissent sourdre des entrailles de la terre. Plus étonnantes encore, celles-ci dégoulinent ou se projettent sur la toile comme sous la forme d’un crachin. Ce faisant  elles dévoilent  aussi  les noirs profonds qui maculent  l’espace de la toile, telles des scories qui surnagent la lave en fusion.

Yaze 2

Dans chaque tableau, Yaze s’emploie à retrouver la fraicheur et l’éclat des couleurs naturelles comme au matin de notre monde. Il culbute les choses établies à la manière d’un certain Dubuffet : « Vous verrez, nous réussirons à culbuter cette pyramide de stuc de la fausse peinture qui serait actuellement, ce faux art… ».

Par ailleurs sa peinture participe au même chamboulement dont parlait Derrida lorsqu’il évoque l’événement apocalyptique. Car son œuvre provoque en permanence un « cataclysme pictural ». Ce peintre annonce un drame qui va se produire… son travail fixe ce temps d’extase qui est aussi un commencement, le début d’un cataclysme.

En revanche pour son exposition Lyfe en 2011 à la galerie Suzanne Tarasiève, on aurait pu imaginer une rupture, l’artiste proposant, semble-t-il, une version plus apaisée de son travail grâce à une série de douze toiles. En  réalité   les couleurs sont restées  toujours  étonnamment  toniques, éclatantes voire violentes. Seule en définitive  l’ambiance semblait avoir changé comme si l’artiste  avait été en  état de grâce !

Yaze 3

Est-ce le résultat de ces broderies marouflées sur toiles avec les encres, marqueurs et pastels ? En effet c’est à partir de différentes broderies exécutées au Maroc, qu’il va réaliser  la plupart de ses oeuvres.

Yaze 4

Il a eu besoin de ce retour aux racines de la culture arabe, la sienne, avec la tradition ancestrale du travail de la broderie pour opérer un phénomène  d’acculturation. Ce télescopage entre la tradition de l’Afrique du Nord et le monde de la modernité occidentale est au cœur de nos débats actuels.

Tel Orphée, le peintre réussit par son art ce rôle de passeur d’un monde à un autre le conduisant parfois à adoucir une certaine violence: sa fureur et sa rage de peindre. Un tel miracle  d’apaisement ne signifie nullement absence de spontanéité ou travail sans relief.

Loin de là puisqu’on est pris totalement dans la tourmente de son jeu créatif. Son ivresse colorée  éclate de partout. Et comme résultat c’est à nouveau et toujours une symphonie colorée !

Les couleurs hurlent et chantent grâce à un jeu harmonique éblouissant. Les rouges et les noirs sont toujours aussi présents pour affirmer ce besoin d’impulser le mouvement. Même si les tons s’adoucissent comme par magie par la présence des ocres enchanteresses, il y a toute la force et la somptuosité des rouges qui se déclinent en nuances infinies au-delà du rose et du violet. Et même de temps à autre, comme par éclipse, un mauve velouté qui réussit des percées inattendues !

Yaze 5

Par bonheur les broderies ne  permettent pas de  calmer cette violence et la fureur du pinceau qui se laisse facilement entraîner dans des rythmes endiablés.

Indéniablement cet artiste semble  s’inscrire dans la lignée de certains créateurs du siècle dernier. Même s’il vient d’une sensibilité issue du Street-Art et du graffiti, il est  en fait  très proche du mouvement Cobra. Jorn, Pedersen, Heerup, pour les nommer, n’avaient pas hésité à puiser dans l’art des Vikings et du Moyen-Age nordique.

Pour Yaze, ce sont plutôt les terres du Maghreb qui l’inspirent et c’est pourquoi les formes qu’il propose sont le fruit d’une dialectique de la mémoire et de l’imagination. D’où en reprenant la formule du célèbre Max-Pol Fouchet, l’on peut affirmer que ce peintre fait « chanter les couleurs du monde. »

Christian Schmitt  www.espacetrevisse.com

Site internet de Yaze :http://www.yassinemekhnache.fr

561187_255695454526726_487294900_n

mm

Christian Schmitt

Critique d'art. Auteur de "l'univers de J.L. Trévisse, artiste peintre" (ed. Lelivredart 2008) et de trois autres ouvrages sur les vitraux réalisés par des artistes contemporains aux ed. des Paraiges: Jean Cocteau (2012), Jacques Villon (2014) et Roger Bissière (2016). A retrouver sur : http://www.espacetrevisse.com