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Face à la défiance qui gagne les Français vis-à-vis des élites, la nécessité de l’engagement est plus que jamais impérieuse. Mais la résignation est telle, et les partis politiques offrent un tel spectacle de délabrement, que le seul engagement possible se réduit à l’activisme 2.0, autant dire le néant absolu.

L’UMP a beau se pavaner avec ses nouveaux adhérents en vue de l’éventuel retour de Nicolas Sarkozy, tandis que le FN se targue de recueillir de nouveaux militants par milliers depuis le naufrage du PS au pouvoir, force est de constater que le lien s’est rompu entre le peuple et ses représentants et cela se traduit par un non-engagement, voire une forme de résignation.

Le peuple français se venge a contrario de ce qu’on lui a volé. Sa souveraineté, sa dignité, ses économies, sa fierté, son modèle social, son éducation.

Que ce soit la « droite » ou la « gauche » au pouvoir, chacun a pu constater que le chômage ne baissait pas, que les impôts ne diminuaient pas, que les affaires ne s’arrêtent pas de pleuvoir. De surcroît, chaque citoyen a désormais pris conscience que le pouvoir n’était plus à Matignon ni à l’Elysée ; que la finance, l’Union européenne ou bientôt le Traité transatlantique sont les nouveaux tyrans intouchables que même une révolution ne saurait faire trembler. 

« Les gens se vengent des services qu’on leur rend », écrit Céline dans son Voyage au bout de la nuit. Le peuple français se venge a contrario de ce qu’on lui a volé. Sa souveraineté, sa dignité, ses économies, sa fierté, son modèle social, son éducation. Le mépris a succédé à la colère, comme le dédain a pris le pas sur la rage. Des entrailles de cette France affaiblie et ruinée, ne proviennent que des relents déclinistes et résignés, comme si la nation subissait son calvaire hollandiste en attendant d’hypothétiques jours meilleurs.

Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant de constater que plus personne ne milite activement, pour un parti ou pour un autre, et que les discussions font toujours consensus sur la nullité des gouvernants. Cela se traduit dans les urnes pas une abstention record, mais également dans les esprits. Le Roi n’a plus le pouvoir, et il n’écoute plus. 

Le grand Guignol des universités d’été 

Comme si cela ne faisait pas déjà trente ans qu’ils étaient en vacances, les politiques feront leur rentrée en cette fin d’été aussi maussade que la conjoncture économique. Pour « faire peuple », nous reverrons une nouvelle fois nos chers représentants se rendre à ces « universités d’été », pour faire des photos et prononcer des discours lénifiants à un parterre de jeunes militants incultes, tout juste bons à faire la claque.

Eric Woerth jouera au foot avec quelques jeunes néo-giscardiens portant du Vicomte Arthur ; Bruno Le Maire continuera de faire croire qu’il est gaulliste aux « Jeunes Pop », et Cécile Duflot promènera son 46 au milieu de prépubères EELV qui ne représentent rien d’autre qu’eux-mêmes. Ces élites sont tellement éloignées des gens, tellement « déterritorialisées » comme l’indiquerait Deleuze, qu’ elle sont obligées de mettre en scène ces déplacements en province et de faire affréter des bus entiers pour ne pas parler dans le vide. Le PS poussera même le vice jusqu’à monter un « Ateliers Jaurès » …

Les gazettes chercheront la « petite phrase » à retenir, Manuel Valls suera à grosses gouttes et haranguera la foule inerte des MJS – qui ignorent pourtant tout de la jeunesse comme du socialisme – et Yann Barthès jubilera en septembre des propos captés en off. Une gigantesque mascarade festive, comparable à ce que devient la Fête de l’Huma, vulgaire repaire de punks à chiens venus se délecter des couplets de Cali. Il suffit en outre de se renseigner sur le coût de ces déplacements pour ces militants pour rapidement comprendre que seules les jeunesses de Neuilly et du XVIe arrondissement pourront se rendre en ces hauts lieux de ringardise et de capitulation intellectuelle. Tout ce cirque grand-guignolesque suffit à montrer à quel point l’engagement est devenu dérisoire, perdu dans de vulgaires artifices communicationnels.

La réduction du militantisme aux réseaux sociaux 

Les militants se rassemblent au siège de leur parti pour tweeter les déclarations « chocs » de leur poulain, avec le bon hashtag, pour parvenir au Saint-Graal du Top Tweet, se donnant l’illusion que cette parole reçoit un écho populaire.

Parce-que les rues sont vides de militants sincères et honnêtes qui distribuent des tracts, parce-que les grands discours de Georges Marchais ne résonnent plus nulle part, et parce-que les hommes politiques n’ont plus aucune crédibilité, le dernier refuge du militantisme politique se trouve sur les réseaux sociaux. Il y aurait lieu de s’en réjouir, si seulement ces empoignades en 140 signes débouchaient sur une prise de conscience ou bien sur des actions concrètes et utiles.

La parole du militant politique, sur Facebook ou sur Twitter, ne s’adresse qu’aux autres « e-militants » qui pensent la même chose. La nécessité d’être concis implique également un manque de construction de la pensée et un défaut d’élaboration linguistique qui n’ont rien à voir avec les empoignades d’antan, dans les cafés, les universités et autres lieux de vie réels. Pendant la dernière campagne présidentielle ou lors de chaque grande interview effectuée en direct par un ténor, les militants se rassemblent au siège de leur parti pour tweeter les déclarations « chocs » de leur poulain, avec le bon hashtag, pour parvenir au Saint-Graal du Top Tweet, se donnant l’illusion que cette parole reçoit un écho populaire.

 Si les partis politiques dépensent autant d’argent en communication, et si les derniers militants ne sont que des perroquets branchés sur iPad à Solférino, c’est parce que leur discours ne sont plus audibles auprès des gens. De nouveaux scandales Bygmalion sont à prévoir, d’ailleurs, s’il persistent dans leur verbiage technocratique, atlantiste et libéral. Parce que le noeud du problème réside également dans l’indifférenciation générale de la pensée des militants fantoches. Qui peut aujourd’hui trouver des différences entre un Jeune Pop et un MJS ? Ces derniers vivent bien souvent dans les mêmes quartiers, vont dans les mêmes écoles, aiment l’euro, le libre-échange et luttent contre la fonte des banquises …

 Tweeter, ce n’est pas militer. Diffuser un communiqué sur Facebook, ce n’est pas s’adresser au peuple. Liker, ce n’est pas adhérer à un concept politique. Et ce n’est certainement pas aux universités d’été que le réveil du citoyen aura lieu.

Julien de Rubempré 

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.