« Rien n’est plus dangereux qu’une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle elle exprime sa liberté, c’est-à-dire son droit imprescriptible à choisir son destin. » – Philippe Séguin

« C’est une drôle d’engeance, ces esclaves blancs aux ignobles carrières d’indolence lucrative.Dire qu’ils méritent la mort reviendrait à dénigrer la mort. Et ce serait absurde, de plus, car en un sens ils sont déjà morts… » – Nick Tosches, Moi et le Diable

« Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres. ». » – Alexis de Tocqueville

Je suis nostalgique d’une époque que je n’ai pas connue et qui n’a sans doute jamais existé. Une époque où la France fut fraternelle. Le « vivre-ensemble » que les médias et les politiques nous assènent comme un ordre n’est que le vœu pieux qui subsiste à la destruction d’une nation et de ses solidarités (famille, terroirs et, osons l’écrire, identité(s)), c’est-à-dire à la destruction de ce sentiment d’appartenance commune, de destin partagé, cette Fraternité affichée au fronton de nos mairies qui cimente un peuple, une nation, un pays. L’heure est grave quand nos dirigeants en sont réduits à matraquer un « vivre-ensemble » inexistant à l’heure de l’ultra-individualisme consumériste du toujours plus de droits pour moi et tant pis pour les autres. Inexistant car notre société est minée par le communautarisme multiculturaliste, conséquence logique et immuable de la mondialisation à la sauce américaine. Ceci n’est pas en soi condamnable, c’est un choix de société. Ce qui l’est, en revanche, condamnable, est que ce choix n’a rien de démocratique. Il est imposé au peuple par une minorité financière concentrant le pouvoir réel (et dont nombre de politiciens et de journalistes ne sont que les idiots utiles et bien rémunérés) sous couvert d’ouverture, de liberté individuelle et de développement des droits acquis ; autant de leurres.

La France fut-elle un jour réellement fraternelle ? Sans doute en 1914, après que l’assassinat de Jaurès tua dans l’oeuf toute velléité pacifiste et un grand homme politique, quoi que nous pensions de ses opinions par ailleurs. Sans doute après la défaite de Sedan la fraternité française embrassait tous les clivages politiques (et Dieu sait s’ils étaient marqués et non dénués d’une certaine violence) contre le Boche. La défaite de 1940 et la perte de l’Empire colonial ont mis un terme que nous souhaitons provisoire à cette fraternité française, dont nous sommes si fiers et à laquelle nous ne cessons de nous référer. Quand l’économie va, une fraternité de façade roule des mécaniques. Au moindre pépin, elle vole en éclats. Souvenez-vous, c’était il n’y a pas si longtemps que ça, en 1998, une timide reprise économique et une victoire à la coupe du monde de football, la France Black-Blanc-Beur, visage moderne de la France éternelle… et le 21 avril 2002, moins de 5 ans après, la douche froide et la diabolique créature mitterrandienne au second tour de la présidentielle.

« Montesquieu l’avait décelé dès le XVIIIe siècle, le droit à la différence conduit à la différence des droits ».

Entre temps, les attentats du 11-Septembre 2001, une bulle financière explosée, une crise de l’hubris capitalisto-financière s’engluant dans la dépression… Nous pédalons toujours dans cette colle, surnageant bon an, mal an, au gré des déficits et des subventions, déguisées ou non, aux entreprises, aux familles, aux associations… La vie sous perfusion ne constitue en rien un sentiment d’appartenance commune ni un destin partagé. Sous notre horizon gris, elle se contente d’un « vivre-ensemble » incantatoire. Le « vivre-ensemble » en est son reflet, un ersatz de fraternité sous vide pour société ultra-individualiste et multiculturelle. Outre une tension permanente, larvée, avec quelques éclats ici ou là (émeutes de 2005, par exemple), le risque est l’implosion de la République Une et Indivisible, l’implosion de la France. Montesquieu l’avait décelé dès le XVIIIe siècle, le droit à la différence conduit à la différence des droits. Ce que réclament, à cor et à cri et avec une malhonnêteté intellectuelle telle que c’en est de la franchise, une certaine gauche omniprésente médiatiquement, quoique minoritaire dans le pays réel… du moins, nous l’espérons.

La France à l’heure de l’héritage

Est-ce une fatalité ? Doit-on manger son chapeau et faire avec ce « vivre-ensemble » qui n’est qu’un vivre côte-à-côte brinquebalant ? Il est quelques raisons d’espérer le retour de la Fraternité, c’est-à-dire le retour de la France chez elle, en Europe et dans le monde. N’y voyez aucun racisme, ni xénophobie quand j’écris retour de la France chez elle. Je veux simplement dire que par son histoire et par son peuple, la France n’est pas la société américaine. Importer la mondialisation américaine, et avec elle, inéluctablement, son modèle de société, est voué à l’échec dans notre vieux pays.

« Prenons exemple sur les États-Unis, la Chine, la Russie, le Japon, autant de pays qui s’assument avec leurs singularités et sont respectés pour cela par leurs peuples comme par le reste du monde ».

La France ne pourra être elle-même et retrouver sa Liberté, son Égalité et sa Fraternité que si, enfin, elle assume son héritage, heures de gloire et échecs ; si elle défend et porte haut et fort sa langue, avec ce formidable vivier que constitue la Francophonie (tellement mal considérée par notre ministère des Affaires étrangères si étranger aux affaires) ; si elle revendique son art de vivre et sa singularité… bref, si elle s’affirme fièrement, sans chauvinisme nationalisant ni repentance imbécile autant que mortifère et inutile. Prenons exemple sur les États-Unis, la Chine, la Russie, le Japon, autant de pays qui s’assument avec leurs singularités et sont respectés pour cela par leurs peuples comme par le reste du monde. Sans cela, qui demande une prise de conscience de nos politiques mais aussi de l’ensemble des citoyens, la France continuera de se déliter dans son « vivre-ensemble » incantatoire, dans une illusion de société pacifiée et prospère, en réalité vidée de son héritage, de sa langue et de toute transcendance. Il semble hélas, aux prémices de la prochaine élection présidentielle, que nous plongeons dans la mauvaise direction, Tartuffe Hollande (ou Valls, ou Macron, ou…) contre Tartuffe Juppé (ou Sarkozy, ou Fillion…), Marine Tartuffe contre Jean-Luc Tartuffe…

Comme le disait un vieux dégueulasse, « il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire »..« il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire »..

 

 

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/