Après les attentats de janvier 2015, une partie de l’opinion française s’est outrée de ne pas trouver égale médiatisation à l’égard des autres atrocités de l’actualité chaude.

Au menu, massacre de familles et villages entiers par Boko Haram, la tuerie d’étudiants kenyans par les Shebab, tout ça sur mise en abime des milliers de Palestiniens tués l’été précédant les attentats et les centaines de migrants noyés toutes les semaines aux larges de nos côtes. « Ouais, bah face à nos petits attentats, on pèse pas bien lourd dans le game de l’horreur. « 

Au delà d’un point de vue éthique pas vraiment louable, comparer le taux de médiatisation entre deux boucheries est invraisemblable. Pourquoi pas comparer la peine due à la disparition d’un proche à la peine éprouvée par la perte d’un parent d’un proche. Bien évidemment, cela n’a rien de comparable et d’ailleurs personne ne réalise ce schéma intellectuel saugrenu. D’abord parce que quand cela nous arrive, on garde de la décence, de l’humilité. Or, depuis les attentats de Paris, une frange importante de « l’opinion » n’a cessé de pointer la discrimination de « peine » et de « médiatisation » entre nos tristes événements et ceux perpétués par Boko Haram ou les Shebab, respectivement au Nigéria et au Kenya. Croyant ainsi montrer, de manière involontaire, notre préférence « blanche », « occidentale » et « riche » à nous préoccuper principalement de nos « petits soucis ». Car oui, une quinzaine de morts ne vaut pas les milliers qu’ont essuyés le Nigeria et le Kenya. Quel atroce raisonnement que celui-ci. On tombe ici dans une pure banalisation du mal, où la mort et l’atrocité sont quantifiables au même titre qu’un kilogramme de pommes de terre.

Oui, nos médias français ont réagi, et en masse aux horreurs perpétrées en Afrique. Tous les quotidiens, journaux, magazines, ont envoyé leurs reporters (souvent au risque de leur vie) réaliser de poignants reportages sur ces tristes événements.

Quelle infinie tristesse. Surtout qu’une telle accusation est fausse. Oui, nos médias français ont réagi, et en masse aux horreurs perpétrées en Afrique. Tous les quotidiens, journaux, magazines, ont envoyé leurs reporters (souvent au risque de leur vie) réaliser de poignants reportages sur ces tristes événements. J’ai par exemple souvenir d’un somptueux papier en une du « Libération » du 26 février 2015 avec Sophie Bouillon au texte et Olivier Laban-Matte à la photo sur des survivants nigérians. Mais ceux qui profèrent ces accusations se fient davantage aux chaines d’informations de télé. Le papier étant ce moment davantage boudé par la masse, on a la malheureuse tendance à tâter le pouls médiatique français en appuyant sur sa télécommande. Alors non, BFMTV et I-Tele, au même titre que les JT d’informations de TF1, M6 et même de nos chaînes publiques, ne représentent pas notre chère presse française. Et quand bien même, pour être soit-disant « moral », il aurait fallu couvrir ces événements autant de temps, à la minute près, que ceux qui ont frappé en notre cœur ? On tombe de nouveau dans du vaudeville qui n’a pas sa place dans un pareil contexte.

Internet et la « Réflexion de masse »

La création d’Internet et son immense progression dans notre quotidien ont développé une fâcheuse tendance chez nous, les pays occidentaux, à constamment user d’une réflexion de l’instant. Aussi furtive et rapide que le chargement d’une page web en 4G. En un seul clic, on croit, se fait une opinion et on prend parti pour ce qu’on croit être la case « méchant » ou « gentil ». A ce titre, le point Godwin ne s’est jamais aussi bien porté surtout depuis que celui-ci se trouve être en rapport avec le conflit israélo-palestinien. Pareil pour les idées conspirationnistes et complotistes qui fleurissent comme des champignons sur la toile. Et ce depuis quelques années et le développement de ce que j’appelle : la « réflexion masse ». Celle qui se fait en quelques clics, à la lumière d’un écran bleu et à l’étendard d’un drapeau unique.

Rares sont les débats aujourd’hui où une opinion C viendra discutailler avec une opinion B et A. Jamais.

D’où une constante opposition dans les réseaux sociaux entre « ceux qui croient, et ceux qui ne croient pas, ou ceux qui croient penser juste, et ceux qui croient penser bien », scindant de ce fait la communauté Internet constamment en deux entités opposées. Rares sont les débats aujourd’hui où une opinion C viendra discutailler avec une opinion B et A. Jamais. Pour la simple et seule raison qu’on en revient (trop) régulièrement à une « machiavélisation » de la société.

Le bien contre le mal, le mal contre le bien. Hannah Arendt l’explique par l’incapacité de beaucoup à comprendre les complexités du monde, parfois difficilement saisissables, qui nous entourent, préférant alors se réfugier dans les bras d’explications somme toute logiques et très intelligibles, mais incroyablement fausses. 

 

La Rédaction

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Les Trois Mousquetaires de la presse internet.