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L’allocution du président de la République a donné lieu à plusieurs mesures. Toutes n’étaient pas forcément attendues et certaines, qui semblent cruciales, restent à détailler.

L’acte IV de la mobilisation des gilets jaunes n’aura sans doute pas été à la hauteur des ambitions destructrices des manifestants les plus révoltés, la mobilisation et le soutien populaire semblent commencer à s’effriter, avec une frange de l’opinion un peu lasse et inquiète des répercussions économiques du mouvement, mais Emmanuel Macron devait parler. Il se devait de sortir enfin de son mutisme officiel, après avoir laissé son Premier ministre Edouard Philippe monter seul au créneau.

Attendu au tournant, en proie à une impopularité record, à une défiance rare dans l’histoire de la Ve République, acculé, le chef de l’État ne pouvait ignorer que sa marge de manœuvre était devenue extrêmement réduite. Les observateurs se sont perdus en conjectures, bien aidés en cela par les atermoiements d’un exécutif qui a paru surpris puis débordé par l’ampleur de la colère, avant de mettre les bouchées doubles pour tenter de reprendre la main. Une colère longtemps contenue, une colère sourde, devenue chaude, violente, aux accents révolutionnaires, et suffisamment diffuse et nébuleuse en termes de revendications pour qu’aucun parti politique ne puisse prétendre à la récupérer.

« Son mea culpa n’en était pas moins prévisible, inévitable même, et Emmanuel Macron, Jupiter revenu sur Terre, n’y a pas dérogé. »

Après avoir dénoncé les violences de ces derniers jours, après avoir appelé au calme et à l’ordre républicain, au nom de la nécessaire sauvegarde de la paix civile, Emmanuel Macron, la mine grave et contrite, s’est résolu à admettre l’indignation et la détresse populaires. « Ce sont quarante années de malaise qui ressurgissent », a poursuivi le locataire de l’Elysée, qui a ce faisant emboîté le pas de ses troupes, lesquelles n’ont eu de cesse ces derniers temps de tenter d’atténuer au maximum leurs responsabilités.

Son mea culpa n’en était pas moins prévisible, inévitable même, et Emmanuel Macron, Jupiter revenu sur Terre, n’y a pas dérogé. « Je sais qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous, par mes propos », a-t-il ainsi reconnu, dans une allusion très claire à « ces illettrées de GAD », à « ces gens qui ne sont rien » ou à ces « Gaulois réfractaires » qu’il avait fustigés il y a quelques mois, avec la morgue de ces surdoués qui n’ont rien vécu de dur et ont tracé leur route à la serpe, avec la suffisance de ceux qui sont arrivés au sommet de la pyramide sans jamais vraiment souffrir.

« Un nouveau contrat pour la Nation »

« Je crois plus que tout dans mon pays et je l’aime » et « ma légitimité, je ne la tire que de vous », a renchéri le chef de l’État, comme revenu aux fondamentaux et plongé dans un grand bain d’humilité, convaincu que « nous pouvons trouver une voie pour nous en sortir tous ensemble ». Au temps des réformes menées tambour battant doit succéder celui d’une concertation large. Sus aux admonestations, place au dialogue, à la réconciliation, prérequis indispensables pour « bâtir une France du mérite, du travail, une France où nos enfants vivront mieux que nous, une France où l’on peut vivre dignement de son travail ».

« Sur ce point, nous sommes allés trop lentement », a admis le président de la République, qui a ensuite dévoilé une salve de mesures pour tenter de circonscrire l’incendie social. Revalorisation du SMIC de 100 euros par mois dès 2019 (le salaire minimum n’avait pas été augmenté depuis 2012), en avance donc sur le programme électoral puisque ce coup de pouce conséquent était originellement prévu pour la fin du quinquennat, défiscalisation des heures supplémentaires, versement d’une prime de fin d’année aux employés : trois dispositions fortes et réclamées par une large partie de la base.

Longtemps pris pour cible et considérés comme cheville ouvrière de l’assainissement des finances publiques, les retraités ont également été ménagés puisqu’il n’est désormais plus question d’une hausse de la CSG pour ceux qui gagnent moins de 2000 euros par mois. « L’effort qui leur était demandé était trop important et injuste », a fini par estimer Emmanuel Macron, qui sans surprise s’est en revanche montré inflexible sur la suppression de l’ISF, une disposition sur laquelle il n’a pas l’intention de revenir, par-delà les vociférations des gilets jaunes.

Plaidant pour des baisses d’impôts plus rapides, pour une meilleure maîtrise des dépenses, le successeur de François Hollande a également jugé que « le débat national annoncé (devait) être beaucoup plus large ». Et d’appeler chacun à ses responsabilités, parce que les Français doivent « assumer tous ensemble tous nos devoirs », ceux « de produire, d’apprendre, de changer », pour au bout du compte bâtir « un nouveau contrat pour la Nation ».

« Quant à la question de l’immigration, sujet sensible s’il en est et source de profondes divisions, « il nous faut l’affronter », a ajouté le président de la République, au surplus désireux de réintégrer les partenaires sociaux dans le processus décisionnel. »

Si les modalités de celui-ci restent encore vagues à ce stade, Emmanuel Macron en a néanmoins esquissé quelques contours, dont la consensuelle prise en compte du vote blanc dans les élections, le rappel de l’urgence climatique et une réorganisation de l’État allant dans le sens d’une décentralisation. Quant à la question de l’immigration, sujet sensible s’il en est et source de profondes divisions, « il nous faut l’affronter », a ajouté le président de la République, au surplus désireux de réintégrer les partenaires sociaux dans le processus décisionnel.

Il n’est donc plus question pour Emmanuel Macron, qui n’a visiblement rien perdu de ses ambitions réformatrices, de faire cavalier seul. Après avoir foncé tête baissée et être resté sourd aux protestations, convaincu qu’il était du bien-fondé absolu de sa politique, le chef de l’État plaide pour un grand débat national, comme si la grogne d’aujourd’hui devait servir de catalyseur au grand coup de pied dans la fourmilière de demain.

Celui-ci paraît aussi indispensable qu’incontournable. Pas sûr toutefois qu’il ait encore l’adhésion populaire requise pour ce faire. D’autant que les classes moyennes, vivier électoral qui se doit d’être ménagé lui aussi, n’ont pas été mentionnées dans le package présidentiel.

Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel

34 ans. Journaliste financier originellement spécialisé dans le sport et l'écologie. Féru de politique, de géopolitique, de balle jaune et de ballon rond. Info plutôt qu'intox et intérêt marqué pour l'investigation, bien qu'elle soit en voie de disparition.