François Hollande était l’invité, ce dimanche 19 avril, du Supplément de Canal +.

« Mieux vaut ne penser à rien que de ne pas penser du tout, car penser à rien, c’est déjà, c’est déjà beaucoup » fredonnait jadis Serge Gainsbourg, et ces mêmes paroles nous sont revenues en mémoire en regardant notre Président de la République durant ces deux heures en compagnie de Maïtena Biraben. Car le drame, car il s’agit d’un véritable drame, c’est que face à Maïtena Biraben, François Hollande n’a pas existé. Il n’en ressort rien. Il n’a rien annoncé, rien promis. Ne s’est engagé sur rien. Et lorsqu’un homme politique ne fait aucune annonce – c’est contestable mais c’est ainsi – le téléspectateur ne retient rien. C’est le jeu de la communication, encore davantage lorsqu’elle est 2.0.

Hollande, l’émetteur et le destinataire

Pour caricaturer, un ministre se fait inviter sur le service public pour s’adresser à un auditoire plus ou moins intellectuel, sur RMC ou RTL pour viser une catégorie plus populaire ou sur TF1 ou France 2 pour toucher le plus de monde possible. Mais lorsqu’on est Président de la République et que par conséquent la parole se fait rare, sinon discrète, il y a l’embarras du choix. Il suffit de passer un coup de fil pour être invité dans l’heure sur n’importe quelle antenne. Pourquoi donc ce choix de Canal +, de surcroît un dimanche midi ensoleillé, avec les JT nationaux en concurrence frontale ? Nul ne le sait.

Comment le service communication de l’Élysée a-t-il pu envisager une seule seconde que le Président puisse s’adresser à la « France d’en bas » par le biais de la chaîne cryptée ?

C’est pourtant le minimum à savoir en communication : l’émetteur et le destinataire. A qui s’adresse à B. A, c’est François Hollande, le Président le plus impopulaire et le plus contesté de l’histoire de la Ve République. B, c’est le public de Canal, à savoir les CSP + et ceux que l’on nomme paresseusement les « Bobos », la gauche culturelle et bon genre, qui a logiquement proposé un reportage sur les électeurs FN du Nord en se pinçant le nez, le tout mâtiné de plaisanteries et de sketchs pour empêcher toute forme de sérieux ou de gravité.

Comment le service communication de l’Élysée a-t-il pu envisager une seule seconde que le Président puisse s’adresser à la « France d’en bas » par le biais de la chaîne cryptée ? Le Président est-il à ce point désespéré que son unique moyen de grappiller quelques points dans les sondages est de parler aux lecteurs de Téléramaaux fans du Petit Journal, tout en ricanant avec Cyrille Eldin ? Pas un mot sur la spoliation fiscale du début du quinquennat, rien sur le futur Traité Transatlantique, rien sur Schengen, la souveraineté voire l’éducation et le déclassement.

Le naufrage dans la cour de récré

Après la séquence sur les forces armées plutôt réussie (même si personne n’a toujours pas compris pourquoi nos soldats opéraient sur un autre continent sans aucune aide internationale), le malaise a culminé avec la séquence dite « des lycéens ». En plateau, entourant le Président, une dizaine d’élèves assis en rond pour écouter tonton Hollande leur faire la morale laïque parce que les adolescents n’étaient « pas assez Charlie ». Il ne lui manquait qu’une couverture sur les genoux et un feu de bois en arrière-plan pour que la farce soit complète.

Nous voyons notre monarque républicain s’adresser à des lycéens, en direct, avec le charisme d’un délégué de classe et l’apparence d’un professeur de mathématiques qui a trop forcé sur le Régécolor.

Nous nous souvenons du désastre de Chirac en 2004 à la télévision, lors du grand débat organisé à propos du Traité européen, lorsque des citoyens lui posaient des questions en direct, parce que ce n’était pas à un Président de la République de descendre dans cette arène médiatique et qu’il s’est heurté à une incompréhension totale de son auditoire. Et ce type d’émissions, comme Face aux français, ont pullulé depuis. Mais un Président face à des enfants, c’est inédit. Plus qu’écornée, son image se trouve diminuée, rabaissée. Infantilisée.

L’émetteur et le destinataire, toujours. Et encore une fois, nous voyons notre monarque républicain s’adresser à des lycéens, en direct, avec le charisme d’un délégué de classe et l’apparence d’un professeur de mathématiques qui a trop forcé sur le Régécolor. Parce qu’un président en difficulté a besoin de s’affirmer et de prendre de la hauteur, il convient d’interroger ce choix, celui d’aller à la télévision un dimanche midi, pour déclarer que sa politique ne bougera pas et donner son cours de vie de classe aux garnements de banlieue parisienne.

Julien de Rubempré

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Julien De Rubempre

Fondateur du Nouveau Cénacle. Navigue entre sa bibliothèque, le Parc des Princes, Guernesey et son encrier. Pur produit d'une époque qu'il critique inlassablement.