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Tout était calme dans la galaxie musicale, les singles sortaient les uns après les autres, Pharrell Williams capitalisant sur son « Happy », tiré de Moi Moche et Méchant, Booba rééditant son Futur, pour capitaliser sur son pactole déjà conséquent de thune, dans une sorte de cercle vertueux rassurant. Dans ce calme apparent, Beyoncé, à l’instar de la reine qu’elle est devenue, s’ennuyant dans son palais, a décidé de se divertir un peu.

C’est ainsi que, sorti de nulle part, « Beyoncé » est apparu. Nous n’aborderons pas la qualité de l’album proprement dit, assez anecdotique, tant les chanteurs actuels sont dans l’imitation mutuelle, annihilant toute originalité différenciatrice. Puisqu’on sait ce qui marche auprès d’un large public, féminin pour la plupart, entre 15 et 25 ans, pourquoi se compliquer la tâche, en essayant de créer quelque chose d’inhabituel, discordant ou neuf. Décidément, le monde musical ne prend pas de risque.

Pour pallier au déficit de substance, Beyoncé a trouvé la parade, une sortie sans pub, laissant faire le Web 2.0. Effet garanti. Dans les trois jours qui ont suivi, plus de 800 000 albums vendus à travers la plate-forme I-Tune, dans une sorte d’hystérie collective. Est-ce le talent intrinsèque de l’album ou la machine marketing autour de la sortie qui a permis cette prouesse commerciale ? Car l’absence de marketing pour une personne comme Beyoncé est son arme la plus puissante. Ce sont les fans qui font le reste, ainsi que les curieux qui vont faire exploser le nombre de pages vues contenant l’occurrence « Beyoncé ». Par ailleurs, la période s’y prête, et notre Père Noël aura fort à faire pour satisfaire la nuée d’internautes prêts à tout pour se saisir du précieux sésame.  Internet a été son arme de prédilection.

Prince / Beyoncé : deux conceptions de la musique

Reste que cet album manque d’enchantement, de générosité artistique. Tout semble trop calculé, trop réfléchi, y compris le déferlement d’articles.

Beyoncé n’est pas la première à sortir un album en dehors des schémas habituels. En effet, Prince, avec 20ten il y a déjà trois ans, avait marqué les esprits en sortant un album gratuit. On pouvait se le procurer en achetant la presse écrite musicale des pays concernés, Courrier International en France. Auto-produit, plus abouti que celui de Mrs Carter, il faisait la nique aux gros conglomérats. L’album n’avait d’ailleurs pas été distribué aux États-Unis, à la demande du chanteur. Nous avons ainsi deux visions de la musique qui s’opposent. L’une, essentiellement marketing, même si Beyoncé a prouvé qu’elle avait une expertise certaine dans l’interprétation musicale, portée par des producteurs de grand talent. La belle métis est le symbole de son époque, qui laisse une large part à ces faiseurs de stars, qui, derrière leur console de mixage, réalisent des miracles.

Ce dernier opus ne fait que confirmer cette tendance. De l’autre côté du prisme, on part à la rencontre d’un musicien, d’un univers, et on devine qu’il a été du début à la fin dans le processus de création de son œuvre. Car c’est bien d’art dont il s’agit. Si un travail artistique est pris en main par une multitude d’individus, il perd son âme, devenant un amas d’idées, d’intentions parfois contradictoires, et ne parvient pas à toucher les cœurs. Prince a pris le parti d’être fidèle à son art, à défaut de l’être vis-à-vis des maisons de disques et autres distributeurs. 

A la fin, l’album de Beyoncé battra sans doute tous les records, on parlera de cela comme d’un événement sans précédent dans l’industrie musicale, à grand renfort d’articles, et autres témoignages de jeunes fans étourdis. Reste que cet album manque d’enchantement, de générosité artistique. Tout semble trop calculé, trop réfléchi, y compris le déferlement d’articles.

Beyoncé était une femme, puis une diva. Elle est à présent devenue une machine. A l’heure des smartphones et autres tablettes tactiles toutes plus divertissantes les unes que les autres, c’est dans l’air du temps.

Rémi Loriov

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.