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La France n’a pas respecté ses obligations. Nous dédions cet article à toutes les vierges effarouchées qui s’insurgent contre ceux qui veulent livrer le BPC Vladivostok à la Russie; à tous les défenseurs de l’état de droit incapables de respecter un simple contrat; à tous nos experts qui ont gagné leurs diplômes dans des pochettes surprises; à Monsieur François Hollande, ci-devant Président de la République; à monsieur Cambadélis, Premier Sectaire du Parti Socialiste, qui a si brillamment opéré sa transition de trotskisto-maoïste à celle de néo-atlantiste; mais surtout, à notre République, qui pleure son Chêne depuis le Neuf Novembre 1970.

Qu’est-ce qu’un Mistral ? La définition cénaclienne pourrait être: « Navire de guerre français, prêt à l’exportation, vendu et non livré à la Russie qui n’en a pas besoin pour envahir l’Ukraine ».
Plus sérieusement, le Mistral est dans le jargon militaire, un BPC. Soit un « Bâtiment de Projection et de Commandement ». On a tout entendu, et lu, sur la réelle capacité opérationnelle de ce type de navire. Comme son nom l’indique, le Mistral sert principalement de structure permettant de projeter des troupes (débarquement, héliportage); de servir d’hôpital ou d’accueillir un état-major, et ce pour accomplir des missions données sur des théâtres d’opérations extérieures. Il s’agit donc d’un outil polyvalent, effectivement un bâtiment de combat, mais qui reste un bâtiment de soutien.
La Russie a-t-elle besoin de ces bâtiments? Si elle en a fait l’achat, c’est bien qu’elle y trouve un intérêt notoire. La marine russe avait en effet formulé son souhait d’acquérir des porte-hélicoptères qui lui avaient manqués lors de la guerre de Géorgie, ou Seconde Guerre d’Ostéite du Sud.

L’argument technique est repris par les ravis qui considèrent que ce bâtiment pourrait servir à une invasion de l’Ukraine. Cet argument révolutionne à lui tout-seul, la stratégie militaire russe. Que l’on sache, le pays qui use le plus de sa marine pour intervenir à l’étranger est plus familier de l’Atlantique que de l’Oural. Le fer de lance de la projection américaine reste en effet l’aéronavale, qui fit ses preuves durant la Seconde Guerre Mondiale contre le Japon, dans le Pacifique.

De même, la Russie, en raison de l’immensité de son territoire , est frontalière de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’extrême-Orient. Elle n’a donc jamais vraiment éprouvé le besoin d’investir dans une aéronavale: les Soviétiques ont envahi l’Afghanistan sans porte-avions.

2008_South_Ossetia_war_en.svgOr, il faut toujours, en stratégie militaire, connaître la réalité du terrain. Si l’on se fie à la carte des opérations, la topographie même de la Géorgie démonte à elle-toute seule l’argumentaire anti-russe.

Que lisons-nous? D’abord, une frontière naturelle : le Caucase. On remarque que les sommets caucasiens peuvent atteindre plus de 4000 m d’altitude au dessus du niveau de la mer. Or, tout expert qui se respecte sait pertinemment que la technologie des rotors, que ce soit à piston ou à turbine, peine à amener l’hélicoptère à une altitude supérieure à 4000 m. Difficile dans ces conditions de mener des missions dans de bonnes conditions s’il est difficile de franchir l’obstacle naturel.

Nous voyons ensuite la Mer Noire. La flotte de la Mer Noire, basée à Sébastopol (en Crimée) est intervenue pour prendre en tenaille les forces géorgiennes. Classique. Mais confrontée à une résistance géorgienne, la marine russe a du se contenter de forces « classiques » de combats (comprendre des groupes de bâtiments). Il est évident qu’un bâtiment porte-hélicoptères de type Mistral aurait grandement avantagé la Russie à la fois dans ses engagements de cibles navales et d’objectifs terrestres.

1024px-Ukraine_topo_en« Let’s take a look to Ukraine’s topography » comme diraient les pragmatiques anglo- saxons. En effet, la frontière Russo-Ukrainienne est en fait toute la bordure Est du pays, ce qui en fait la plus importante. Or les combats séparatistes ont lieu dans la région Est-Sud-Est du pays (Dombass, Novo-Rossia). L’hypothèse d’un appui du BPC à une invasion par l’Est ne tient donc pas, et ce pour deux raisons supplémentaires:

1) La Mer est loin, très loin, des zones de combats. Quel serait l’intérêt pour la Marine Russe de placer un BPC si loin des zones de combats, d’y installer un État-Major ou de planifier un débarquement? Disons le, ce n’est pas ce qui viendrait en premier à un stratège, même amateur.
2) Le terrain: vallonné, peu montagneux. Tout est propice à une utilisation massive de forces terrestres, héliportés et aéroportés, mais à partir de bases à terre plus proches et mieux équipées que des bâtiments de projection.

L’argument du risque d’invasion en cas de livraison ne tient pas. Jamais un militaire de l’OTAN ne s’est risqué d’ailleurs à affirmer le contraire. Mais en France, on oublie qu’il faut aussi faire de la géopolitique avec des cartes (Oui oui, vous avez bien lu). Alors si l’argument du risque ne tient pas, qu’est-ce qui peut justifier le refus de la livraison? François Hollande, ci-devant Président de la République.

Un choix éminemment politique

Le 26 Novembre dernier, le Général Breedlove expliquait lors d’un déplacement à Kiev qu’« il n’y avait pas de troupes russes » en Ukraine, si ce n’est « des officiers de formation et d’entraînement ». Pour le reste, il s’agissait selon l’OTAN « de groupes de combats placés à la frontière ». Nous renvoyons ici à l’analyse de Jacques Sapir sur le sujet.
Le discours politique justifiant la décision du pouvoir exécutif est donc désavoué par l’OTAN elle- même. Quand on sait que cette argumentation sert toujours l’im-Monde ou l’ensemble de la presse française, on se demande si son avenir ne réside pas dans l’édition de ses articles sur des rouleaux de papier hygiénique.


Il y a, au ministère de la Défense, une commission qui émet un avis (favorable ou non) vis-à- vis de la livraison des armes à l’étranger. Outre le fait que nous ne connaissons pas l’avis de cette commission, la décision appartient toujours au Président de la République. C’est donc un choix purement politique, discrétionnaire. Or il faut et faudra assumer ce choix. Et, à la considération des récents agissements, on peut se demander si le Président de la République possède encore la compétence et les attributs nécessaires pour assumer une telle attitude.

Il faudra éviter un Brisbane-bis, où refusant de serrer la main à Vladimir Poutine, le Président s’est fourvoyé dans une hésitation ô combien révélatrice. Quand on veut s’opposer à quelqu’un, on doit le faire jusqu’au bout: si l’on reste assis et que l’on ne veut pas serrer la main à Poutine, on ne se relève pas pour dire « Oh pardon! Je ne vous avais pas vu ». On citerait presque Frank Underwood : « il faut parfois tenir tête et se montrer intransigeant pour se faire respecter ». Mais Underwood: 1) Est un personnage de fiction et 2) Il n’est pas François Hollande.

En fait, ce choix politique n’est pas réellement surprenant, car la logique historique est bien antérieure à l’arrivée de Hollande à l’Élysée.

RUSSIA-FRANCE-DIPLOMACY

Amputer une jambe déjà gangrenée

Car nous avons visiblement fait table rase du passé. Oubliée l’alliance millénaire entre la France et la Russie, bienvenue aux valeurs atlantistes et… Non c’est tout en réalité. Et pourtant nous devrions tirer leçon de ces alliances.

On peut prendre, à ce titre, deux illustrations « récentes »:

1) À la fin du XIXème siècle, Bismarck, alors Chancelier du Reich allemand, cherche à isoler la France sur le plan diplomatique pour minorer ses ambitions de revanche suite à la défaite de 1871. Cette même France trouva pourtant en la Russie Tsariste, qui n’était pas un modèle de démocratie, un allié fidèle et solide qui pourrait venir titiller les Teutons en cas de conflit. Cela s’appelle la stratégie du double-front: l’Allemagne redoutait de devoir se battre à la fois à l’Est et à l’Ouest. De fait, ces craintes se sont révélées fondées.

2) De même, le Général de Gaulle, dans le cadre de la politique d’indépendance de la France, s’ouvrit à l’URSS dès les années 1960. Et ce, sans être un communiste ni en reniant l’alliance avec les États-Unis. De Gaulle cherchait donc à s’inscrire à la fois dans cette logique historique de coopération franco-russe, de politique d’indépendance de la France sans pour autant renier son alliance avec les États-Unis. La France ne devait devenir le vassal ni de l’un ni de l’autre. Elle devait être un médiateur pour peser dans les relations internationales.

On peut supposer que le politologue de troisième zone, issu de la génération Guénolé, ne saisira pas une telle attitude. Qu’importe, un enfant de douze ans à qui votre serviteur racontait cette anecdote, lui, l’a comprise.

Or, cette alliance n’est pas née au XIXème siècle. Elle est le fruit de mille ans de relations culturelles, politiques, économiques ou militaires. Les changements de régime depuis la fin de l’Empire n’ont pas altéré cette logique: poursuite des intérêts de la France, patriotisme (un gros mot pour certains). Même la République Radicale avait mis de côté ses valeurs républicaines et anti-monarchiques, au profit de la France érigée en valeur suprême.
Le constat de l’absence de rigueur historique est d’autant plus alarmant qu’il est en réalité très logique, si l’on analyse la tendance des vingt dernières années. À commencer par notre politique désastreuse dans les Balkans.
Que sous-entendait François Mitterrand, quand il rappelait au sympathique BHL « que [lui]-vivant, jamais la France ne fera[it] la guerre à la Serbie »? La France est historiquement tournée vers l’Est, mais sans passer par Berlin. Car la France a une affinité quasi-naturelle avec les pays slaves, et inversement.

Comme avec la Russie, l’alliance franco-serbe était millénaire. Oui, « était ». Car elle fut réduite à néant, en quelques mois, par la soumission aux valeurs atlantistes et au cynisme anglo- saxon. Dire, qu’à Belgrade, la statue célébrant l’amitié franco-serbe fut drapée de noir durant l’intervention. Nous renvoyons à l’excellent livre de Jacques Hogard : L’Europe est morte à Pristina.

La France s’est tiré une balle dans le pied en 1999, et la gangrène est venue tout de suite après. Car nous ne semblons être sortis du cadre de pensée qui vise à faire de la France un juge du monde, alors qu’elle doit être un phare. Une lumière qui éclaire l’humanité. On ne force pas les peuple à être libres.

Adieu, crédibilité

« L’homme d’État pense à la prochaine génération » disait Churchill. Que ce qualificatif sonne faux dès qu’il s’agit de l’appliquer à François Hollande. Ce roi sans couronne ne pense pas à la prochaine génération, il pense à la prochaine élection. Emmuré dans ses sondages et vitriolé par les épandages de bile de Mme Trierweiler, voilà la réalité d’un président « en décomposition » (Sapir). On ne peut pas vraiment lui en tenir rigueur, nous avons parfois les dirigeants que l’on mérite après quarante années de délabrement en matière de politique étrangère.

Les conséquences attendues de l’absence de livraison sont fort inquiétantes. À court terme d’abord. Pour DCNS, le constructeur naval des BPC, c’est un manque à gagner considérable (chaque navire coûtant entre 400 et 500 millions d’euros); d’autant plus considérable que les transferts de technologies ont déjà eu lieu. Ajoutons à cela les sanctions économiques pour non- respect du contrat. Nous arrivons à 3 Milliards d’Euros. Heureusement qu’il y a la Commission Européenne pour nous soutenir financièrement ! (Ceci est une blague)

Inquiétantes à court terme, elles seront certainement désastreuses à long terme. On s’insurge contre ceux qui veulent livrer ces navires; or ces mêmes fantoches qui prônent le respect du Droit ne sont même pas capables de respecter un simple contrat: et ils voudraient donner des leçons au reste du monde. Ceci dit, on peut comprendre ceux qui affirment que « cette décision nous honore » : vous avez déjà vu une France qui respecte sa parole, chers lecteurs? On ne marche même plus sur la tête, car il n’y a plus de têtes.
Quand DCNS aura licencié ses salariés peut-être s’interrogera-t-on sur l’inconséquence de ce genre de décision.

Et quand Jean-Christophe « Combat d’Hélices », premier sectaire du Parti Socialiste, déclare que le « FN s’est mis dans la main de l’adversaire de la France (la Russie), on est partagé : doit-on y voir le premier sectaire chantre d’une certaine ligne de politique étrangère, ou le repris de justice qui ose encore ouvrir son caquet ? Pour toutes ces raisons, la France n’est pas la France. Et c’est dommageable. l’adversaire de la France » (comprendre la Russie), on ne peut être que partagé : doit-on y voir le premier sectaire chantre d’une certaine ligne de politique de étrangère (ce serait lui prêter beaucoup trop de compétence), ou le repris de justice qui ose encore ouvrir son caquet (c’est beaucoup plus plausible) ?

Pour toutes ces raisons, la France n’est pas la France. Et c’est dommageable.

Henry Wotton

Rédaction

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Rédacteur depuis Mars 2014