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L’affaire Fillon déchaîne les passions. Entre les opposants farouches, les Républicains déçus et les défenseurs acharnés, les réactions et les analyses sont légion. Va-t-il continuer ? Abandonner ? Quand, devant cette affaire médiatico-politique d’envergure à trois mois des présidentielles, certains se posent la bonne question, d’autres soulèvent un tout autre problème : celui du gouvernement des juges. 

Dans une récente interview donnée au FigaroVox, Elisabeth Levy, journaliste et rédactrice en chef du magazine Causeur fustige elle aussi ce tour de force des juges qui « se pensent investis d’une mission de purification et de journalistes qui jouent les arbitres des élégances morales » et qui lui semble « bien plus grave et menaçante pour nos libertés ». Puis elle pointe du doigt les incohérences du dossier, la nomination du juge Tournaire, magistrat déjà en charge de l’affaire Bygmalion, et qui « depuis deux ans essaie de se payer Sarkozy ».

Ainsi, en bonne âme réactionnaire qu’elle est, l’éditorialiste de Causeur décide de ne pas suivre la meute et est même prête à ériger à François Fillon une statue de bouc émissaire, véritable victime expiatoire des juges, qui  » sont en croisade et que l’idée d’intervenir dans le jeu politique ne les dérange pas du tout. « . Par la suite, la journaliste attaque, non sans fondements, Emmanuel Macron : « C’est Homo Festivus qui a fait l’ENA! », avec l’éternelle référence à Philippe Murray.

Des limites de la dissidence

Elisabeth Lévy se veut en tout temps une intellectuelle dissidente, quitte à renier les fondements même de son combat. En défendant François Fillon face à la curée des juges et des médias, elle se met à dos le peuple qu’elle chérit tant et qui, lui aussi, fustige les agissements du présidentiable. Et c’est par esprit de contradiction qu’elle se contredit, quitte à justifier des pratiques frauduleuses. Elisabeth Levy confond alors la morale d’un élu et celle à laquelle aspirent les Français. Celle qui pense toujours au nom du peuple sait monter sur scène quand il s’agit de dénoncer les affaires Cahuzac ou Medhi Meklat, cependant lorsque la personnalité n’est pas un représentant de la « bien-pensance culturelle » ou un homme politique de gauche, la vérité est ailleurs.

« François Fillon, a certes été la victime d’un système judiciaire et médiatique sans précédent, mais il en est aussi et essentiellement la cause ».

La rédactrice en chef de Causeur reprend à son tour, tel un perroquet, la désormais célèbre thèse du gouvernement des juges, allant d’Eric Zemmour aux défenseurs opiniâtres de François Fillon qui fustigent les fraudes à la CAF la semaine et manifestent pour défendre l’embauche familiale sur fonds publics le week-end.  Ne pas penser comme les autres serait une preuve d’intelligence, et développer une réflexion inattendue en serait la marque. Mais Elisabeth Lévy oublie un élément de taille, l’origine de cette mascarade : François Fillon, a certes été la victime d’un système judiciaire et médiatique sans précédent, mais il en est aussi et essentiellement la cause. A vouloir sans cesse déplacer le débat, elle, accompagnée des ses partenaires de la réaction, débitent ça et là le même discours : quand la voix du peuple devient la voix de son maître.

L’unanimisme dit réactionnaire, au même titre que le discours dominant, a de beaux jours devant lui.

Liens

Alain Finkielkraut: “Fillon a raison de dénoncer l’acharnement judiciaire” (Causeur)

PenelopeGate : François Fillon dans la tourmente

Cette guerre des Droites qui aura lieu

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Andrés Rib

Ancien de la Sorbonne. Professeur de Lettres. Aime le Balto, et la Philo.

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