Ces derniers temps, les polémiques, les déclarations et autres dérapages se sont multipliés. Philippe Tesson avait ouvert le bal. Plus récemment, c’est Roger Cuckierman et Roland Dumas, avec l’aide d’un Bourdin, roublard de la bande FM, qui sont entrés dans la danse. Nul besoin de revenir en détail sur la teneur des déclarations, tant la déflagration médiatique fut ressentie jusqu’aux confins des campagnes françaises. De son côté, François Hollande, lors du diner du CRIF, a promis un énième plan contre la haine, le racisme et l’antisémitisme. Nous vous avions parlé des différentes tactiques d’enfumage autour de la question du racisme. On ne prend pas les mêmes mais on recommence. Après les récents événements tragiques, tout cela ne fait pas honneur à notre pays.

L’esprit du 11 janvier a un arrière-goût amer. Si les manifestations ont pour certains renforcé le « vivre-ensemble », elles ont aussi renforcé l’entre-soi. On peut vivre ensemble dans la mesure où l’on partage des valeurs et un destin communs. On se demande si c’est bien le cas en France, car ces manifestations nous ont montré que si l’illusion est bien présente dans nombre d’esprits optimistes, la réalité d’une vie où des êtres différents envisagent une destinée commune est à présent derrière nous. La vague de déclarations et de réactions nous le prouve.

Une guerre des mots dérisoire

On se persuadait que derrière chaque Français blanc se cachait un raciste, donc un électeur FN.

En effet, dans le discours du début de millénaire en France, avec l’arrivée au second tour de Jean-Marie Le Pen en 2002, on a mis les « Français dits de souche » sous le feu des projecteurs. Avec des termes peu heureux, comme « souchiens », même si ceux-ci restèrent confinés aux marges du milieu associatif.

Depuis, le soupçon de racisme d’une partie de la population dite « blanche » était palpable, avec des éléments de langage comme le « racisme ordinaire », chers à nos associations, englobant tout et son contraire. On se persuadait que derrière chaque Français blanc se cachait un raciste, donc un électeur FN. Si cela pouvait s’appuyer sur un sentiment légitime, il semblait aussi certain que cela aidait des individus à augmenter leur « capital médiatique » aurait dit Bourdieu. Des fortunes diverses se sont faites sur l’ « indignation », la « dénonciation », le «vivre-ensemble » : des termes à la charge médiatique inversement proportionnelle aux résultats concrets obtenus. Ainsi, ils ont fait le tour des émissions phares du service public, Ce soir ou jamais, Des paroles et des actes, pour nous expliquer que oui, la France « blanche, masculine, âgée » était la source de tous les maux. Avec de nouveaux mots, « islamophobie », « negrophobie », « homophobie », « transphobie », « gerontophobie ».

Une France  politiquement fragmentée et socialement divisée

On invente des mots de plus en plus forts pour faire de moins en moins de choses :  le poncif qui touche l’ensemble de notre classe politique.

Mais la série d’attaques touchant actuellement l’Occident a tout changé. Depuis avril 2013, et l’attentat de Boston, ce sont des « ennemis de l’intérieur », dixit Alain Bauer, qui ont frappé les Etats occidentaux. En mai 2013, la victime est un soldat anglais, assassiné à l’aide d’un hachoir par un Anglais, né à Londres. En mai 2014, le musée juif de Bruxelles est attaqué par un fondamentaliste français. L’année 2015 compte pour l’instant deux attaques d’envergure : la tragique épopée des frères Kouachi et celle du jeune Omar Hamid El-Hussein, respectivement nés en France et au Danemark.

La réalité était que des individus originaires du pays en question et se réclamant de l’islam s’attaquaient à des institutions, individus, parfois juifs, parfois soldats, en tout cas incarnant à un moment donné les « ennemis » de cette religion.

Si ces attaques ne représentent pas la majorité des Musulmans, cela n’a pas empêché nos dirigeants de prendre la balle au bond, comme ils savent si bien le faire. Ainsi, notre actuel Premier Ministre, beau parleur, a prononcé le terme d’« islamo-fasciste » pour décrire la situation. On invente des mots de plus en plus forts pour faire de moins en moins de choses :  le poncif qui touche l’ensemble de notre classe politique.

Ainsi, dans la configuration actuelle, post 7 janvier, et selon nos leaders politiques et médiatiques, les rapports de force politiques sont ainsi :

– Musulmans contre juifs à droite et extrême droite. Le FN veut se poser comme protecteur des Français juifs contre les Français musulmans, tentant de rattraper les errements du père.

– « Français de souche » minoritaires ou vus comme oppressés (Jeunes, femmes, LGBT, etc..) contre Français musulmans à gauche, avec le Mariage pour Tous comme point de fracture, entre autres éléments.

A la gauche de ce spectre donc, l’exemple de la Présidente des Indivisibles, qui s’est vue refuser une intervention sur la condition féminine est symptomatique de cette nouvelle configuration post Charlie. Le 20ème arrondissement est ancré à gauche depuis 20 ans. Elle paye sans doute le prix de ses déclarations intolérantes contre Charlie Hebdo lors de l’incendie de leurs locaux en 2011. La tolérance à géométrie variable : c’est un peu la malédiction de la France d’aujourd’hui. Ce n’est pas tant la « tolérance » qui est en cause, encore un mot totem, mais ce qui est tolérable. Évidemment, chacun a son propre thermomètre, plus ou moins sensible aux changements de température. « L’intolérance des tolérants existe, de même que la rage des modérés » disait Hugo.

Il faut affirmer haut et fort que c’est notre République qui est une et indivisible. Nos constitutions successives n’ont jamais cessé de le proclamer. Elle ne reconnaît pas les communautés car être Français ne se résume pas à une couleur de peau ni à une origine. Mais nos hommes politiques ces derniers temps, dans un mélange d’opportunisme et de clientélisme, ont cherché à modifier les fondements de notre démocratie, avec des résultats désastreux pour la cohésion nationale.

Le Français introuvable

Il s’agit pour notre pays de se réapproprier son Histoire, qui n’a pas, bien heureusement pour nous, commencé avec la colonisation et fini avec la collaboration.

Notre Président a donc prononcé le mot interdit lors du diner du CRIF, un mot pour lequel certains sont encore en procès : « Français de souche » pour semble-t-il contrebalancer la déclaration de Cuckierman sur les jeunes Français musulmans. Il fait comme si Français de souche et Musulmans étaient deux catégories distinctes, ce qui est loin d’être une évidence. Notons tout de même le « comme on dit » à la fin de sa phrase, comme pour se dédouaner instantanément de cette parole. On pourrait, parmi tant d’autres, évoquer Frank Ribéry et sa récente conversion à l’islam. Parallèlement au soupçon de racisme d’une partie des Français, depuis les années 2000 en France, on porte au pinacle la notion de différence, de communauté, une certaine fierté des origines.

François Hollande semble ainsi presque rassuré que ce ne soit pas des jeunes égarés, prenant l’islam en otage pour justifier leurs actions, qui ont commis ces actes. Rappelons-nous de mars 2012. On a d’abord accusé l’extrême droite lors de l’attaque meurtrière d’une synagogue et d’une école juive. Il s’agissait de Mohamed Merah.

Mais revenons sur le terme, qui appartient au domaine du biologique, du sanitaire, voire du microbien. Il ne fait pas l’unanimité. Tout le monde prend ce terme au premier degré, la souche française serait « diversifiée », la souche française serait « composite ». On parle aussi de souche pour désigner l’origine d’un virus, le sida en tête.

Si on va au bout du raisonnement consistant à faire l’éloge d’un passé mythifié chez une partie des populations d’origine immigrée, il faudrait donner un vocable à ces Français, blancs, avec un patronyme français, un héritage français et un futur qui l’est tout autant. La fierté des origines peut s’incarner dans des racines françaises. Ça n’est pas plus choquant que de posséder des racines vietnamiennes ou maliennes. Il ressort au final, que, face à cette demande de reconnaissance portée par une partie des personnes issues des minorités ethniques en France, on ait fini par diviser le pays en factions ethniques et culturelles. Les gens finissent par se séparer et le Français « de souche » ne fait pas exception.

On peut penser que si les Français retrouvaient la fierté de leur passé, de leur Histoire, qui devient aussi celle des nouveaux arrivants, s’ils prenaient en main leur destinée, dans un processus d’émulation et non d’exclusion mutuelle, ces nouveaux arrivants seraient sans doute plus enclins à prendre part à ce creuset millénaire.

Il s’agit pour notre pays de se réapproprier son Histoire, qui n’a pas, fort heureusement pour nous, commencé avec la colonisation et fini avec la collaboration. Or, on a l’impression qu’aujourd’hui, ne subsiste que ces deux moments, tout le reste semble avoir été effacé des esprits et des cœurs.

Il est temps de relever la tête pour permettre à la France de redevenir le grand pays de culture et d’histoire qu’elle n’a jamais cessé d’être.

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Pour illustrer cet article, nous avons choisi le comte de Rochambeau, Français envoyé, avec le rang de lieutenant-général, à la tête de 6 000 hommes pour aider les colons américains contre les troupes anglaises. Il fut l’un des héros de la Guerre d’Indépendance, lors de la célèbre Bataille de Yorktown, qui scella la victoire des colons contre l’empire britannique, en octobre 1781.

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Rémi Loriov

Rémi Loriov est un homme libre qui s'intéresse à tout. On dit souvent à son propos : "personne ne sait ce qu'il fait, mais il le fait très bien." Il aime les histoires.

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