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Charlie Hebdo a donc consacré sa une à Cyril Hanouna, l’animateur de Touche pas à mon poste, en le représentant sous les traits d’un insecte qui se nourrit du cerveau des enfants avec comme légende : « Hanouna, le virus qui rend con ».

En préambule, il convient de noter que le journal a considérablement revu ses ambitions à la baisse : plus question de prendre aucun risque, feu sur une cible facile. Alors ce sera Cyril Hanouna, l’impertinent de D8, coupable aux yeux d’un hebdomadaire – pourtant humoristique, du moins sarcastique – de trop faire rire les gens et en particulier les jeunes.

Si nous voulions faire de la morale, nous aurions insisté sur ce qui est dérangeant dans cette caricature : le nez crochu, le fait de manger les enfants … Il serait facile de comparer ce gribouillage à d’autres dessins qui circulaient durant l’entre-deux-guerres ; mais Charlie, depuis sa transhumance des Gentils il y a plus d’un an déjà, semble bénéficier d’une étonnante bienveillance.

Nous avions déjà montré que TPMP repose sur une dialectique qui trouve ses origines dans le carnaval antique et médiéval : à travers le déguisement et la farce, le puissant se trouve symboliquement ridicule et provoque le rire. Alors forcément, ce n’est pas un humour forcément intellectualisé, loin de là, d’ailleurs personne ne met la 8 pour se cultiver. Est-ce forcément un drame ?

Hanouna et l’humour breveté

Feu sur une cible facile. Alors ce sera Cyril Hanouna, l’impertinent de D8, coupable aux yeux d’un hebdomadaire – pourtant humoristique, du moins sarcastique – de trop faire rire les gens et en particulier les jeunes.

La rigolade potache, aux yeux de Charlie, serait donc nuisible ; même si chaque téléviseur est équipé a priori d’une télécommande et que chacun peut zapper sur ARTE s’il souhaite se cultiver. Le divertissement qui ne se prétend pas autre chose semble déranger les rentiers de la galéjade, les fonctionnaires de la moquerie et autres sénateurs de la plaisanterie.

Parce qu’Hanouna innove à chaque émission et trouve un public, ces censeurs le dénigrent en frôlant presque le mépris de classe. Le peuple n’est pas assez éduqué, il ne comprend pas l’humour sophistiqué et de bon goût, alors il se vautre devant D8 … N’est-ce pas le comble du dédain ? Le rire gratuit, sans prétention, apolitique, ne semble plus avoir bonne presse. La prétendue impertinence de Charlie sera saluée, comme lorsque nous nous forçons à rigoler lorsque notre vieille amie dépressive tente un jeu de mots aussi désespéré qu’elle.

Depuis que le comique est roi sur les plateaux de télévision, qu’il lui revient le devoir d’annihiler toute prétention au sérieux, il est devenu plus qu’un contre-pouvoir : il est le vrai pouvoir parce que nous sommes à l’heure de la dérision totale. Et c’est donc le caricaturiste de gauche, le « sniper » bien-pensant comme Guillon ou le chroniqueur de France Inter qui détient le brevet de l’humour forcément drôle, du bon mot bien accepté et du trait d’esprit qui n’amuse personne mais est auréolé du brevet de la raillerie médiatiquement correcte.

Il est possible de rire aux larmes devant Hanouna, de lire Schopenhauer et d’écrire de la poésie ensuite. L’auteur de ces lignes, humblement, en est la preuve. Et il n’a jamais ri en ouvrant Charlie Hebdo. Allez comprendre. Permettez-nous de citer une nouvelle fois Arendt  soutenant que « la société de masse ne veut pas la culture, mais les loisirs ». Nous avons devant nous le résultat de cette maxime.

Puisque comme le dit Hanouna « La télé ce n’est que de la télé », répondons à nos nouveaux moralistes que le rire c’est le rire, et que oui, le rire gratuit invite à l’humilité parce que nous sommes finalement tous égaux devant lui.

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Julien Leclercq

Fondateur du Nouveau Cénacle et auteur de "Catholique débutant" paru aux éditions Tallandier.