Jamais nos libertés individuelles et collectives n’ont été autant mises à mal depuis 1945, des restrictions à la liberté d’expression à l’État-maman en passant par les abandons de souveraineté politique, économique ou culturelle, de l’euthanasie programmée de l’instruction comme de l’éducation, au mépris de la démocratie (cf le référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne rejeté par le Peuple souverain, et imposé « par derrière » à ce Peuple par les élus censés le représenter, ou encore récemment le rejet d’une pétition hostile au TAFTA par le Parlement européen, laquelle pourtant répond à toutes les dispositions légales – et est donc juridiquement valable. Nous sommes les premiers responsables de ce déclin, par lâcheté, confort, individualisme, facilité ou paresse.

Il ne s’agit aucunement de nous battre la coulpe (on nous serine assez notre culpabilité d’être ce que nous sommes), cependant il nous appartient de réagir, ce que beaucoup font au quotidien, chacun à son échelle… et sans grand succès.

« Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.. » – Alexis de Toqueville, Le despotisme démocratique, L’Herne.

LIBERTÉ. Ce noble concept s’affiche fièrement en tête de la devise de la République Française, et au fronton de ses bâtiments officiels. Mais qu’en avons-nous fait ? Entre les divers abandons de souveraineté nationale depuis 1945 d’une part, et les abandons de libertés individuelles fruits des sectateurs d’un jacobinisme très bien compris (et à dessein mal expliqué) d’autre part, la Liberté, en France, a pris du plomb dans l’aile, si vous me passez cette expression triviale.

Proposition de définition de la Liberté: capacité à définir ses pensées, ses actes ainsi que leurs limites, et à en assumer les conséquences. La Liberté est évidemment une valeur relative et subjective, toutefois accordons-nous sur le fait qu’elle présuppose et la responsabilité et une certaine culture (connaissance du monde permettant de l’appréhender et d’y évoluer).

Le TAFTA et la liberté économique

À l’heure où j’écris ces lignes, les socialistes français, avec la complicité des députés de la droite dite « Républicaine » (à l’exception notable de Nicolas Dupont-Aignan) bradent à travers le TAFTA notre souveraineté économique et industrielle (du moins, ce qu’il en reste). Ce traité transatlantique se veut un accord de libre-échange entre l’Union Européenne et les États-Unis, qui se révèlera être une colonisation de l’économie de la première par les seconds. N’étant pas économiste, je vous renvoie au dernier essai d’Alain de Benoist[1] (Monsieur le Premier Sinistre, Honni soit qui mal y pense!) et à l’article de Laurent Gayard dans le numéro de Causeur de juin 2015[2], qui offre une synthèse lucide et argumentée. Toujours est-il qu’en novembre 2015 (application janvier 2016), les socialo-républicains auront fait un nouvel enfant dans le dos du Peuple français et des peuples européens.

La technocratie contre la démocratie, la finance contre l’économie, voilà les enjeux de l’avenir de l’Union Européenne.

Voilà le symptôme le plus récent de nos abandons successifs de Liberté. Ce disant, je ne verse pas dans l’anti-américanisme primaire. Les États-Unis défendent leur économie et leur souveraineté avec talent et efficacité, on ne saurait leur reprocher ; en revanche, la lâcheté intéressée des dirigeants européens, cette corruption morale, ne saurait souffrir aucune indulgence. La technocratie contre la démocratie, la finance contre l’économie, voilà les enjeux de l’avenir de l’Union Européenne. Voilà pourquoi le souverainisme n’est pas un crime contre la démocratie, mais seulement contre la finance qui nourrit les « élites » économiques et politiques qui nous mettent dedans depuis 40 ans.

L’école et la liberté de comprendre

Il n’est de Liberté que dans l’exigence. Or, l’exigence est précisément ce que l’école a abandonné depuis Giscard et la Loi Haby[3]. Nous en payons le prix aujourd’hui, et la douloureuse sera amère plus encore demain. L’énième réforme « déconstructrice » de l’Éducation nationale défendue par Najat Vallaud-Belkacem (elle-même est un pur produit de la méritocratie républicaine qu’elle condamne à mort) vient confirmer que nos gouvernants ont posé la barque du Peuple français sur le fleuve Égalitarisme en choisissant de la laisser dériver… au prix de notre capacité à être libres, et au mépris de conséquences dramatiques et inévitables qui peuvent aller du déclin intellectuel, moral, culturel et économique (il existe une littérature abondante là-dessus) à la guerre civile larvée sur fond de communautarismes (certains pensent que c’est déjà le cas). Il serait cependant trop facile et peu productif de se contenter d’une condamnation morale pour ce naufrage évident (sauf pour les sociologues, les socialistes et les pédagogos). Ceux qui depuis 40 ans ont détruit l’école pour produire des parfaits idiots, consommateurs et dociles n’ont pu le faire que parce qu’ils ont été élus, et ce, le plus démocratiquement qui soit. L’abandon de l’exigence, de la langue et de la culture générale, c’est-à-dire l’abandon du libre-arbitre indissociable de la démocratie, de la liberté et de la responsabilité, n’a été possible qu’avec la complicité de personnes en disposant et voulant conserver la mainmise sur le cours des événements à leur seul profit, dans le plus grand respect des lois et de la constitution. Former des crétins consommateurs et soumis est la clé de la réussite des médiocres et des cyniques, la clé de « l’excellence pour tous ». « L’excellence est un droit » dixit le Président Hollande, sans comprendre qu’il venait de commettre un oxymore savoureux.

La deuxième liberté fondamentale est l’identité : savoir qui l’on est, d’où l’on vient pour, en connaissance de cause, comprendre le monde dont on a hérité et décider d’où on va et de comment on y va.

Trois libertés fondamentales sont négligées, et condamnées à plus ou moins court terme : la liberté de comprendre et de se faire comprendre, la langue ; la liberté de savoir qui nous sommes, l’identité ; et la sécurité. De ces trois libertés premières nait le cadre démocratique. Contrairement à ce que certains bourdieuso-rousseauïstes matraquent à longueur de tribunes, la langue n’est pas fasciste. La grammaire et l’orthographe permettent à tous de se faire comprendre dans un langage unique sur un territoire donné. Cela évite le syndrome Tour de Babel. La langue n’a pas à s’adapter aux personnes ; ce sont les personnes qui en héritent, qui l’apprennent, qui la maîtrisent et qui la font évoluer, notamment grâce aux écrivains. Un quidam ne maîtrisant pas la syntaxe ou l’orthographe n’a que très peu de chance de trouver un emploi et de s’intégrer au monde, et il ne peut s’en prendre qu’à lui-même (et qu’on ne vienne pas me chanter que c’est une histoire de classe sociale!). Bien comprendre ce qu’on lit et ce qu’on nous dit, s’exprimer de manière claire et compréhensible sont des conditions sine qua non de la vie en société, d’autant plus si cette dernière est démocratique. Ne pas l’admettre équivaut à reconnaître qu’une pseudo sagesse populaire prime. Ce à quoi je réponds par une citation de Pierre Desproges : « La sagesse populaire, on connait. C’est elle qui a élu Hitler en 33 ».

La deuxième liberté fondamentale est l’identité : savoir qui l’on est, d’où l’on vient pour, en connaissance de cause, comprendre le monde dont on a hérité et décider d’où on va et de comment on y va. Il n’y a aucun racisme, aucune xénophobie là-dedans. Le mondialisme veut la mort de toute espèce de frontière, ce qui inclut la dissolution des identités et des particularismes dans un gloubi-boulga divertissant (pour ne pas dire crétinisant) à alibi vaguement folklorique et à fort potentiel économique. C’est oublier un peu vite que l’humain a besoin de repères pour se construire et évoluer dans un monde préexistant auquel il est contraint de s’adapter. Impossible sans connaître son identité, ses origines, son histoire, la culture, les us et coutumes de son pays. Laisser penser le contraire sous prétexte qu’à l’heure de la mondialisation et d’Internet, l’accès à l’information est universel et dispense de tout apprentissage, voire rend caduc tout héritage, est une escroquerie intellectuelle qui relève du crime contre la Liberté (donc contre l’Homme qui se différencie du monde animal déterminé par sa Liberté). L’identité précède la Liberté ; elle est consubstantielle à l’exercice de la liberté politique, c’est-à-dire de la liberté d’influer sur le cours des événements (en démocratie tout du moins).

Rendre, enfin, la Justice au nom du peuple

La troisième de ces libertés est la sécurité, c’est-à-dire la possibilité de travailler, de se déplacer, de posséder légitimement. Cela implique quelques concessions réfléchies et limités à la Liberté pour éviter que le monde ne se transforme en une jungle avec un modèle social darwinien. Dans une société démocratique, la sécurité est garantie par l’État, détenteur du monopole de la violence légitime et rendant la justice au nom du Peuple. Cette liberté est mise à mal actuellement, sacrifiée depuis des années au nom de la culpabilité des victimes (présumées privilégiées ou racistes) et de la victimisation des coupables (forcément victimes de la méchante société, surtout si elle est composée majoritairement de blancs de culture judéo-chrétienne, coupables ad nauseam de l’esclavage et de la colonisation). En France, la justice est censée être rendue au nom du Peuple. Comment se fait-il alors que le Garde des Sceaux ne s’étonne pas qu’un syndicat de juges, le Syndicat de la Magistrature, ait pour premier objet de rendre la justice au nom de ses idées et non conformément aux lois émanant de la représentation nationale ? Ce qu’il peut faire impunément, en utilisant la liberté d’appréciation du juge. Les membres de ce syndicat classé à l’extrême-gauche ne sont pas que je sache issus du suffrage universel… et son indépendance de jugement peut être légitimement questionnée compte-tenu de ses statuts et de la fameuse affaire du « mur des cons ». Dans ce climat, tendu par la dépression économique et la crise identitaire, sommes-nous en train de sacrifier notre Liberté à une idéologie hostile au réel ? Le retour de bâton risque d’être violent.

La majorité de la population accepte sans broncher que le gouvernement lui dise comment elle doit se comporter dans sa vie privée. Renoncement à la responsabilité, donc à la Liberté.

Ces trois libertés fondamentales, langue (comprendre et s’exprimer), l’identité (qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous) et la sécurité (garantie de la sérénité des relations sociales) sont essentielles au cadre démocratique. Les autres libertés en découlent. Elles offrent l’avantage de prévenir l’identitarisme ou le communautarisme, par nature générateurs de conflits (je renvoie à l’exemple de Sparte développé par Revel). Elles épousent parfaitement le cadre de l’État-Nation, qui garantit un exercice de la démocratie à échelle humaine. Nous le constatons chaque jour avec l’évolution de l’Union Européenne, le cadre supra-national vire à la technocratie et impose ses dogmatismes déconnectés du réel. Son fonctionnement méconnu des citoyens, le verbiage jargonisant et les oukases de la commission sont un répulsif efficace pour éviter une mobilisation des citoyens européens dans les urnes. La déconsidération des adversaires et l’insulte à l’encontre de tout ce qui propose une alternative à la politique libérale-libertaire en cours achève la déconnexion entre l’Europe et ses citoyens. Principale conséquence pour la Liberté : le there is no alternative cher à feue Madame Tatcher pousse un nombre de plus en plus important d’électeurs dans les bras des nationalistes ou de l’extrême-gauche, avec un risque de crise sociale majeure et violente.

Notre société célèbre comme un progrès ce qui n’est que renoncement et déresponsabilisation, infantilisation et soumission aux intérêts supérieurs du marché et des idéologues.

Les résultats de cette somme d’abandons et de lâchetés se font déjà sentir concrètement. L’acceptation des lois hygiénistes et de l’État-maman en est caractéristique. La majorité de la population accepte sans broncher que le gouvernement lui dise comment elle doit se comporter dans sa vie privée. Renoncement à la responsabilité, donc à la Liberté. L’exemple des anciens fumeurs malades qui attaquent en justice les cigarettiers est à ce titre saisissant ; comme si on les avait obligés à fumer, le couteau sous la gorge. Il est vrai que dans notre monde repu d’hygiénisme moralisateur et pétri d’envie de pénal, dans cet Empire du Bien[4], l’alcool est coupable de l’alcoolisme et les fabricants de cordes et de draps des suicides par pendaison. Notre société célèbre comme un progrès ce qui n’est que renoncement et déresponsabilisation, infantilisation et soumission aux intérêts supérieurs du marché et des idéologues. L’avenir qui se profile a déjà été décrit dans la Littérature[5] et de nombreux intellectuels de divers bords nous mettent en garde quotidiennement contre ce que nous refusons de voir venir : un monde de mollusques soumis au bon vouloir de la technique et du Saint-Fric mondialisé.

Concluons sur une note positive, jamais la prise de conscience de ce déclassement du citoyen libre à l’état de consommateur servile n’a été aussi forte. Preuves en sont la production éditoriale et journalistique sur le sujet, la mobilisation pour la défense des humanités classiques en voie d’abandon, ainsi que la multiplication des initiatives locale (comme les AMAP) qui proposent une alternative de qualité et respectueuse des terroirs à la grande bouffe industrielle) ou via les réseaux dits « sociaux ». Ce sont nos petits renoncements qui tuent notre Liberté. La solution est en nous, ne lâchons rien sur la Liberté sans laquelle ce qui reste de démocratie sera définitivement enterré sous le marché.

Le Librairtaire

 

[1]Le traité transatlantique et autres menaces, Pierre-Guillaume de Roux Éditions, 2015.

[2]« TAFTA Naufrage transatlantique », in Causeur, n°25, juin 2015, pp. 30-33.

[3]Loi qui instaure le collège unique, votée en 1975.

[4]Philippe Muray, L’Empire du Bien, Les Belles Lettres, 1998.

[5]Par exemple, Jules Verne dans Paris au XXème Siècle ou dans les 500 millions de la Bégum :

http://librairtaire.fr/wordpress/?p=400

 

Le Librairtaire

Le Librairtaire

Historien de formation, Le Librairtaire vit à Cordicopolis. Bibliophage bibliophile, amateur de caves à cigares et à vins. http://librairtaire.fr/wordpress/