share on:

Au lendemain des cérémonies des César et des Oscars, le constat est simple. Quand, en France, les votants priment des films traitant de sujets graves et de performances d’acteurs « poussés dans leurs retranchements », les Etats-Unis et leurs « électeurs » répondent aux sirènes des campagnes publicitaires financées par les producteurs, à l’instar d’une élection présidentielle. 

La surprise ne vient donc plus du moment où l’on décachète la fameuse enveloppe, mais de l’heureux élu qui monte sur la scène obtenir sa récompense et prononcer son discours.

Et le jour suivant, si l’attention des médias se porte sur le palmarès, ils reprennent, non sans une certaine délectation, les propos des différents primés. Quand certains se contentent simplement et modestement, au nom du respect d’autrui, de remercier les personnes qui leur ont permis de remporter l’une des prestigieuses statuettes, et par là même s’exerçant tant bien que mal au difficile exercice de captiver son auditoire et de n’oublier personne, d’autres utilisent la scène comme estrade, et leur temps de parole comme discours politique.

Ce n’est désormais plus Jean Dujardin, le sourire aux lèvres et l’air béât qui vient chercher sa statuette, c’est une multitude de Robert Badinter, le discours prêt, qui s’enorgueillissent de leurs élocutions devant un parterre acquis à leur cause : qu’il s’agisse du président Trump aux Etats-Unis, de la cause tibétaine où des affaires Théo et Adama Traoré en France. Peu importe. Le langage transcende la cause. Nul doute que ces combattants médiatiques pour la vérité ont tous appris consciencieusement les 10 commandements du discours de l’indigné :

1/Concerné tu te sentiras

L’auteur du discours aura pour tâche d’attirer son auditoire à sa cause, cause perdue puisque l’artiste est, par définition, un citoyen engagé dans la défense des opprimés.

2/De l’indignation tu montreras

Tout doit y passer pourvu que l’on soit sincère. Si les spectateurs ne sont pas persuadés, ils sont, et cela grâce à la profusion de (bons) sentiments, convaincus que leur cause est noble. Les larmes se développent plus facilement que la réflexion.

3/Du bon côté tu seras

Le monde se divise en deux catégories comme disait l’autre et le lauréat appartient au camp du Bien. Tel le Messie, il avertit son prochain que « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ».

4/Lanathème tu jetteras

L’artiste enragé ne défend pas seulement ses idées, il invective, et incite son auditoire à penser avec lui et comme lui, sous peine d’être excommunié du royaume des citoyens.

5/Les conséquences jamais tu ne subiras

Parce que leur discours est encadré, attendu, faisant la part belle aux opprimés, l’artiste engagé ne risque pas d’être déporté au goulag de la mauvaise pensée.

6/Être original tu penseras

Les Grammy Award,  les Oscars, les Césars, quand ce n’est pas les Victoires de la musique, toute cérémonie synonyme de discours est aussi synonyme de bénédicité en faveur des justes ou du pamphlet anti-totalitaire. N’est pas Arendt qui veut.

7/Résistant tu deviendras

L’artiste n’en est plus un. Son nom s’ajoute désormais à la longue liste des combattants pour la liberté et la vérité, peu importe que celle-ci soit faussée ou biaisée. La posture du maquisard en robe de soirée est du plus bel effet.

8/L’univers médiatique ton discours reprendra

Les beaux discours feront l’objet de beaux articles et de belles photos sur les chaines d’information en continu et dans les magasines glamour, Paris Match ou Vanity Fair. En dignes successeurs des éditions de Minuit.

9/La célébrité tu (re)connaîtras

Les médias et les réseaux sociaux auront à coeur de diffuser et de partager ce cri du coeur, cette injonction à nous indigner tous ensemble, sous l’égide d’une bougie allumée pour perpétuer le message.

10/Des films engagés tu tourneras

Suite à ce coup d’éclat, les différents primés désireux de continuer le combat s’engagent alors derrière la caméra.

Pour mieux concourir l’année suivante au titre de meilleur film.

 

Liens 

Les Oscars 2017 et les discours contre Trump (RTL)

Le cinéma français malade de ses « fils de » 

Festival de Cannes : réflexions d’un jeune nostalgique 

 

 

mm

Andrés Rib

Ancien de la Sorbonne. Professeur de Lettres. Aime le Balto, et la Philo.